L’Éternel Détour

24 juillet 2011, 20h21 par Jean-Benoît Puech

Le lecteur découvrira-t-il, à travers ce résumé, ce qui nous est apparu à la lecture du texte intégral ? Ce roman est en réalité la transposition et la modernisation d’un des grands classiques du cinéma d’aventures.

L’Éternel Détour

Le Cargo du crépuscule, de Dominique Maurier (1962).

[1] Été 1948. Au coucher du soleil, sur le port de La Marsiat, au pied de la citadelle, le car venu de Marseille s’arrête devant les longues grilles sur rail qui permettent l’accès aux quais. Un garçon de douze ou treize ans descend du vieux véhicule qui s’éloigne dans un bruit de ferraille. Le jeune voyageur aux cheveux noirs est vêtu très modestement mais il a une belle valise de cuir à la main. Il fait encore une chaleur orageuse et le tonnerre gronde dans le lointain. Grues, cargos, halles et entrepôts, camions, wagons, charriots automoteurs, entassements de caisses gigantesques venues du bout du monde, marins sur les coursives et dockers sur le quai, chauffeurs, mécaniciens, débardeurs, ouvriers de toutes origines et catégories. Mais le nouvel arrivant ne se laisse pas distraire par la bruyante animation que le crépuscule ne ralentit guère. « Les Palmes », lit-il sur une pancarte qui indique la direction qu’il veut prendre. Le quartier désigné se trouve au delà d’un terrain vague où va bientôt débuter un ambitieux chantier, mais qui est encore encombré par les ruines des bombardements. Plutôt que de les contourner, l’enfant s’y engage résolument. Il entend soudain, non loin de lui, des bruits sourds qui semblent provenir du sous-sol. L’instant d’après, il glisse et tombe dans une profonde excavation. Lorsqu’il se réveille, il est allongé sur un canapé, encerclé par les visages patibulaires des miliciens d’une société de surveillance. Ils s’écartent et devant le jeune garçon stupéfait se dressent les décors d’un théâtre de poche qui représentent un palais des Mille et Une Nuits. Les gardiens trouvent, dans sa valise, glissée dans un livre, une lettre qu’ils sont en train de lire lorsqu’ils entendent les bruyantes accélérations qui précèdent l’arrêt d’une puissante voiture de sport devant l’entrée du New Orleans, le night-club flambant neuf où se déroule la scène.

[2] Un homme d’une trentaine d’années, de fière prestance, sanglé dans son trench-coat comme un chevalier dans son armure, mèche ombrageuse sur un regard clair, traverse le hall d’entrée du night-club. Il est accompagné d’une ravissante Égyptienne. C’est le chef de la bande. Il fait visiter à sa jeune compagne l’établissement dont il est fier : à gauche, le night-club son dancing, sa scène de spectacle ; à droite, le premier bowling de la Côte et ses neuf pistes parallèles ; au fond du décor, le bar et son salon où il conduit et installe, avec une respectueuse courtoisie, la jolie danseuse ; puis il revient vers ses hommes. Il appelle l’un des miliciens, qu’il accuse d’avoir détourné une partie de « la dernière livraison » à son seul profit. La réaction de l’accusé est d’une telle insolence que son chef le soufflette et le chasse avec une autorité féroce. Cependant, « à propos de livraison », les miliciens apprennent à leur patron qu’ils ont surpris un gamin dans une cave du vieux port, non loin des entrepôts souterrains. Ils ont trouvé dans sa valise une lettre qui s’achève par ces mots : « Ta mère, Odile de Coupange ». Il semble qu’à l’audition de ce nom, un éclair (ou qu’une ombre au contraire) traverse les yeux du chef impitoyable. Il prend la lettre. Odile se sait condamnée par la maladie et conseille à son fils, Paul, d’aller trouver un ami sûr, Serge Leduc, pour qu’il le prenne sous sa protection. Cet ami, écrit-elle, habite désormais la demeure où vivait autrefois la famille de Coupange, mais on doit le trouver facilement dans le quartier des Palmes, où il est connu de tous. Les hommes se regardent en s’esclaffant et l’enfant comprend que leur chef n’est autre que son protecteur supposé. « Paul de Coupange… Le fils d’Odile », murmure Serge Leduc. Une ombre bien-aimée, très lointaine et très proche, semble bel et bien assigner leurs rôles à ces deux survivants.

[3] Serge monte avec le jeune Paul dans son bureau. Il s’est débarrassé de son imperméable mais il a conservé cette noble prestance qui contraste avec la vulgarité de ses hommes de main. Paul se précipite sur le dîner que Leduc lui a fait apporter et lui raconte sa courte vie passée, ponctuée d’épreuves « difficiles mais profitables ». Il témoigne immédiatement à l’adulte une confiance sans réserve. À la demande de Serge, il lui montre comme preuve de sa bonne foi la chevalière, aux armes de la famille, de son grand-père maternel. Il a aussi, dans sa belle valise frappée du même blason, un livre relié qui a appartenu à sa mère. Il l’offre à Serge. Il lui demande s’il peut rester pour toujours avec lui. Serge lui répond qu’il mène une vie d’homme d’affaires très occupé : il dirige, sur la Côte, plusieurs établissements comme le New Orleans, il prévoit l’ouverture d’un Casino à La Marciat et il a aussi des intérêts dans la société de reconstruction des quartiers détruits par la guerre. Il est également le responsable d’une compagnie de surveillance fondée en 1947, à l’époque de graves conflits, à Marseille, entre de puissants armateurs et des dockers manipulés par d’habiles politiciens. Serge lui confie enfin que sa mère et lui se sont aimés, il y a des années, avant guerre. Mais les Coupange étaient hostiles à leur relation parce qu’Odile était éprise d’un roturier sans famille, sans fortune et sans situation. Il n’avait d’autre titre, à l’époque, que celui de champion régulier des régates organisées, à la belle saison, par tous les yacht-clubs de la côte. Le chef de bande dit enfin que personne, dans la région, ne garde un bon souvenir de la famille de Coupange, toute-puissante, arrogante et dominatrice, mais frappée d’infamie et ruinée depuis la Libération. Il va réfléchir à ce qu’il peut faire pour Paul. En attendant sa décision, le fils d’Odile va dormir dans une chambre à côté du bureau. Serge redescend. À peine est-il accoudé au bar que le gardien congédié, revenu au night-club, tire sur lui. Leduc est armé, lui aussi, et il abat froidement le traître devant les miliciens médusés.

[4] Le lendemain, un chauffeur au volant d’une longue voiture américaine vient chercher Paul au New Orleans. Lors d’un arrêt dans une station-service, Paul échange quelques mots avec une toute jeune adolescente qui est descendue de sa bicyclette pour se reposer. Visage ovale, cheveux châtains sous un chapeau de paille, chemisier bleu pâle, regard à la fois mélancolique et malicieux. Sur la peau brune de son front et presque mauve de ses joues échauffées par l’effort de la course, perlent de petites gouttes de sueur. Paul lui prête son mouchoir. Elle se nomme Olivia. Il lui explique qu’on le conduit chez Serge Leduc au château des Coupange. Elle lui apprend qu’il n’est pas du tout sur la bonne route, qu’elle connaît bien. Il comprend que le chauffeur le trompe et il décide de s’enfuir. Olivia lui propose qu’ils se retrouvent dans les bois tout proches d’où elle l’emmènera au château. Ses parents ont été tués pendant la guerre et elle vit chez son oncle qui est magistrat à Marseille. Sa propriété jouxte celle de Serge Leduc. Olivia s’exprime dans une langue désuète et sa voix « est si charnelle et si douce qu’elle semble s’envoler de ses lèvres et se poser sur les siennes comme ce morceau de sucre parfumé de liqueur que sa mère lui donnait à la fin des dîners de fêtes ». Comme convenu, Olivia conduit Paul jusqu’à la grille armoriée du domaine. Elle lui dit qu’elle se demande si elle peut espérer qu’ils se revoient. « Je suis là pour toujours », lui répond Paul. Le soir tombe. Le jeune garçon se trouve au pied d’un escalier monumental qui monte au milieu d’une végétation exubérante, de terrasse en terrasse, vers une élégante demeure ancienne laissée à l’abandon. Paul entend gronder le tonnerre mais discerne aussi les échos d’une réception. Il aperçoit, au-dessus du château, sur la colline, au sommet du domaine boisé qui domine la baie, une étrange villa de verre et de béton, éclatante de blancheur dans la lumière horizontale du couchant.

[5] Une fête, en effet, a lieu à la villa. Caché dans l’ombre, Paul observe à travers l’une des grandes baies vitrées une scène qui le stupéfie. La belle Égyptienne qu’il a vue au New Orleans danse sur une grande table ronde, au rythme d’un orchestre oriental, pour le plaisir de Serge en costume d’alpaga et de quelques couples plus ou moins gris. Bientôt les invités sortent en titubant sur la terrasse où se trouve la piscine. Une femme vient prévenir le maître de maison qu’un jeune visiteur le demande. C’est la maîtresse de Serge, qui n’a rien perdu de sa lucidité, ne serait-ce que grâce au dépit que lui inflige le succès de sa séduisante rivale. Paul se présente donc devant tous les invités. Il déclare à leur hôte qu’il s’est échappé pour venir vivre sous sa protection. L’un d’entre eux, un imposant personnage d’âge mûr que l’on appelle le président Loupiac, s’adresse à Leduc en riant : « Si le garçon a décidé de se lancer dans une carrière de gredin, nul sur la Côte ne peut lui donner un meilleur exemple ! » Paul est indigné par un propos si insultant pour leur hôte et il repousse le Président avec une telle ardeur que le notable ivre tombe dans la piscine. Les invités se détournent en ricanant ou s’empressent avec obséquiosité. Alors que des domestiques sortent de l’eau un Loupiac très vindicatif, Serge lui répond qu’il a décidé de garder l’enfant avec lui. Paul a le temps d’entendre la petite phrase alors qu’on le mène à sa chambre. La maîtresse de Serge, cependant, fait observer à son amant qu’il n’est pas un modèle pour l’enfant et qu’il va le pervertir. « C’est plutôt lui, Mitia, qui est un danger pour moi », répond-il d’une voix neutre, comme s’il récitait sans conviction un rôle, réussissant à feindre un détachement extrêmement faux.

[6] La nuit, l’orage éclate. Le vent pénètre par la fenêtre qu’il a ouverte violemment et les rideaux de lin flottent dans l’espace comme un fantôme tourmenté au-dessus des mortels. Le garçon crie pour sortir d’un cauchemar. Dans la chambre à côté, Serge est en train de relire le livre que Paul lui a apporté. Il accourt à son chevet. Paul lui confie qu’il revoit souvent en rêve une scène que sa mère lui a racontée autrefois, dans laquelle trois hommes frappent un quatrième, plus jeune, dans le garage à bateaux où il vient la retrouver régulièrement pour des sorties en mer. Mitia s’approche et montre à Paul que Serge porte encore, sur l’épaule, les stigmates de cette agression. Paul comprend que les parents d’Odile ont organisé autrefois une tentative d’intimidation contre l’ami de sa mère. Mitia, elle, comprend tout : Serge et Odile se sont aimés, la famille d’Odile les a séparés, Serge vient d’apprendre la mort de sa première maîtresse. Odile est donc cette ombre que Serge suit toujours d’un regard intérieur sans paupières, sans repos. Après guerre, il a quitté le Midi pour le Moyen-Orient où il a fait fortune, il s’est vengé des Coupange, mais il n’a jamais oublié leur fille et il a même voulu revenir vivre dans le domaine de sa famille, qu’il a racheté et qu’il a couronné de la villa d’architecte où il s’est installé. Serge ne contredit pas Mitia. Il lui déclare sèchement qu’à la réflexion, il va confier son jeune protégé à des amis qui l’emmèneront en Corse à bord de l’Alexandra, mais qu’en même temps, par le même bateau, elle retournera au Caire, chez leurs amis américains. Elle est consternée, accablée, anéantie. La foudre fond sur un cèdre presque généalogique et sa plus lourde branche décapite une tourelle du château.

[7] Le lendemain matin, Paul se promène dans le domaine qui a souffert de la tempête. Il descend jusqu’au garage à bateaux de son cauchemar. C’est une charmante gloriette surmontée d’un petit salon défraîchi et d’une terrasse aux portiques envahis par des rosiers grimpants. La jeune Olivia réapparaît, encadrée de roses jaunes, comme surgie d’un passé lointain. L’adolescente à la peau suave lui confie qu’elle aime pénétrer dans le parc abandonné, en passant par une brèche dans l’un des remparts qui va du haut de la colline jusqu’à la mer. Elle parle avec son nouvel ami de la tempête de la nuit passée, qui a frappé le port et le domaine. Il lui demande si elle a des souvenirs de l’ancien maître de lieux, Paul-Louis de Coupange, son grand-père maternel. Elle sait qu’il était un brillant officier de marine, habitué des milieux interlopes de la Côte. D’abord résistant, il aurait plus tard détourné des fonds importants envoyés d’Angleterre par la France libre aux FFI. Il a été emprisonné à la Libération. Il a perdu, peu après, son équilibre mental et il a mis fin à ses jours dans la clinique où il était interné. Il régnait sur la ville avec une troupe d’individus peu recommandables. Leur repaire se trouvait dans les souterrains de la citadelle. Cette bande, à la recherche du trésor des FFI du Midi, rôderait toujours dans les parages. Certains prétendent même que le capitaine de Coupange n’est pas mort, qu’il n’a jamais perdu la raison, qu’il a toujours quelques comptes à régler et qu’il est le responsable de la récente disparition d’un petit trafiquant recherché par la police. « Si je retrouvais la fortune de mon grand-père, dit Paul, je pourrais restaurer le château de ma famille, dont ma mère m’a si souvent parlé et où elle aurait été heureuse que je vive avec Serge ! – Mais la propriété appartient à Monsieur Leduc, à présent ! – Mais Serge est mon ami. »

[8] Maintenant, Paul vit à la villa. Il descend souvent à travers le parc jusqu’au port. Dans un chantier naval qui appartenait à sa famille, il assiste au baptême d’un cargo au cours duquel le maire de la ville rapporte la rumeur du retour du Capitaine. Un jour que le garçon, muni d’une lampe-torche, a décidé d’explorer les vieilles fortifications, il découvre un passage souterrain qui relie les entrepôts en ruine aux caves du château. Ce n’est qu’une des ramifications de l’obscur labyrinthe qui s’étend sous la ville, la citadelle et toute la colline. Il s’enfonce dans la galerie. Il entend bientôt des éclats de voix qui se rapprochent et, pour échapper aux arrivants, il se hisse jusqu’à une anfractuosité d’où il peut voir sans être vu. Sous ses yeux s’affairent des trafiquants qui transportent leurs « marchandises » dans une salle entièrement remise en état. Il reconnaît les gardiens de la milice dirigée par Serge. Le chef lui-même surgit tout à coup dans son trench-coat kaki. La rebellion gronde parmi certains de ses hommes qui lui reprochent de s’attribuer la meilleure part de leur butin. Mais Serge use d’une habile rhétorique et il leur démontre qu’ils doivent déjà à son leadership des profits considérables, comparés à leurs misérables revenus quelques années plus tôt, lorsqu’il les a affranchis. Paul ne peut quitter les lieux, désormais occupés, qu’en se glissant dans une galerie supérieure en partie effondrée, quasi inaccessible pour un adulte. Elle débouche dans une casemate encombrée d’éboulis. C’est ainsi qu’il pénètre dans l’ancien repaire des résistants. Il y découvre de nombreux papiers, armes et instruments qui datent de l’Occupation, ainsi qu’une lettre dont le cachet porte l’empreinte intacte de la chevalière de son grand-père. Mais lorsqu’il va sortir des souterrains, il est surpris par les gardes de la milice qui le ramènent de nouveau au New Orleans.

[9] Cependant le président Loupiac donne le même jour, dans son hôtel particulier des hauts quartiers, une réception à laquelle la plupart des notables de la ville sont invités. Serge Leduc s’y révèle un valseur distingué et convoité. L’épouse du Président l’entraîne bientôt hors du cercle des danseurs dans la bibliothèque où elle lui fait part d’un projet de son mari. Loupiac ne tarde pas à les y rejoindre. Après le naufrage des savonneries qui avaient fait de lui l’un des premiers industriels de la ville, il a refait surface comme armateur. L’hôte aux manières trop policées propose à Serge une association pour un projet « audacieux » qui assurera la fortune de ses réalisateurs. Les associés feront d’abord un court voyage au Moyen-Orient pour y rencontrer leurs partenaires dans cette entreprise. L’armateur et son épouse sont très intéressés par les connaissances maritimes et l’expérience levantine de Serge. Ils évoquent avec un monstrueux égoïsme le jeune garçon qui s’est attaché à leur ami « comme un boulet à un forçat » et ils lui conseillent de s’en débarrasser. Loupiac est interrompu par un domestique qui annonce qu’on demande Monsieur Leduc au téléphone. Serge doit aussitôt se retirer, sans avoir donné sa réponse à Loupiac. Il se précipite au night-club. Le commissaire Belville enquête sur la mort d’un milicien et doit venir perquisitionner dans les bureaux du New Orleans. Lorsque Serge arrive, la police est déjà là. Elle a trouvé Paul, elle l’a interrogé vainement et elle repart bredouille. Mais les miliciens expliquent à Serge que le gamin en sait trop, qu’il ne pourra pas toujours se taire et qu’il vaut mieux se débarrasser de lui. Serge refuse. Il réduit la révolte de tous à l’ambition d’un seul, comme si son second voulait prendre sa place. Il se bat avec lui, sous les yeux de ses hommes, sur les pistes du bowling, dans les coulisses du night-club et, par un mouvement circulaire à l’extérieur de l’établissement, il réussit à le neutraliser. Il obtient ainsi du gang aux abois que Paul reste avec lui, au moins pour quelques jours. Puis il annonce « une importante livraison de marchandises » la nuit suivante, dans les calanques.

[10] De l’Alexandra resté au large, des canots débarquent les « marchandises » dans la crique isolée. Mais au moment où, sur ordre de Serge, Paul et Mitia se dirigent vers l’embarcation qui doit les transporter sur le cargo égyptien, la police qui a encerclé les lieux intervient pour prendre les trafiquants en flagrant délit. Les balles sifflent déjà autour d’eux lorsque Mitia supplie Serge de fuir avec elle sur l’Alexandra. Il comprend que sa maîtresse a dénoncé ses hommes et leur chef par dépit amoureux. Certains trafiquants font usage de leurs armes et plusieurs sont tués ou blessés. Mitia est prise entre deux feux et s’effondre sur la plage. Paul, qui est déjà à bord du canot, en sécurité relative avec les marins qui vont regagner le cargo, saute à terre et court jusqu’aux rochers pour rejoindre son ami. Tous deux réussissent à atteindre les falaises, mais Belville les poursuit sur le chemin de douaniers qu’ils gravissent tant bien que mal. Le commissaire blesse à l’épaule le fuyard qui riposte et le tue. Les deux amis regagnent la voiture de Serge et se cachent à quelques kilomètres de là dans un village des calanques. Serge y possède une petite maison de pêcheur et un canot à moteur précieux pour des contrebandiers. Il n’a qu’une blessure légère, sur sa cicatrice. Son trench-coat est marqué lui aussi. Paul lui montre le document qu’il a trouvé dans le repaire des résistants et Serge comprend qu’il révèle, à bien le déchiffrer, la nature et la cachette du « trésor de guerre » de Paul-Louis de Coupange. Le renégat prévoyant avait acheté, dès la fin des hostilités, des bijoux de grand prix et il les avait cachés dans un double plafond du garage à bateaux de sa propriété. C’est là que les retrouvent, à l’aube, les deux chercheurs recherchés.

[11] Serge et Paul retournent à la petite maison de pêcheurs dans les calanques. Ils s’endorment, épuisés. Le soir, alors que Paul dort encore, Serge sort avec la cassette. Il se fait conduire chez le président Loupiac et son épouse dans leur propriété de l’arrière-pays. Cette fois, il donne une réponse favorable à leur proposition. Le Président lui oppose aussitôt qu’il est désormais recherché par la police, mais Leduc lui fait valoir qu’il peut devenir son correspondant pour tout le Moyen-Orient, qu’il vient de recevoir « un héritage » inattendu et qu’il peut l’engager dans leur association. Il leur montre le contenu de la précieuse cassette et ils prennent, dans la limousine du Président, la route du port où ils pourront s’embarquer clandestinement sur un de ses navires. Loupiac et sa femme félicitent Leduc de s’être enfin débarrassé de l’enfant, « … alors que vous avez été tenté, cher ami, avouez-le, de l’emmener avec nous ! En le faisant passer, peut-être, pour notre petit-fils ! » ajoute en ricanant l’ignominieux Loupiac. Depuis qu’il a retrouvé le couple, Serge regrette d’avoir abandonné le petit Paul. Les propos de ses associés approfondissent son amertume et provoquent brusquement un retournement formidable. Il crie au chauffeur de s’arrêter et il descend de voiture. Mais sur un signe de son patron, le chauffeur le blesse grièvement. Serge tire à son tour sur Loupiac. La voiture démarre. Serge tire encore, elle dérape, quitte la route et tombe du haut de la falaise. À l’aube, épuisé, Leduc arrive devant la maison où il retrouve le jeune Paul de Coupange. Il parvient à lui cacher sa nouvelle blessure et il lui dit qu’il doit s’absenter une dernière fois pour le règlement d’une affaire en cours. Il faut que Paul attende son retour à la villa, où il a besoin d’un homme de confiance. Il lui confie la cassette. « Tu diras qu’elle contient les bijoux que ta maman chérie t’a légués en mourant. » Puis il embarque seul (seul mais accompagné de l’ombre secrète qui lui a intimé de sauver l’enfant) dans le canot à moteur amarré devant la porte et le dirige vers le port. Le soir, au crépuscule, un cargo rouge et blanc appareille sous les yeux de rares dockers indifférents. Il part pour le Levant.

 

[Épilogue] Quelques jours plus tard, Olivia et Paul se retrouvent sur la terrasse du garage à bateaux des Coupange. Olivia lui rend le mouchoir qu’il lui a prêté lors de leur première rencontre, sur la corniche. Il est brodé aux initiales d’Odile de Coupange. Paul dit qu’il lui offre ce très cher souvenir. Ils courent à travers le parc jusqu’aux escaliers du domaine. Ils s’arrêtent, essoufflés, sur la dernière terrasse. Paul ouvre les portes du château. Il lui explique qu’il va remettre le domaine familial en état. Il y vivra avec Serge, dès qu’il sera de retour. Mais il ne fera pas condamner la brèche dans la vieille muraille, par où les enfants peuvent se glisser pour se retrouver.

 

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