L'Outrage aux mots   

Œuvres II

Bernard Noël

Ce deuxième tome des Œuvres de Bernard Noël comprend ses principaux écrits politiques dispersés au gré de publications éphémères ou de livres épuisés. On y découvre une pensée proprement révolutionnaire, radicale, et qui trouve une part de ses origines dans une analyse extrêmement fouillée de l'histoire de la Commune de Paris, de l'espoir qu'elle souleva et qui semble n'être pas tout à fait retombé, même aujourd'hui. L'autre origine de la pensée politique de Bernard Noël se situe dans la langue proprement dite, dans une analyse de plus en plus fine de la violence infligée à la langue par l'emploi qu'en ont fait de tout...

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Bernard Noël

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La presse

Révolution est le mot qui revient le plus souvent sous la plume de Michel Surya à propos de l'écriture de Bernard Noël. Révolution car il tient en sa majuscule tout ce que le politique a perdu en devenant la politique et qui n'est pas seulement une sémanticité mais une déverbalisation de la langue de départ, une désertion de l'idée, du possible, de l'espoir, de la royauté des peuples. En passant du procès pour outrage aux bonnes moeurs à L'Outrage aux Mots, de Censure à Sensure, Bernard Noël a analysé le glissement sémantique opéré par les médias afin de dévoiler les nouveaux enjeux de pouvoirs. En se dérobant à un sens commun sans cesse modifié dans le but d'asservir il a dévoilé un infra-monde, celui que nous pratiquons avec les mots donnés par les autorités médiatiques. Le temps, comme le précise Surya a arraisonné le sens (1789, l'Encyclopédie...). Le Polième traverse l'oeuvre de Bernard Noël à la lumière de Lautréamont, de Rimbaud (changer la vie, dérèglement également du sens) et de la Commune. Le Syndrome de Gramsci « qui n'a de sens que l'absence de sens à la hauteur de laquelle il s'efforce de se hisser, puis de se tenir » est un livre qui manque peut-être à ces OEuvres II, maximaliste, où les textes davantage politiques, pour certains inédits, pour d'autres parus à quelques dizaines ou centaines d'exemplaires, se mêlent à des lettres, des déclarations, des éditoriaux. Parmi cette profusion La Rencontre avec Tatarka qui s'effectue à Bratislava en 1980 est un dialogue prégnant par lequel Bernard Noël constate la force de l'oppression en Slovaquie et dialogue avec un « frère » ou un double né à quelques kilomètres de distance : « Dans le taxi, je me répète une de ses dernières phrases : "II faut dire la vérité. Il faut tout dire, car l'illusion c'est la tragédie"... » Depuis Extraits du Corps Bernard Noël a tenu parole. Autour de La Commune revient sur la genèse du dictionnaire qui fut un geste littéraire fondateur. Textuel D'A. A. met en lumière les actes et les écrits d'Arthur Arnoult, acteur de première importance de la Commune mais que les historiens auront balayé. Il écrit dans une lettre à Michel Surya : « Le comble du génie politique est de faire admettre à l'opprimé la nécessité de son oppression » ; Michel Surya conclut le Polième par une phrase de L'Outrage aux Mots : « Je crois que la généralisation de la torture est liée au culte de l'information ». Tu dois m'avouer les mots que ne diffusent plus les ondes afin que je les éteigne définitivement.


On dit souvent de livres qu'ils sont salutaires, celui-ci ne l'est pas : il n'y a pas d'âme à sauver ni de salut, ni de chapelle et encore moins politique dans laquelle asseoir sa conscience une fois le livre lu. Il permet l'apprentissage de la langue étrangère qui s'est glissée en nous. Au croisement de plusieurs disciplines, aux côtés de ceux qui comme Philippe Anes, Pierre Bergounioux, Georges Orwell ou Victor Klemperer ont cherché ou cherchent à proposer une grille de lecture de la langue, Bernard Noël révèle ce qu'elle dit des hommes, comment elle les enferme, comment elle peut les délivrer et les délier du sens qui les entrave.


Cyril Anton, Cahier critique de Poésie, 2012



Bernard Noël, le sens plutôt que la « sensure »


Après Les plumes d’Eros, le gros travail de rassembler les textes épars de Bernard Noël se poursuit dans un deuxième volume. L’outrage aux mots, son titre, est celui de la postface à une réédition de son livre le plus célèbre, Le château de Cène. Ce roman pornographique lui avait valu en 1969 un procès pour outrage aux bonnes moeurs. Sur un malentendu multiple, dont l’écrivain démonte le mécanisme. Piégé par un avocat qui cherche à défendre un principe, Bernard Noël constate combien la défense nie, bien que de bonne foi, ce qu’est son livre. « Et puis la comédie commence, non pour défendre un principe, mais pour démontrer, trois ou quatre heures durant, que je suis un bon écrivain, donc un écrivain inoffensif. Et j’écoute, accusé devenu le complice de son accusation. » Piégé aussi par le langage qui se retourne contre lui, Bernard Noël voit s’égarer la dimension politique du Château de Cène. Politique située pourtant au coeur du roman. Et au coeur du gros volume paru, où la puissance révolutionnaire d’une oeuvre apparaît comme sa véritable colonne vertébrale. « Je ne me résigne pas à désespérer de la - Révolution -. Ou plutôt je ne me résigne pas à considérer son échec comme un acquis de la bonne conscience et une donnée définitive. Le principal échec de la Révolution, c’est d’ailleurs qu’on la prenne pour une fin, elle qui est un perpétuel mouvement. »


Privation de sens, pas de parole

Tout est là, dans un ouvrage publié en Belgique en 1985 et dont le titre aurait lui aussi convenu à l’ensemble restitué aujourd’hui : Le Sens la Sensure. « Sensure », un mot qu’il faudrait créer, expliquait-il dix ans plus tôt, et « qui par rapport à l’autre indiquerait la privation de sens et non la privation de parole. La privation de sens est la forme la plus subtile du lavage de cerveau, car elle s’opère à l’insu de sa victime. Et le culte de l’information raffine encore cette privation en ayant l’air de nous gaver de savoir ». La cohérence est manifeste, dans des pages écrites en plus de trente ans. Bernard Noël creuse la langue et en cherche l’usage subversif, tandis que le pouvoir l’utilise à son propre profit, jusqu’à la dévoyer. Aux yeux de l’écrivain, la liberté d’expression est un leurre encadré par une absence de liberté de penser. Et le « mieux-disant culturel » évoqué lors de la privatisation de TF1 devient, dans une imparable logique, le défrichement de « temps de cerveau disponible ». Suivez le fil, il mène en droite ligne à la terreur économique - plutôt qu’à l’horreur dont parlait Viviane Forrester.


Même la culture est vidée de ses qualités. Il ne s’agit plus de « dire que la valeur culturelle n’a d’autre critère, dans l’intimité de chacun, que l’amour éprouvé dans son propre coeur », mais de nous faire croire que « le meilleur produit culturel […] est celui qui a été consommé par le plus de gens : on comptabilise la consommation pour tendre au consommateur un miroir où la qualité a son visage ».


Face à une organisation du monde décevante, Noël n’a jamais baissé les bras. Il résiste. Une résistance exemplaire et contagieuse.


Pierre Maury, Le Soir, Mai 2011




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