Début   

Nathalie Quintane

Début est l’autobiographie d’une enfance vue d’avion avec quelques piqués.

Début a aimé multiplier les angles et les manières – en phrases, en blocs, en vers, en discours, en récits, en photo, etc. –, n’ayant pas l’intention de « faire le point » sur une enfance singulière, ni de tâcher d’en ressaisir l’essence, ou d’en donner une représentation unique et linéaire, mais préférant la livrer en pièces, en faire un compte rendu partiel, changeant, brutal, pas fini.

 

 

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Nathalie Quintane

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Traductions

Brésil : Cosac & Naifi | Espagne : Kriller71

La presse


Cervelle et beurre de yack


Certains livres projettent sur nos plus familiers paysages une lueur salutaire. Après Remarques (Cheyne éditeur) et Chaussures (P.O.L), qui inauguraient une écriture du quotidien le plus infime, Nathalie Quintane entreprend dans Début de se tenir au plus près du regard de l'enfant qu'elle a été.


D'un corps morcelé dans une appréhension de soi qu'aucune figuration n'aura encore constitué, d'un univers découpé par l'aléatoire d'un regard immature, ce texte fragmenté, qui aime à "multiplier les angles et les manières -en phrases, en blocs, en vers, en discours, en récits, en photo, etc.", veut rendre la disjonction première, l'illogisme foncier.


Ainsi, de courts portraits d'enfants d'apparence imaginaires, tels celui "né avec une ouverture dans la joue" ou celle née "avec une mouche dans la jambe", proposent-ils l'exploration d'une géographie intérieure largement fantasmatique, mais qui trouve sa vérité dans l'intime de nos perceptions.


"Mange ta cervelle, lui dit sa grand-mère" : du souvenir de l'assiette de moelle épinière au beurre de yack avec lequel les habitants d'Europe centrale beurrent leurs cheveux, en passant par le sandwich donné à manger au chien du voisin, les débuts dans la vie de Nathalie Quintane sont faits d'incompréhensions lumineuses, de sensations troublantes : "Elle, la merde, aurait pu rester, stationnaire, et ne pas dépasser le ventre, ne pas aller plus bas que le diaphragme".


Brillant, habile, le jeu dans la langue se fait tout en légèreté cependant, dans de petits vertiges d'inventions rythmiques, en une sorte de balbutiement initial, tout autant que dans l'écriture de plus classiques aphorismes : "L'odeur aigre de l'urine est proche de celle de la choucroute". Comme autant de tâtonnements d'un enfant pas très propre, et totalement polymorphe.


Xavier Person, Matricule des Anges , Juillet 1999



Après Chaussure et Jeanne Darc, Nathalie Quintane livre, avec Début, une sorte d’autobiographie documentaire. L’enfance constitue le motif et le moment principal de cette digression multipliant les focales. Les textes qui composent Début décrivent à des moments, des actions à leur amorce, et se déploient de manière diffractée dans l’espace du livre. Cette collection de gestes représente autant d’hypothèses sur l’enfance mi-réelle mi-fictive, et sur le passé recomposé. Une série de tableaux aux motifs agrandis que l’auteur nomme des « piqués d’une enfance vue d’avion » organise le récit qui peut se lire comme on regarde une vidéo. La dimension documentaire du texte comprend la description des rôles, des positions sociales, psychologiques ou fictives tenues successivement par tous les personnages. Dans le même temps, la précision et la concision des notations font de Début une sorte de précis de sociologie appliquée à la littérature. La narration atteint son point d’intensité du fait de l’absence d’un point de vue unique. La description s’attache tantôt à décrire « de loin » les faits et gestes, tantôt à se placer au plus près du motif jusqu’à évoquer des états de l’intérieur, comme en un effet de « blow up ». L’éclatement des registres narratifs, typographiques, produisent des effets de diffraction qui soulignent l’opacité de la remémoration. Si le récit multiplié de l’enfance détermine un volume potentiel d’hypothèses sur sa propre réalité, il renverse également la trajectoire des temps grammaticaux. En effet, l’autobiographie nous entretient ici d’une enfance telle qu’elle a dû être, probablement. Mais le texte en son « début » nous entretient de ce qu’elle deviendra, tout comme Gertrude Stein a fini par ressembler à son portrait peint par Picasso.


Pascale Cassagnau, Art Press, Mai 1999


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