ma haie   

(Un privé à Tanger II)

Emmanuel Hocquard

Petit, j’étais désordonné, mais désordonné comme il n’est pas possible de l’être. J’étais champion toutes catégories de désordre. Ma mère disait que le désordre dans ma chambre était à l’image du désordre dans ma tête. Et elle avait raison. J’en ai beaucoup souffert. Toutes mes tentatives de rangement se sont toujours soldées par des échecs épuisants, physiquement et moralement. En dépit de mes efforts pour mettre de l’ordre dans ma tête via ma chambre, je ne suis jamais arrivé à rien parce que je ne parvenais pas à concevoir un principe d’ordre satisfaisant. Et...

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 Emmanuel Hocquard

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Traductions

Brésil : Luna Parque Edicoes (Anthologie extraits de Ma Haie et Un privé)

La presse

L’autoportrait singulier d’Emmanuel Hocquard


Dans un texte placé aux toutes premières pages du recueil Ma haie, et intitulé « La Bibliothèque de Trieste », Emmanuel Hocquard trace à traits nets et précis sa démarche poétique et la façon dont elle s’inscrit tout à la fois dans l’histoire de la création poétique française des trente dernières années et dans sa propre biographie. Soit donc le choix de se situer à rebours d’une poésie qui serait « l’expression d’une essence transcendante, permanente et universelle », tentée par le sentimentalisme, la nostalgie , le psychologisme ou le narcissisme, de préférer à cela une « poésie mineure (au sens deleuzien du terme) », une poésie « sans accent poétique, aussi sèche qu’une biscotte sans beurre », ancrée dans « la modernité négative (apophatique) de l’après-guerre, celle de la suspicion, du doute, des interrogations sur tout et sur elle-même ».
Cette utile entrée en matière théorique ne doit pourtant pas faire craindre, dans la suite de Ma haie, des effets de sécheresse ou de froideur. Ouvrage éclaté, hétéroclite, fragmentaire et protéiforme - dans les quelque 600 pages duquel cohabitent des poèmes, des préfaces, des esquisses autobiographiques, des lettres, ainsi même que des recettes de cuisine et une sorte de roman-photo... -, Ma haie respire plutôt l’humour, l’intelligence, le goût du jeu - d’esprit et de mots -, et témoigne d’un sens manifeste de la dérision. Une sorte de profonde ironie sur soi, sur le monde, sur l’écriture elle-même, qui peut se lire comme un refus farouche de tout pathos, mais aussi peut-être comme l’aveu d’une discrète désespérance quant à l’utilité et au sens de l’acte poétique.
En fin de volume, une série d’index - de noms de lieux, de personnes, de groupes, d’oeuvres, mais aussi d’animaux ou de jouets - vient souligner, si besoin en était, l’unité qui sous-tend l’ouvrage faussement désordonné d’Emmanuel Hocquard, sa forte singularité. En dépit de ses doutes, de sa volonté de ne pas peser, de ne pas en imposer, Hocquard ne s’est-il pas livré là, à sa façon, ludique et délicatement grave, à un exercice d’autoportrait ?



Par Nathalie Crom, La Croix, 12/07/2001


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