Confusion de genres   

Articles et études (1975-2010)
Textes réunis et présentés par Laurent Lombard

Jean-Paul Manganaro

Jean-Paul Manganaro n'est pas seulement un grand traducteur de l'italien, c'est aussi un essayiste aux multiples centres d'intérêt (nous avons publié ici son analyse du théâtre de François Tanguy et son étude sur Fellini). Ce volume permet, du théâtre à la littérature, de la danse au cinéma, de prendre la mesure de son talent et de son érudition.


« En voulant remonter aux origines de ce projet, je retrouve un sentiment secret d'étonnement puis d'attente qui m'a saisi, un soir, il y a longtemps, devant cet homme en train de traduire. Il est là, le dos légèrement courbé. Un saint Jérôme, un saint Augustin, le Caravage ou Carpaccio....

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Jean-Paul Manganaro

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La presse

Manganaro ouvre des horizons


Sous le titre malicieux de Confusion de genres, Jean-Paul Manganaro publie un fort recueil d’articles et d’études parus, de 1975 à 2010, dans des magazines, des journaux, des revues. Il y a aussi des préfaces et une postface, ainsi que des réflexions, profondes, sur la traduction, car il est orfèvre en la matière. L’amateur de théâtre trouvera dans ces pages de quoi satisfaire sa curiosité en alerte. Sur Carmelo Bene (1937-2002), par exemple, « à lui seul un théâtre total » , dont Manganaro est l’exégète émérite, tout comme sur la situation dramaturgique en Italie et en France, sur Pirandello, Eduardo De Filippo ou le grand comique Toto, ou encore sur Maguy Marin et Valère Novarina, sur le Théâtre du Radeau de François Tanguy ou l’aventure de Luca Ronconi en quête de formes neuves, la pertinente logique de l’auteur, jointe à de soudaines intuitions aiguës, font de ces essais plus ou moins brefs, non seulement des mines d’informations où le savoir trouve son compte, mais encore d’authentiques morceaux de littérature critique dignes, et pour cause, d’être repris « en dur» dans le corps d’un livre.


Né d’une mère bordelaise et d’un père sicilien, Manganaro, en somme héritier naturel de deux cultures prégnantes, ne cesse de mesurer l’une à l’aune de l’autre. C’est sans doute ce qui fait sa force. Il s’avance au-delà de tout comparatisme plat. N’ayant pas le pli de l’université, sa pensée apparaît libre d’emblée, affranchie de tous modèles contraignants. On sent qu’il prend son bien où il le trouve. Dans le champ philosophique, ce serait entre autres du côté de son ami Gilles Deleuze, tandis que, dans l’écriture proprement dite, une érudition à donner le vertige s’inscrit élégamment, sans pédantisme, au sein d’une prose inventive émaillée d’éclats fièrement poétiques. Par endroits, l’envol des métaphores dans un battement d’ailes s’avère en effet sidérant. C’est qu’au bout du compte, il y va du baroque et de ses variantes infinies, dont il démêle si subtilement les traces autant chez Carmelo Bene, en scène, que dans le massif romanesque édifié par Carlo Emilio Gadda (1893-1973), l’autre figure tutélaire excessive récurrente dans l’ouvrage.


C’est que, sur la littérature également, les interventions de Manganaro sont fréquentes et éclairées. Qu’il s’agisse de Leonardo Sciascia, d’Alberto Savinio, de Cesare Pavese, d’Elsa Morante, de Giorgio Manganelli, Gian Daudi, Italo Calvino, etc., ou de « La mélancolie Leopardi », ou même de Proust face au temps, semblable intransigeance du regard est à l’oeuvre dans des essais ciselés, en lesquels l’implication de qui les compose est toujours farouchement visible. On décèle, du coup, que pour Jean-Paul Manganaro, l’écriture procède d’un enjeu proprement charnel, d’une véritable mise en scène du corps écrivant, sans ostentation certes, délicatesse oblige, mais enfin c’est tous nerfs tendus que ça se passe. En témoigne le bouleversant entretien avec Camille Dumoulié, Jean-Paul Faucher et Jonathan Pollock sur « Traduire Artaud en italien » (pp.610-618), empli de secrets révélés, où la question de la langue est crûment posée par le biais douloureux du change d’un idiome à l’autre. Ce livre, fastueusement proliférant, brosse à la fin l’autoportrait d’un homme à l’intelligence en marche qui n’arrête pas d’ouvrir des horizons.


Jean-Pierre Léonardini,L’Humanité, 31 octobre 2011



Vidéolecture


Jean-Paul Manganaro, Confusion de genres, Teatro al tempo presente - Accampamento teatrale -Rome - 2009




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