L'Écologie en bas de chez moi   

Iegor Gran

Il semble qu'aujourd'hui le développement durable soit la seule idéologie qu'il nous reste. De facture relativement récente, on la retrouve cependant partout, tout le temps. Elle accommode l'école, bien sûr, mais aussi le travail, le supermarché, la politique... Le Pape même s'y est mis. Sujet incontournable, consensuel ou presque...
Iégor Gran a voulu comprendre. Était-il le seul à sentir le grotesque des discours moralisateurs, l'insupportable opportunisme marchand des uns et des autres, le culte du déchet, et cette curieuse manière d'idolâtrer la science – quand elle prédit l'avenir – tout en la rejetant quand elle est moteur de progrès ?... Comment font les français, ce peuple frondeur (au moins en paroles, sinon dans les actes), pour...

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Iegor Gran

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La presse

Irresponsable

Oh, comme ça fait du bien, un livre pareil ! Qu'il soit de mauvaise foi, flirte avec la caricature et multiplie les provocations ajoute au malin plaisir du lecteur. Car, enfin, Iegor Gran, déjà coupable d'un brulôt contre les ONG, nous venge. De quoi ? Des photos (« le terrorisme des belles images »), des films manichéens et des leçons de morales de l'omniprésent Yann Arthus-Bertrand, ce Cousteau en hélico financé par Pinault. Des éco-écrivains et autres plumes vertes, Paulo Coelho, J.K. Rowling, ou Helen Fielding. Des menaces dont on fait l'objet si, d'aventure, on trie mal nos déchets. Du cynisme des grandes surfaces – de Monoprix à Carrefour – qui jurent, dans leurs rayons, « sauver la planète » et « agir responsable ». Des tirades apocalyptiques sur les pets des vaches. De l'ordre vert, son ambigu malthusianisme, ses poncifs guimauve, ses poses avantageuses, son vocabulaire d'illuminés, et sa novlangue pareille à un meuble Ikéa. Et surtout, du manque absolu d'humour. À mi-chemin du pamphlet (Iegor Gran a commencé sa croisade par un coup de gueule dans « Libé »), de la chronique domestique (son ami Vincent lui fait la guerre) et du reportage (sa visite au salon Planète durable est digne du meilleur Desproges), le livre de Iegor Gran n'est même pas imprimé sur du papier recyclé. Pas jetable, donc, mais durable. Et savoureusement irresponsable.

Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur

Iegor Gran ne se rendra pas au salon Planète durable, car il ne trie pas ses déchets, se moque de la compensation carbone, déteste Yann Arthus-Bertrand et le commandant Cousteau. L'écologie lui donne du prurit, il n'envisage qu'une seule façon d'en guérir : l'extermination par l'ironie. Ce garçon ne respecte rien, ni la planète ni les éco-responsables qui lui gâchent son bain quotidien. Bougon, cynique, il décortique les slogans publicitaires, donne sa version personnelle des gaz à effet de serre et manie le pamphlet à coups de marteau-pilon.
Ennemi de la bien-pensance, Iegor Gran avait déjà assassiné la bureaucratie dans son premier roman, Ipso facto, puis les milieux associatifs, les universitaires et l'humanitaire, obtenant logiquement le grand prix de l'humour noir pour ONG ! en 2003.
Cette nouvelle fable est comme une torpille, elle détruit tout sur son passage, à commencer par ses malheureux voisins qui vénèrent le film Home et s'en mordront les doigts. Cette Écologie en bas de chez moi distribue des moments particulièrement savoureux comme le chapitre consacré à l'écrivain d'autofiction, auteur « responsable » puisqu'il trie ses déchets quand « l'imagination pousse à la surconsommation ». Imposant l'absurde et le grotesque, Iegor Gran est un provocateur, il fait grincer des dents, secoue les idées reçues, refuse l'opportunisme. C'est le plan de carrière de ce Kafka rigolard né au pays de Gogol.


Christine Ferniot, Telerama, 19 février 2011


Bris de verts

Iegor Gran s'énerve, ça donne « L'Écologie en bas de chez moi » : savoureux

Tout part de Home, ce film « obligatoire » de Yann Arthus Bertrand, programmé partout, ce film comme un « opportunisme oppressant, onctueux comme un pet. Un opportunisme cousu de fil blanc où se vautrent Yann , Luc (Besson) et François-Henri (Pinault), avec une sincérité désarmante. Une jouissance primitive : le marketing des gros sabots ». De colère, Iegor Gran, auteur du mémorable Ipso facto (1998) publie un « Rebond » dans Libération le 4 juin 2009. Ça ne lui suffit pas. Aujourd'hui, dans un récit, il développe son allergie à cet Arthus-Bertrand qui « a été pendant dix ans photographe-reporter du Paris-Dakar ». À Nicolas Hulot, ce scout toujours prêt, et à cette obsession, parfois maladive, du « réchauffement climatique » qui, trop souvent, se transforme en « psychose dépocalypse future » !
Il peste, il s'amuse de « ces bobos mielleux d'une nouvelle religion. Ces histoire de poubelles, de tri sélectif, comme un sacre liturgique », presque sacré, comme de cette expression «  faire un geste pour l'environnement » répétée à l'infini. Pour lui, ce sont les signes d'un « prurit » qui se calmera : « N'a-t-on pas vu tomber le hula-hoop et la ska punk ? » Iegor Gran provoque, mais à son ami Vincent, illustrateur, caricature du bobo, il déclare : « Je m'engage nullement. J'essaie de survivre, c'est tout. Mon instinct me dit que toute cette affaire est une atteinte à la liberté, à ma culture, à l'intelligence. Il y aura des lésions. » Son ami lui rétorque : « Tu es dans la pose. » Il se sent interpellé et se dit : « Toi, l'écrivain, tu as choisi ton camp, celui des sceptiques, des petits bourgeois, des égoïstes et des pitres. »
Le « pitre » Iegor Gran met quand même quelques grains de poivre dans des plaies ouvertes. Il en a marre de se sentir « responsable » d'une indignation « durable » qui est le nouveau dogme à la mode. Ainsi Nicolas Hulot l'agace profondément. Dans son film Le Syndrome du Titanic, son « trip hallucinogène » (« J'ai vu la planète se rétrécir sous mes yeux »), l'écolo inspiré « côtoie les appels à la vocation dignes de saint Paul : “Je ne suis pas né écologique, je le suis devenu", et les poses sacrificielles : “Jusqu'où suis-je prêt à aller dans le choix, dans le renoncement" ».
Dans la foulée, Gran s'en prend aux « ampoules fluocompactes » : « Avec sa silhouette de tube digestif, sa base bunker en plastique bas de gamme, sa lumière pisseuse flamboyante, comme chargée d'antibiotiques, l'ampoule fluocompacte est l'objet du quotidien le plus anti-esthétique que je connaisse, symbolisant tout le mal que l'humanité est capable de s'infliger à elle-même avec de bonnes intentions. » De plus, il y a du « mercure » dedans, « ce mercure que l'on interdit depuis une dizaine d'année dans les thermomètres - cherchez l'erreur ».
L'erreur n'est-elle pas, aussi, ailleurs ? Ce prurit écolo n'est-il pas une affaire de « riches » ? « Quand on ne sait pas ce que l'on va manger dans un mois, la planète, on s'en tape comme de l'an 40, et l'on a raison. » Et « si tous ces pauvres se mettaient à consommer autant qu'un écolo parisien... Qu'un Arthus-Bertrand ? ».
Iegor Gran a l'ironie dévastatrice...

André Rolin, Le Canard enchaîné, 24 février 2011

L'ironie se rit de l'écologie

Iegor Gran lâche le roman pour l'autofiction.

Tout commence en mai 2009. Iegor Gran1 voit affiché au tableau d'informations de son immeuble2 l'annonce de la projection du film Home , de Yann Arthus-Bertrand (le 5 juin sur France 2). L'opération de sensibilisation, collective et anonyme, importune l'écrivain. Il arrache le « tract », goutte d'eau qui fait exploser son aversion pour l'écologie guimauve. Il signera une chronique tonique sur le sujet dans Libération du 4 juin, on s'en souvient encore. La version intégrale du texte, pointant les coupes subies, est le bonus qui clôture L'écologie en bas de chez moi, son nouveau livre (23 000 exemplaires en trois semaines).
Un récit et non un roman comme précédemment, où l'auteur laisse libre cours à son ironie face à cette dominatrice d'écologie. Super documenté3 , le livre fustige la pensée durable unique. Et raconte son quotidien d'écrivain. Ses conversations avec sa femme, ses accrochages avec certains de ses voisins, « la dame du 3e, escalier C, et le généraliste crétin », ses disputes avec Vincent, son ami de toujours, entré en écologie comme en religion, sa conversion à l'autofiction, où l'écrivain est « responsable » et « autosuffisant : il a tout sur place, au fond du nombril et dans son cul ».
Tout cela est très bien observé, varié (on passe de Beaubourg au Pape en s'arrêtant au salon Planète Durable et chez Carrefour), fort bien envoyé (surtout la réplique qui suit la pique), caustique, exagéré ou de mauvaise foi. Au final, cela fait un bien fou. Ouf, quelqu'un réagit ! Quelqu'un s'inquiète de la disparition de la culture. Quelqu'un se moque des ampoules fluocompactes, plus dangereuses en cas de bris qu'un accident à Three Mile Island. Quelqu'un pointe les demi-vérités sur l'assèchement de la mer d'Aral. Raconte la compression des cartons ! L'auteur envoie encore des flèches ailleurs, prix littéraires, écrivains, festival d'Avignon...
Plus fort qu'un pamphlet, très drôle, le récit d'Iegor Gran donne surtout envie de réfléchir au sujet qui l'a fâché.

1. Dans ce récit, comme dans ses livres précédents, Iegor Gran cultive abondamment la note de bas de page. Au point de s'en interdire l'usage dans le chapitre 13 mais de signaler son exploit par une note en bas de page en fin dudit chapitre.
2. « ce carré de liège où l'on annonce les coupures d'eau », poursuit l'écrivain qui en fait encore « la fenêtre de tir de la sociabilité obligatoire ».
3. et pas seulement grâce aux notes en bas de page.

Lucie Cauwe, Le Soir, 25 février 2011

L'écolo-dérision de Iegor Gran

L'écologie est-elle un bon filon littéraire ? Il arrive, selon Iegor Gran, que « des intellectuels en souffrance face à la dichotomie écologie-culture (ou simples opportunistes) essaient maladroitement de jeter des ponts, ou plus exactement d'embrigader l'art au service de la noble cause ». On trouve ainsi des « éco-artistes contemporains, des écos-poètes, et même des éco-critiques littéraires ». On sait par ailleurs qu'il existe des polars écologiques, bien décidés à apporter « une réponse aux enjeux de notre temps », ainsi que l'indique généralement la quatrième de couverture.
Prenons au hasard l'un d'entre eux, La Forêt des 29, le dernier roman d'Irène Frain. Et imaginons un instant la réaction de l'auteur narrateur de L'’Ecologie en bas de chez moi. Représentons-nous Iegor Gran tournant les pages d'une fresque promettant le dévoilement d'une « vérité initiatique ».
Gageons qu'il dépasserait difficilement ces premières pages dans lesquelles « les vieillards entonnent le couplet favori : “Le temps est déréglé" », où d'autres déclament sentencieusement que « c'est aussi ça, la Grande Sécheresse. L'aridité, partout. L'amour qui se tarit comme un puît ». Mais, après tout, le premier paragraphe annonçait bien la couleur : « Des malheurs qui jalonnent l'histoire des humains ont régulièrement surgi des êtres d'exception qui transformèrent de fond en comble l'existence de leurs contemporains et des générations futures. »
La Forêt des 29 est un peu l'équivalent romanesque du Home de Yann Arthus-Bertrand. Et Home, pour Iegor Gran, c'est le « terrorisme des belles images. Le mode binaire : éléphant dans la brousse – gentil, Chrysler building – méchant [...] La guimauve. [...] Un opportunisme cousu de fil blanc [...] : le marketing des gros sabots. » Si Iegor Gran se contentait de railler les grosses ficelles de ce type de discours, son livre serait tout aussi convenu que les éco-romans. Mais il met en scène, sur un mode ironiquement autofictionnel, et avec force notes de bas de page, les mésaventures qui ont suivi la publication de ses propos sur Home, l'incompréhension de ses amis, les accusations de climato-scepticisme et les discours écolo-moralisateurs de ses voisins de palier. Il oppose à ces discours toute la force d'une écriture consciente des effets de ses choix formels, prouvant une nouvelle fois que la satire n'exclut pas la nuance, et que la distance critique n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle comprend une part d'autodérision. Sous couvert de légèreté presque bouffonne, Iegor Gran met en jeu rien moins que sa liberté, et la nôtre, cherchant dans la littérature l'espace de résistance au conformisme comme au scientisme.
L'Écologie en bas de chez moi est sans doute l'un des livres les plus drôles de ces derniers mois, et l'un des plus salutaires : « Le rire protège des lieux communs et des hammams du cerveau. »
En lisant Iegor Gran, on pense inévitablement à Roland Barthes, et l'on se dit que oui, décidément, il y a bien, selon les mots du critique, une « morale de la forme ».

Florence Bouchy, Le Monde, 1er avril 2011

Écologie, quand tu nous tiens

Dans une irrésistible autofiction, Iegor Gran s'en prend à l'écologie bien-pensante, prouvant que l'on peut rire de tout, à condition de bien vouloir réfléchir.

Iegor Gran ne craint pas de déplaire. En 2003, il livrait avec ONG ! un détonant pamphlet sur le monde de l'humanitaire. Dans ce nouveau récit, il déboulonne l'une des grandes croisades de ce début du XXe  siècle : l'écologie. Non pas que notre auteur en veuille personnellement à la planète. Son texte s'en prend moins à l'écologie qu'à ses ardents défenseurs, personnifiés par les horripilants voisins de Iegor Gran.
Ces voisins qui « savent ce dont on a besoin » et qui « mieux qu'un docteur soignent nos égoïsmes » occupent les premières pages de cette satire déclenchée par une affichette punaisée dans le vestibule de l'immeuble. Une main anonyme y invite ses congénères à ne pas manquer la diffusion du film Home de Yann Arthus-Bertrand à la télévision dans les jours suivants. Furieux, le narrateur retire le tract et rapporte le fruit de son forfait chez lui comme un trophée et une inspiration : il a trouvé son sujet et ne va plus en démordre.
L'obsession verte contemporaine est la matière première de L'Écologie en bas de chez moi, entre enquête, réflexion et scènes de la vie ordinaire. Au fil des pages, le lecteur croise la voisine du 3e qui, devant la poubelle jaune dédiée aux matières recyclables, lance au narrateur : « Il faut comprimer, mon bon monsieur ! » ou le médecin généraliste du 4e qui tire violemment l'oreille de son fils parce qu'il a osé arracher un morceau de l'écorce d'un arbre.
Plus loin, on fait la connaissance du dentiste du narrateur, incarnation grotesque du « climato-sceptique » et surtout celle du grand ami de jeunesse, Vincent. L'homme a lui aussi succombé à l'engagement général pour l'écologie et se rend chaque année au salon « Planète durable », comme il se livrerait à un rite de purification. Rien ne va plus entre les deux compères. Et « 'amitié durable », alors ?, s'interroge le narrateur, prenant un plaisir manifeste à se mettre en scène en mouton noir de l'écologie.
Timidement, avec un intérêt presque coupable, on souscrit à sa façon cinglante de dépeindre les garants de la bien-pensance verte, tenants d'une vérité inébranlable, comme cet arrogant qui se plante devant le narrateur lui décochant un « ah, parce qu'il ne croit pas au réchauffement climatique ! »
Iegor Gran passe au crible les attitudes de l'écolo exemplaire et, bien sûr, son lexique où reviennent des formules sans appel comme ce sacro-saint « sens des responsabilités ». Il verse sans hésitation dans la dérision, en particulier dans un savoureux chapitre consacré à l'autofiction comme genre durable par essence.
« Quand l'écrivain fabrique ses livres avec des bribes de sa vie insignifiante, il recycle », explique-t-il. Quant à l'imagination : « Que d'énergie dépensée ! » Drôle, intelligent et toujours à bonne distance, le ton est incisif, provocateur parfois, mais d'une fraîcheur délectable. Quel plaisir de voir l'auteur dynamiter les carcans du politiquement correct ! L'humour est présent jusque dans la construction du texte, avec un usage démesuré des petites notes, précieuses pourvoyeuses de précisions très sérieuses mais aussi de détails personnels cocasses.
Le lecteur suit cette chronique des comportements de masse contemporains le sourire aux lèvres, lequel se crispe parfois quand il réfléchit à ses propres usages. Iegor Gran sait titiller comme personne les contradictions des donneurs de leçons et des suiveurs. Leur bonne conscience et leurs galons de citoyen modèle acquis à peu de frais en appliquant quelques préceptes. Sans toujours faire le tri.

Marie-Valentine Chaudon, La Croix, 16 Juin 2011


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