Dessiner, écrire

01 février 2010, 20h19 par François Matton

Avant de savoir écrire, on dessine. Enfant, on dessine. On ne sait pas dessiner mais on dessine, on gribouille, on joue avec les crayons. Jubilation extrême. Ensuite on apprend à écrire. On s’applique à former les lettres correctement, on s’efforce d’écrire droit. Même lorsque l’on sait plus ou moins écrire, on continue à dessiner — pour s’amuser, pour se reposer du sérieux que l’écriture exige. Certes, déjà le dessin n’occupe plus la place centrale de la feuille, il se déplace en marge. Pourtant, longtemps encore, dessin et écriture continuent à cohabiter.

Et puis tout s’accélère. On n’a plus de temps à perdre. Les études ou le travail pressent. Il faut devenir adulte, se faire une place dans le monde. On aurait l’air de quoi à continuer à dessiner ?

Et puis il arrive que l’on devienne écrivain. Avant l’apparition de l’ordinateur, l’écrivain était celui qui, comme le dessinateur, avait toujours un crayon en main ou en poche. L’écrivain traçait des lignes à l’aide d’un stylo plus ou moins souple, avec une encre plus ou moins noire, sur un papier plus ou moins épais. Il arrivait que l’écrivain fasse des taches. Il arrivait également que l’écrivain laisse sa plume aller librement sur le papier sans chercher à écrire, pour occuper le temps en attendant que l’inspiration revienne. Il arrivait même parfois que l’écrivain s’amuse, tout en écrivant, à dessiner des têtes entre ses lignes, des têtes plus ou moins bouffonnes — ou bien des filles nues, des fesses, des zizis, des arbres, un châteaux, un fusil, une corde où se pendre.

Depuis que l’écrivain ne trace plus rien directement de sa main sur le papier, l’activité d’écrire s’est définitivement séparée de celle de dessiner.

On peut le regretter.

 

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