Disparitions   

Bertrand Schefer

Disparitions est à la fois un parcours dans la culture visuelle moderne et le récit d’un narrateur à la recherche d’une image qui ferait enfin revenir à lui une scène manquante. Ce sont des histoires liées à la photographie, au cinéma, à des images qui hantent sa mémoire. Récits et enquêtes sur Antonioni, Gus Van Sant, Clouzot, Chris Marker, Giacometti, Stendhal, Duras… Écrits sur une dizaine d’années, comme autant d’étapes de la construction d’un regard, ces chapitres, qui glissent de l’essai à la nouvelle, sont tous animés par une question commune : au fond de toute image, et de tout récit, il s’agit...

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Bertrand Schefer

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La presse

Un homme disparaît


Dans Disparitions, Bertrand Schefer divague avec brio entre cinéphilie atomisée et mémoires immémoriales. Hanté par une question de haute littérature mais fatalement sans réponse : comment être où je ne suis pas ?


Mais qu’est-ce ? Une autobiographie ? Un essai ? Un précipité philosophique ? Plutôt un récit bénéfiquement impur où l’auteur, sous le couvert de son nom propre, Bertrand Schefer, et à l’abri de son titre programmatique, Disparitions, ne raconte des lambeaux de son existence que pour fuir vers d’autres horizons que ceux des confessions misérables (ma maman, mon papa) et des jérémiades à bâiller d’ennui.
Au fait, qu’est-ce qu’une vie ? Bertrand Schefer le dit sur le tard : « Une nappe de brume informe dont seules parviennent à se dégager certaines strates d’épaisseur et de densité, d’opacité ou d’évanescence. » Il écrit à tâtons dans un brouillard où ses passions privées s’ouvrent sur nos propres vies, percluses de flous inquiets et de bonheurs nébuleux. Une chambre noire qui est une chambre d’échos. Ce qui fait le lien, c’est un couloir inaugural où il fait bon le suivre à pas de loup : celui qui mène à une salle de cinéma et permet d’en sortir. Shock Corridor à l’aller comme au retour. Ce qui s’agite sur un écran, c’est toujours, fiction maximale, la vie des morts. Histoires de fantômes, donc.
Il suffit d’admettre qu’on va au cinéma pour y croiser des spectres du réel, se plonger dans un torrent amniotique de paysages, de visages, de corps. Un bain d’acide aussi puisque, au bout de la mémoire, centrifugeuse à ranger et déranger, tout se dissout dans un continuum ancestral : « Tous debout, assis, allongés, enlacés, parlent la même langue maternelle du temps. » Et laisser les fantômes nous squatter. Drôle d’état, entre coma et vigilance : « Nous sommes seuls dans notre chambre noire. Nous lâchons prise. Les histoires arrêtées se poursuivent en nous. Nous imaginons leur suite. Nous sommes leur suite et leur avenir. » Effet de déjà-vu, en miroir du jamais-vu. Car toute image, a fortiori l’image de cinéma, documente l’apparition de sa disparitions, telle « une puissance ultime et une arme secrète ».
A l’aune d’une cinéphilie éclatée, de Hitchcock à Kiarostami, de Clouzot à Cocteau, de Duras au Misery de Rob Reiner, ce sont les films qui aiment le narrateur plutôt que l’inverse. Mais Bertrand Schefer le leur rend bien, quand il exhausse l’ordinaire de la critique par des visions extravagantes. Pour l’exemple, des pages fulgurantes sur la vraie-fausse partie de tennis sans balle ni raquette qui conclut le Blow-Up d’Antonioni : « On y filme purement de l’invisible et, pour ainsi dire, le comble de l’absence. » Mais il n’y a pas que les films qui hantent nos vies. Il y a des livres (Austerlitz de Sebald), des photographies (un lit défait par Felix Gonzalez-Torres), des anecdotes essentielles comme celle du jeune Giacometti se creusant un trou dans la neige, à la fois refuge et observatoire, «un endroit très chaud et noir où il est certain d’éprouver la plus grande joie possible». Comme l’écrit Bertrand Schefer dans la première phrase de Disparitions : « Ça y est, nous y sommes. » Mais où ? Tout de joie, sur l’écran blanc de nos nuits noires.


Gérard Lefort, Les Inrockuptibles, février 2020


Agenda

Lundi 30 mars 2020
Spectacle de Bertrand Schefer dans le cadre du festival "Concordanse" à la Maison de la poésie (Paris)

Maison de la poésie

Passage Molière

157, rue de Saint-Martin

75003 Paris

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Samedi 4 avril 2020
Spectacle de Bertrand Schefer dans le cadre du festival "Concordanse" (Montreuil)

Biblitohèque de Montreuil

14, boulevard Rouget-de-Lisle

93100 Montreuil

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Vidéolecture


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