Je ne me souviens pas   

Mathieu Lindon

Je me souviens ou je ne me souviens pas, telle est la question.

Tout le monde… se souvient du célèbre « Je me souviens » de Georges Perec ou de celui de Joe Brainard (« I remember »). Mais il est peut-être une autre manière de se décrire, en creux, en angle perdu ou mort, et c’est d’essayer de faire remonter à la surface ce dont on NE se souvient PAS. Paradoxale, cette proposition est déconcertante, elle déplace les lignes du souvenir et de l'oubli, elle perturbe l'ordre intime auquel, bon an mal an, nous nous efforçons de soumettre le temps passé. Elle autorise toutes les réévaluations, les approfondissements, les découvertes. Elle nécessite...

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Mathieu Lindon

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La presse

Je ne me souviens pas
Antimémoires



L'auteur de Ce qu'aimer veut dire explore ce que ses oublis révèlent de lui. Des antimémoires qui émeuvent aussi par leur humilité.



Avoir de la mémoire ou pas. Il y a ceux qui se souviennent et ceux qui ne se souviennent pas. Ceux, aussi, dont la manière de ne pas se souvenir convoque plus fortement encore le souvenir. A travers son absence même, qu'elle soit désirée ou non. Mathieu Lindon semble de ceux-là, qui nous fait revisiter à travers trous et manques sa vie d'intellectuel pas forcément exemplaire ni engagé, pas toujours au mieux avec les choses pratiques, techniques, physiques.
Avec une mélancolie doucement résignée, il rassemble ici des morceaux explosés, fugaces, dont il aimerait savoir à quelle sorte d'existence et d'individu ils appartiennent. Quel est donc cet être dont il garde si peu de traces, dont la vie a glissé parfois sans qu'il lui en reste d'image ? Existe-t-il même, ce Mathieu Lindon qui a filé entre les années, les amitiés et les fièvres ? "Je ne me souviens pas de mon âge, je crois que je peux être amant avec n'importe qui. je ne me souviens pas que je vais mourir et mon sexe sans doute avant moi..." A 60 ans, en courts fragments pleins de matières et de chair - mais pas si loin pourtant des Essais de Montaigne ou des Pensées de Pascal -, l'écrivain s'interroge avec une intensité, une humilité, une générosité qui stimulent les nôtres, nous renvoient à nos expériences du passé et du temps. Ceux de sa génération de pensée et de vie, hommes ou femmes, s'y reconnaîtront étrangement. Ils penseront, bien sûr, au Je me souviens de Georges Perec (1978). Sauf que les antimémoires de Lindon, qui y font implicitement référence, couvrent toute son existence à lui, sans référence à son époque, alors que Perec dressait surtout un micro-portrait de la France de sa jeunesse, de l'après-guerre jusqu'aux années 1960...
Lindon n'y engage que lui-même, ses lâchetés, ses égoïsmes, ses maladresses. Et c'est pour ça, aussi, qu'émeut comme un frère cet antihéros si proche et toujours si pudique dans ses oublis volontaires. La seule chose dont il se souvienne et la dernière phrase du beau livre ? "Les voix des chers disparus mais je ne les entends plus." Vraiment ?



Fabienne Pascaud, Télérama, mercredi 9 mars 2016




Mathieu Lindon, la mémoire à nu



L'auteur de Ce qu'aimer veut dire se penche sur ce dont il ne se souvient pas pour retracer des bribes de vie.


Tout est là : on oublie que le temps passe et de cet oubli, Mathieu Lindon fait un récit de feuilles mortes ramassées à la pelle. Est-il davantage constitué de souvenirs ou d'absence de souvenirs ? On retrouve dans Je ne me souviens pas une sorte de mélancolie mordante déjà présente dans En enfance (2009) et dans Ce qu'aimer veut dire (prix Médicis, 2011). Dans ces trois textes autobiographiques, c'est bien le même narrateur narquois et subtil qui nous livre sa vision des situations. Mathieu Lindon se penche sur lui et les siens avec un demi-sourire qui fait qu'on peut aussi bien s'emparer de sa joie de vivre que de sa peine à exister. On se promène en sa compagnie sur une palette de différents états d'âme, mais la recherche de la vérité innerve la totalité de son style si personnel. C'est toujours la même chose, vue à chaque fois sous un angle différent. Son dernier récit est conçu avec tout ce qui remonte à la surface quand on fait un effort pour se souvenir que le temps passe, oui, bien sûr, mais qu'on peut, aussi, le retenir un peu.



Ses années forment un luxueux chandail troué

C'est la matière des sentiments qui manque lorsqu'on se retourne sur sa vie. On se souvient de s'être ennuyé, mais on ne se souvient pas de l'ennui. On a en main l'ivresse, on recherche le flacon. Le narrateur égrène les blancs, les angles morts, les creux, les manques d'une vie bien remplie. Il ne se souvient pas du nombre de fois où il a souhaité la mort d'un proche : "Chaque être que j'ai aimé, il y a eu un moment où ça m'aurait arrangé qu'on n'en parle plus, zou, le cimetière." Il ne se souvient pas avoir désiré être père : "Je voulais connaître l'amour comme dans les livres et les films, pas comme dans les familles. Il me semble que les enfants sont semblables aux maisons de campagne, les gens qui en ont n'en ont que des ennuis, obligés de rentabiliser la moindre satisfaction." Il ne se souvient pas avoir jamais été un chantre de l'enthousiasme : "Si la vie est une drogue, je garde mes distances avec le produit, je consomme avec modération. Entre la coupe et les lèvres, il y a de la place pour la réticence." Ses années racontées forment un luxueux chandail troué. Que ses livres soient composés de ce qui est (Ce qu'aimer veut dire) ou de ce qui n'est pas (Je ne me souviens pas), le fil est à chaque fois tissé d'amours et de regrets.



Jeux de conscience, jeux d'inconscience


Mathieu Lindon écrit sous l'égide de Georges Perec et de Joe Brainard. On rit : la non-maîtrise du Wi-Fi, le dermatologue et la clientèle gays, le maniement du latin. Autoportrait d'un homme lucide au point de ne pouvoir faire son autoportrait. car se connaître soi ou les autres, ça n'existe pas. Son but premier a toujours été de "se faufiler entre les gouttes" pour faire ce que bon lui semble : aimer, rire, écrire. Il ne fait de rien une vertu. Son honnêteté lui échappe comme à regret de ne pouvoir la rattraper à temps. Il avoue ne s'être jamais réveillé en larmes, au milieu de la nuit, en hurlant "l'Afrique, l'Afrique" à cause de la famine dans le monde. Son écriture est toujours la même. Il ne ferme pas les derniers boutons de ses chemises blanches. Ses phrases débraillées sont celles d'un premier de la classe aimant à se faire passer pour un cancre. Qu'est-ce qui attache dans ses récits, si ce n'est cette façon de ne rien prendre au sérieux pour pouvoir aborder la gravité des choses ? Il ne se souvient pas du racisme. Il faut à chaque fois le voir pour le croire : que l'on soit moins bien traité qu'un autre à cause de sa couleur de peau.
Jeux de conscience, jeux d'inconscience. On retient souvent ce qui nous arrange. On fait briller ses racontars de mémoire comme des pièces d'argenterie de famille. Mathieu Lindon met ici sa mémoire à nu. Le narrateur se souvient d'un homme plus âgé lui ayant un jour rendu un important service. Le narrateur lui a alors dit : "Je te serai toujours reconnaissant." L'homme lui a répondu : "C'est déjà bien de le croire." Le narrateur aura l'occasion de lui rendre la pareille, dix ans plus tard, et ne la saisira pourtant pas. Il ne se rappelle pas de la raison de son ingratitude. Car ce dont on se souvient parfaitement, et dont on fait semblant de ne pas se souvenir, c'est de toutes les occasions où l'on s'est mal comporté.



Marie-Laure Delorme, Le Journal du Dimanche, 28 février 2016


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