Pour Paul Otchakovsky-Laurens

12 janvier 2018, 18h37 par Édith Msika

jamais je n’écoute France-Culture. sauf dans ma voiture.

dans le temps gris j’écoute la voix de Paul, tout en somnolant comme le jour.

on est vendredi, j’ai eu la chimio du jeudi hier, encore neuf à venir.

des pensées circulent, en même temps que sa voix, familière, dans ma tête sans cheveux.

le temps, l’autre, fait retour, sinon aucune raison que j’en écrive,

s’il n’y avait eu ce manuscrit envoyé par la poste à la mi-novembre 2001, suivi de son coup de fil cinq jours plus tard alors que je partais à ma séance d’analyse à un jet de peignoir de chez moi. et comment j’ai été saisie, comment je ne pus dire autre chose que : je peux vous rappeler ?

bien sûr, je ne pouvais pas engager une conversation immédiatement : j’allais parler ailleurs, dans un lieu précieux. les précieux se catapultaient. trop de précieux nuisait soudainement à mon entendement.

plus tard nous aurions un rendez-vous dans notre quartier, nous habitions tout près, un café c’était plus pratique que son bureau, est-ce qu’il voulait bien ?

j’avais beaucoup de travail et un jeune enfant, je ne pouvais me déplacer

rive gauche facilement.

lorsqu’il m’a vue allumer une cigarette, il m’a dit : mais vous fumez ?!

oui, pourquoi ?! parce que Yann ne fume pas !… ah, mais je ne suis pas Yann.

peu après la sortie du livre, au printemps 2002, j’ai cessé de fumer.

mes pensées de l’après-midi finissante m’emmèneraient bien plus loin, mais ça ne changerait rien à ce fait que le présent de la radio est un faux-ami puisqu’il me ramène au passé. ensuite j’ai changé de radio et mis l’habituelle France-Musique pour un crépuscule tout doux.

et mes pensées se sont déplacées sur le fil tangent de la mémoire et les aspérités potentielles des destins.

pour Paul Otchakovsky-Laurens, ce 12 janvier 2018

 

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