La nuit tombe quand elle veut   

Marie Depuss?

Il ne faut pas dire de mal de l’hôpital. Tous ceux qui ont écrit pour le faire avaient raison. Mais il est tard. Les hôpitaux de campagne disparaissent, ceux des villes n’ont plus assez de lits. On se rapproche de l’Afrique. Mais on n’a pas leur tendresse, leurs familles illimitées, leur habitude de veiller leurs malades jour et nuit, de leur faire la cuisine.
La première fois on est entrés, avec Jean, avec facilité. Opération en vue, il était inscrit. Une femme chirurgien, quelques mois auparavant, avait formulé le verdict « tumeur du cerveau inopérable » avec douceur. Mais on allait se donner la peine d’ouvrir pour vérifier. Ça lui suffisait, à Jean, il ne demandait pas beaucoup. Il orientait tout son corps vers l’espoir.
L’hôpital,...

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À l'hôpital Mondor, une femme veille son frère... Un récit aussi fort qu'un reportage.

Il n'a pas dit « Ich sterbe », comme Tchekhov, ni « C'est vraiment dégueulasse », comme Michel Poiccard (À bout de souffle), mais «  La nuit tombe quand elle veut ». Cette parole d'agonie, pas de dernier souffle mais de dernière lueur, prononcée par son frère atteint d'une «  tumeur de la tête inopérable », Marie Depussé en a fait le titre de ce récit lumineux, juste de bout en bout, aussi amusé que désabusé. Un livre hospitalier sur l'hôpital, un livre qui glisse et qui grince comme un brancard à roulettes dans un couloir, un livre d'adieu, discret, ébloui. L'écrivain se promène dans le CHU Mondor comme une souris dans son fromage, elle furète et grignote, creuse des galeries secrètes avec le malade, croise des semblables en perdition et leur jette des regards furtifs et pénétrants, tremble et se sauve, mais toujours revient.
Tout n'est qu'espace pour cette femme clairvoyante, qui perce à jour les corps, de bâtiment, de patients, de médecins, de visiteurs. La chair, comme l'architecture, est un lieu de refuge où l'espoir guerroie contre le défaitisme. Marie Depussé émet des signes, en capte d'autres, et peu à peu un désir d'étreinte absolue s'exprime, en sourdine : « On ne se touche pas, à l'hôpital. Quand on se frôle dans l'ascenseur on dit pardon mais on se regarde avec une tendresse franche, illimitée. J'ai le rêve que cette tendresse tangible, silencieuse puisse se dire, qu'on invente des lieux, des heures où elle puisse se mettre à l'œuvre. »
Mallarmé, Kierkegaard, Baudelaire, Giono, Antelme... les écrivains sont là, qui lui clignent de l'œil, lui donnent le bras, déroulent leurs mots de soutien dans son cœur qui bat la chamade. Les mots de Marie Depussé, eux, s'agrippent les uns aux autres, dans des phrases plutôt longues, souvent avares en virgules, comme pour conjurer le sort du couperet final, en apnée dans un monde idéal où l'on n'aurait plus besoin de respirer pour être en vie. Elle dit tout comme ça lui vient, dans un état d'acuité aux autres que seule la confrontation avec le mourant sait susciter : « On avance vers lui avec du bonheur dans les yeux, quelque chose que peut -être on ne lui a jamais donné à voir quand on pouvait jouer ou rire ensemble parce que la vie qu'on vit est faite d'encombrements, de ratures, d'oublis. » Dans ce livre, tout n'est au contraire que dégagement, limpidité, mémoire.

Marine Landrot,Télérama, 30 novembre 2011


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