Sexy Lamb   

De la séduction, de la révolution et des transformations chrétiennes

Frédéric Boyer

Frédéric Boyer travaille et s'intéresse à la question des origines du christianisme depuis de longues années. D'où viennent les textes chrétiens ? que racontent-ils ? de quoi sont-ils faits ? quelle langue   quelles figures ? quelles formes littéraires ?
Ce petit livre est un livre d'écrivain d'abord. Précisément parce qu'il risque cette hypothèse d'une origine et d'une constitution littéraire de ce que l'on appellera le christianisme. Frédéric Boyer prétend qu'il s'agit en quelque sorte d'une performance littéraire. Pour rendre compréhensible cette idée, il compare la naissance du christianisme, du langage chrétien, à celle du rock'n'roll : un langage fait d'emprunts, de traductions, de reprises, d'accélérations, de...

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Frédéric Boyer

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La presse

Christianisme sans repos

L’écrivain Frédéric Boyer revisite avec flamboyance la rupture chrétienne, pour en faire surgir la permanente nouveauté.

Dans un monde qui n’en finit pas de dériver loin du christianisme, les mots de la foi deviennent des gangues. Ils emprisonnent, compriment la vigueur chrétienne, menaçant les chrétiens par leur familiarité, tenant les autres à distance par leur hermétisme. Comment, dès lors, formuler la nouveauté chrétienne de manière audible ? « Être chrétien, en ces temps, ne devrait être possible qu’en revisitant tout de fond en comble », répond l’écrivain Frédéric Boyer dans Sexy Lamb (lamb, en anglais, signifie « agneau »), sous-titré « De la séduction, de la révolution et des transformations chrétiennes ». Dans cet essai engagé et flamboyant, l’auteur travaille à briser l’écorce d’une foi trop – autant que mal – connue, pour lui redonner son caractère vif et inquiétant. La tâche est titanesque, mais elle n’a paradoxalement besoin que de la fièvre d’un seul homme pour commencer à s’accomplir.
Comment désigner le lieu d’où Frédéric Boyer risque ses mots ? « Vous êtes chrétien. Vous ne répondez pas. Vous dites que vous ne savez plus ce que ce mot signifie. Inaudible. Qu’il a tout perdu de sa royauté comme tout de sa misère » écrit-il, pour partager son trouble. Dire qu’il écrit « de l’intérieur »serait un contresens, car l’écrivain rappelle, en écho à saint Paul, que le chrétien est un« passe-muraille ». Sa « proximité tourmentée » avec le christianisme est faite « autant d’admiration que d’interrogation et parfois de dégoût ». « Je ne m’en suis encore jamais séparé même si je suis incapable d’affirmer comme identité ma chrétienté (...). Que posséderait-on en se disant chrétien ? »
Le pari de Frédéric Boyer sera de raconter le christianisme « autrement », « à partir de l’énergie de ses images, de son langage et de ses contradictions qui lui ont servi à transgresser, à passer outre, à se métamorphoser ». Pour envisager le présent et l’avenir, il faudra revenir aux origines. Non pour reconquérir une essence chrétienne inaltérée, mais pour retrouver le « muscle » chrétien tel qu’il a fonctionné au commencement et lui rendre sa tonicité. Pour recouvrer cette verdeur, il faudra d’abord laver nos regards. D’où cette longue évocation de la chute de Rome, vers 400 après Jésus-Christ, qui ouvre l’ouvrage. Entrée déroutante, évocation tendre et tourmentée, où les fiers Romains humiliés nous tendent le miroir de notre condition humaine. Vie et mort. Déceptions et trahisons. Rêves brisés et irrémédiable fragilité humaine. « Avant même de pourrir dans la terre, ils ont cru sans y croire à leurs histoires sentimentales et politiques, à leurs dieux, à leur passé, à leur éternité comme à leurs inguérissables blessures. » Ce drame humain, sans cesse répété, reste la scène où se joue la nouveauté chrétienne. Celle d’un Dieu « inquiétant d’humanité », qui sera « clouée au lieu même de sa faiblesse, de sa chair, de sa condition commune, pour parvenir à une sorte de rayonnement immobile et noir ». Dans une langue inquiète et sensible, Frédéric Boyer forge des formules neuves qui laissent entrevoir le mystère chrétien, sans le figer. Comme les étoiles filantes, leur lumière scintille longtemps dans nos rétines, même lorsque la nuit est revenue...
Dans cette relecture, le christianisme apparaît comme une fièvre, une ardeur, une quête de l’altérité toujours relancée. « Le christianisme voulait dire qu’en un temps où chaque jour créait son propre nihilisme, il fallait détourner les choses, inventer ailleurs un sens, une voie possible », rappelle-t-il. Croire n’a alors plus rien d’un conformisme, ni d’une molle habitude. « Croire, ce n’est jamais adhérer. C’est poursuivre, pourchasser, traquer... Croire est à cette articulation de ce qui est littéral et de ce qui ne l’est pas. On ne peut jamais dire je crois sans trahir. » S’attardant sur l’histoire des textes, Frédéric Boyer, qui a dirigé la traduction de la Bible Bayard, s’intéresse de près à l’aventure littéraire qui s’ouvre avec le christianisme, « machine narrative sans précédent », qui recompose des formes et des écritures anciennes ou propres à la culture littéraire gréco-romaine environnante. Il forge ainsi une forme littéraire nouvelle, les Évangiles « rédigés pour témoigner d’un envoi, d’une mission, et concevoir ainsi l’existence comme une expédition et répondant d’un appel ». C’est finalement une double profession de foi que prononce Frédéric Boyer. Foi au Christ et foi en l’écriture, avec et sans majuscule. Croire, c’est en effet « ne pas s’en tenir au seul spectacle des événements mais recourir à une hypothèse ou à un possible qui devient récit de ce que nous ne voyons pas ». Deux credo réunis par l’attention à une faiblesse qui nous constitue comme humains, par l’ouverture à l’au-delà et le désir de changer le monde.

Elodie Maurot,La Croix, 15 février 2012


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