En souvenir d’André   

Martin Winckler

Le narrateur a été l'un des premiers médecins, dans un pays européen non précisé, à assister les personnes qui demandaient à mourir – clandestinement d'abord, puis plus ouvertement, à mesure qu'une certaine tolérance s'installait et que les lois s'adaptaient à la situation. Après avoir maîtrisé les techniques qui permettent aux hommes et aux femmes de quitter la vie sans souffrance et sans angoisse, il a découvert, au gré de son histoire personnelle, que cette assistance technique ne suffisait pas. Que l'accompagnement d'une personne qui a décidé de mettre fin à ses jours passe par une démarche personnelle plus profonde. Et que cet...

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Martin Winckler

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Traductions

Allemagne : Antje Kunstmann

La presse

Écouter les malades. Refuser la condescendance des médecins toujours pressés et fuyants. Et avant tout, apaiser la douleur. Ces principes reviennent dans l'œuvre de Martin Winckler, écrivain et médecin, convaincu et combatif, depuis La Vacation (1989) et La Maladie de Sachs (prix du Livre Inter 1998). Après Les Trois Médecins (2004), qui décrivait la formation universitaire de Bruno Sachs, et Le Chœur des femmes (2009), où un gynécologue recevait les patientes dont personne ne voulait, En souvenir d'André est un nouveau cri de rébellion, contre une pratique médicale qui oublie l'être humain pour ne considérer que la pathologie. Cette fois, c'est le thème crucial et controversé du suicide assisté qui est au cœur du combat littéraire et social de Winckler.

Dans un futur proche, deux voix s'intercalent : celle d'Emmanuel, jeune médecin attentif, et celle de Daniel, qui, au seuil de la mort, se souvient des hommes qu'il a aidés à mourir selon leur volonté. Leurs destins se croisent, leurs vies se complètent, leurs points de vue convergent. L'un veut accompagner ceux qui en font la demande, selon un protocole affiché. L'autre transmet son expérience passée en évoquant ses années de batailles clandestines. Assurément, l'auteur est bien décidé à secouer les lecteurs et les faire réagir. Roman à énigme, avec révélation finale, son livre est aussi et surtout un plaidoyer, une œuvre pleine de larmes et de colère qui abandonne la dimension polyphonique du Chœur des femmes pour préférer le ton du mémorialiste.

Daniel, médecin de l'ombre, qui vient le soir avec sa mallette frapper à la porte, constitue une image provocante. Winckler le sait : il joue avec les mythes et les symboles, tel un Fantômas de la seringue. C'est en privilégiant cette forme romanesque qu'il atteindra le plus grand nombre – quitte à en froisser plus d'un –, obligeant chacun à réfléchir.


Christine Ferniot, Telerama, 13 octobre 2010



« Très peu de gens demandent à mourir »


Martin Winckler, écrivain en blouse blanche qui a signé le best-seller La Maladie de Sachs, traite dans un nouveau roman de la fin de vie et de l'euthanasie. Il s'en explique.


Sans jamais employer le terme, vous évoquez longuement dans votre nouveau roman le suicide assisté, que pratique à la chaîne votre médecin héros. Ce sujet vous passionne ?

– Ce roman n'est pas autobiographique. C'est la première fois, d'ailleurs, que j'écris un livre dans lequel je parle de quelque chose dont je n'ai pas une expérience approfondie. Mais un médecin ne peut pas ne pas s'intéresser à ce sujet. Comme tous mes confrères, j'ai eu ce genre de discussion avec des patients en train de mourir à petit feu. Après l'avoir évoqué dans beaucoup de mes romans, j'ai voulu cette fois en parler de manière plus précise, car je pense qu'il y a une continuité dans le type d'aide et d'accompagnement que l'on peut apporter au malade et qu'il faut en débattre sereinement. Pour autant, mon livre n'a rien d'un Suicide, mode d'emploi, il est une sorte de roman d'anticipation sur l'évolution possible des pratiques.


Vous vivez au Québec depuis plus de trois ans. Cela a-t-il changé votre regard ?

– Ici, au Québec, on a beaucoup d'avance sur la France et on est bien plus respectueux de l'autonomie des patients, c'est-à-dire de la possibilité pour une personne de prendre des décisions informées et définitives. Par ailleurs, on est en plein débat sur l'euthanasie – deux commissions viennent de conclure à la nécessité d'une réglementation en cas de maladie terminale sans guérison possible. Pour ma part, je pense que le médecin doit être au service du malade, il peut ne pas être d'accord avec lui, mais il doit l'écouter, en toute confidentialité. Puis l'accompagner ou non dans sa décision, sans se hâter. C'est comme cela que procède Emmanuel Zacks, mon narrateur. Et c'est ce qui se fait déjà dans l'Oregon, en Suisse, en Belgique, aux Pays-Ba… Une enquête a été menée dans ces pays. On s'aperçoit que peu de gens demandent à mourir, et que, parmi ces derniers, seule une toute petite proportion passe à l'acte. Car, en fait, que veulent-ils ? Avoir la possibilité de choisir, se sentir maîtres de leur vie.


Dans votre roman, les candidats au suicide assisté ont un profil bien particulier…

– Oui, ce sont pour la plupart des hommes, en l'occurrence des médecins, qui ont eu des responsabilités. Ils estiment que leur dernier acte de liberté consiste à mettre fin à leurs jours de manière non traumatisante.


La grande majorité des malades ne demande-t-elle tout simplement pas de ne plus souffrir ?

– Bien sûr, il faut avant tout s'occuper du traitement de la douleur et ne jamais hésiter à trop soulager. En France, on craint les effets des doses importantes de morphine, mais il faut être un peu plus humble ; c'est compliqué de tuer quelqu'un en lui donnant des antalgiques.


Vous mettez en lumière l'hypocrisie de certains chefs de service qui statuent souverainement. Donner la mort, un privilège de caste, dites-vous…

– Oui, cela est vrai partout, même dans les services de soins de réanimation néonatale. Il y a une véritable omerta sur ces pratiques.


Le gouvernement a récemment mis sur pied une commission sur la fin de vie. Qu'en pensez-vous ?

– C'est très bien. Il y a trop d'hystérie sur le sujet. Il est sain de réfléchir calmement, de débattre d'étudier ce qui se fait ailleurs. La bioéthique est beaucoup trop sérieuse pour être abandonnée aux médecins.


Marianne Payot, L'Express, 10 octobre 2012


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