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Le bleu du ciel

21 avril 2020, 14h33 par Nathalie Azoulai

Disons qu’il est cobalt pour ne pas dire bleu. Appelons-le du nom d’un matériau chimique issu du groupe du fer dont on extrait ce pigment intense qui sert à colorer la céramique. Ou Co, ainsi qu’on le nomme en chimie, du nom peut-être d’un monstre mythologique connu pour son sens de la couleur ou pour sa capacité à créer des leurres, des mirages. Seul un ciel pareil donne un élan pareil, rejoindre l’aplat pur, s’y fondre, céder à l’ivresse océanique, mais non, rappelez-vous, nous devons rester chez nous. Cobalt coupant, élan bridé, pas bouger.
C’est un bleu féroce et inerte, suffocant comme jamais je n’aurais cru que le bleu pût l’être. Un monochrome saturé jusqu’à l’asphyxie pour démentir l’azur, l’éther, que nous font miroiter les tableaux de Tiepolo ou les cratères de James Turrell. 
Cobalt invariable et confiné, bleu solide, qui s’abat sur la journée pour qu’elle ressemble à celle de la veille, inerte, inquiète, que les jours se tassent, s’entassent, lames d’un nuancier grippé qui ne s’ouvre plus, hachoir du temps, bleu tenaille, impavide, ciel Covid.
Un tiers de l’humanité, nous dit-on, est emmuré. Est-ce partout le même bleu qui borde les murs ? les mers ? les forêts? Le même bleu qui ricane tel un Dieu pascalien et goguenard? Bleu barrière. Profond ou pommelé, il n’est pas léger, il n’est pas lisible, ne signifie rien et, mille fois par jour, je le regarde sans savoir s’il me nargue ou me réconforte, s’il fait passer la lumière ou s’il magnifie le carême, s’il est pavé de patience ou de pénitence, de poésie ou de folie. Crazy paving, dit le scan du poumon covid, aspect de verre dépoli typique, qui floute les contours, abolit la transparence. Décidément la pandémie taille les vitraux de sa propre cathédrale. Urbi et orbiCorpori et coelo. Dans nos corps comme au ciel. Et se gorge de nos prières quand nous arrivons devant l’hôpital. Bleu sang, azur de guerre, le nuancier se mord la queue. C’est un trompe l’œil, une toile peinte, la muleta qui fait enrager Co, le monstre enfermé dans le labyrinthe de verre dépoli. Crazy blue. Il trépigne, il rue, ses sabots frappent le pavé, le malade peut s’aggraver, l’oxygène lui manquer. Sous l’aplat cobalt, soudain les murs de ma maison sont blancs, briqués, astiqués, phosphorent contre les bords coupants du ciel. Mes mains frottent, mes mains récurent, décapent, rêvent de chaux vive. Soudain ma maison est grecque. Immaculée. Soudain le bleu est une invitation au voyage marial. Soudain ma maison une capsule cubique et blanche qui monte dans le ciel. Soudain me revient une carte postale des Cyclades. Cobalt liquide qui m’emplit tel un magma sans mesure ni gradation, comme le temps. Soudain c’est déjà l’été, mais où serons-nous cet été ?
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