— Paul Otchakovsky-Laurens

Mes oncles, II

Danielle Mémoire

Où l’on retrouve l’univers si particulier et original de Danielle Mémoire, et ce « Corpus » qui en est la planète secrète, génératrice, et que la succession des livres dévoile peu à peu sans jamais l’élucider : des histoires entremêlées de famille et de littérature, des fictions qui se prennent pour objet même de leur épanouissement.
Où l’on retrouve des personnages qui échangent leurs rôles, qui font vaciller toute certitude, qui multiplient les pistes et les entrecroisent avec innocence ou perversité, c’est selon.
Où l’on retrouve cet esprit qu’anime une folle logique qui multiplie...

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La pluralité des oncles de Mémoire


Soit un Cercle composé d’un nombre indeterminé de membres, tous rédacteurs, tous soumis aux lois du Cercle - on ne peut pas renoncer à écrire et demeurer membre du Cercle (hors exception) - , Parise (Blanche), Conrad, Alistair, Anne, le précepteur, le jardinier, Florent (si c’est lui, si c’est son père), Odon (si c’est lui, si c’est son père), si c’est mon père, si c’est moi, Marthe, Marie (la grande), Eulalie Cyméa et quelques apparitions. Et un poète domestique - nous entendons par poète domestique celui qui occuperait son loisir par de telles activités, aimables et littéraires à peine. Tu crois qu’ils ont d’autres fictions dans leur sac ? Solution pratique intratextuelle, sortie par articulation forte. Copier, coller, changer de cap. Franchir le passe. La mer est calme. Rebuts. Depuis Modèle réduit publié en 1999, fragment virtuel de « un Livre modèle », j’ai lu tous les livres de D.M. Ils flottent selon les lois de l’histoire, de la narration, de la littérature et de ma fascination. Je me suis embarquée dans cette aventure littéraire. La langue est seule en jeu (seul enjeu). Il n’est question ni de sentiments ni d’autobiographie. Et je lis, subjuguée. Le Corpus est un livre modèle, conséquence de la loi d’inachèvement. Un grand nombre d’éléments fictionnels s’y trouvent dispersés. Le Corpus obéit à une définition. Il n’est pas exclu que la donner entière soit écrire le Corpus. On ne prend pas toujours le soin de distinguer le fait du Corpus et l’idée du Corpus. Toute forme, en effet, plutôt qu’elle n’est effectuée, plutôt qu’elle n’est épuisée dans un bref virtue louvrage, se diffuse dans le Corpus. Le fait de l’idéalité du Corpus est relatif à l’Histoire. Mode expansion : variante qui appliquée d’entrée de jeu provoque une suite innombrable de livres, chacun engendrant des livres innombrables (Marthe). Le mode expansion s’applique lui-même et de son propre chef. Il s’applique à la page et aveugle le rédacteur qui sombre, englouti dans la prose (le narrateur avec). C’est un mode contagieux. La forme. Aléatoire. Parfois précise (nombre de pages : 97, 35 lignes par page, soixante-dix caractères par ligne). Cela ne dure jamais. La littérature n’est pas sous contrainte. La forme peut prendre celle d’une chanson, celle du livre qui précède par exemple. Les oncles ne sont donc pas étrangers à la forme Perdriole. Elle s’applique au Corpus, selon des lois que, lisant, je ne fais que chanter : Une perdriole qui va qui vient qui vole - je ne suis pas sûre de tout comprendre, je navigue à la vue. Vrai bonheur, rare et précieux. La forme Perdriole dans sa version géométrique comme horizon du Corpus, nuages, merveilleux nuages, jamais il n’en sera ici question.


La version légendaire. L’auteur est le vieux marquis de Brioine. Il y a un château, un meurtre y fut commis. Cette version comporte plusieurs volets incompatibles, revus et corrigés par Marie, seconde épouse (Marie la grande). Elle agglomère le roman gothique. Eulalie Cyméa se perd dans le glossaire et le Corpus sombre dans les motifs. Il est (nous sommes) conscients du temps. Il manque une anecdote... (Est-ce que cela va durer encore longtemps ?). Motifs. Il y a motifs et motifs.


La méthode. Introduction - procéder à une mise en place rapide, supprimer les parenthèses - suivie d’une galimafrée partielle (Galimafrée, subst. Fém. Entrée, composée de divers restes. Prob. issu du croisement de l’a. fr. galer « s’amuser, mener joyeuse vie » (v. galant) et du pic. mafrer « manger beaucoup », lequel est empr. du m. néerl. moffelen « travailler des mâchoires ») suivie du journal de l’auteur (arrivée des ramoneurs) puis de la narration - compte rendus des séances du Cercle. Quelque chose ne va pas dans ma relation à la chronologie. Faire partie du Cercle de Brioine. Mon rêve. Je chanterais. Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry, soudain pourquoi ? Vendôme, Vendôme. Il chante. Il chante, il n’est pas le seul. Le sujet : les oncles Une tentative de classement des personnages du Corpus. Le grand-oncle Archambault, l’oncle d’Aldonze, je crois qu’il s’appelait Odon. Aldonze range ses oncles par ordre alphabétique. Un des oncles, l’oncle bouloustre, court à quatre pattes, mais ce n’est pas le sien, c’est un oncle dans un livre, un livre qui a été aimé dans l’enfance. Le soncles sont rangés dans le dossier Lits et raptures, forme Perdriole, modalités Alfred (Aldonze). Question : mais enfin qui meurt sous la tête du cerf.


Marie Borel, Cahier critique de Poésie, juin 2005



Reprenant l’univers créé dans Les enfances corpus, ce roman entremêle histoires de famille et littérature, avec cette fois-ci les oncles, les neveux et les nièces dans les premiers rôles.


Livres Hebdo, mars 2004