Oreilles Rouges et son maître   

François Matton

François Matton est féru de méditation et de sagesse orientale... Mais comme on le sait, il n’est pas dépourvu d’humour non plus. Le mélange des deux donnant ce petit livre irrésistible qui raconte les relations mouvementées d’un sage, le Maître, donc et de son disciple, son assistant, pas très discipliné, « Oreilles rouges ». « Oreilles rouges » étant ainsi nommé parce que le Maître ne peut s’empêcher de les lui tirer, les oreilles, quand l’autre exagère de bêtise ou d’insolence... Ainsi rejoignent-ils sur un mode modeste et charmant, Puntilla et son valet Matti, Don Juan et Sganarelle, Don Quichotte et Sancho Panza,...

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De curieuses rencontres. Voilà ce que provoque la lecture de ce petit livre de dialogues et de dessins, Oreilles Rouges et son maître, de François Matton. Oreilles Rouges est un disciple (non : un assistant) auquel son maître de dessin tire fréquemment les oreilles. Nul sadisme dans cette habitude, mais plutôt l’affection agacée, exacerbée par la promiscuité d’un appartement, que l’on se porte dans les vieux couples. Celui-ci n’échappe d’ailleurs pas à la règle : dans un incessant retournement d’humeur, les chamailleries alternent avec le souci de l’autre, les réflexions sur le sens de la vie avec les insultes salées. Mais que font-ils, toute la journée, à part des provisions de noisettes ? Le maître range son atelier, et Oreilles Rouges dessine. Quoi ? Ce sur quoi se pose son regard. Le monde. Le chat Croquette. C’est plus ou moins réussi, ce que le maître ne manque pas de faire remarquer à Oreilles Rouges, lui prodiguant au passage quelques conseils pour s’améliorer, entre autres considérations existentielles. Ce dialogue entre une voix qui juge de la validité de ce qui est dessiné est une voix mineure qui tente de s’en justifier devient alors un jeu, drôle et libérateur, qui permet à l’auteur-dessinateur de faire son autoportrait à deux voix.
Quelque chose dans l’insolence du disciple et dans le mélange de considérations nobles et triviales, graves et légères, souvent conclues par une pirouette, font immanquablement penser à Jacques le fataliste et son maître. Sauf qu’à défaut de Lumières, l’éclairage est ici plutôt absurde, cocasse, sans désespoir : le trait fin et légèrement tremblé des dessins, très expressifs (et qui font penser à ceux de Baudouin) traduit une attention à l’aventure du quotidien pleine d’empathie. Seul point noir dans ce tableau : les finances, exécrables. Comment vivre lorsqu’on travaille pour le monde, et non pour soi ? Cela ne rapporte pas grand-chose, certes, mais ce regard décalé et fantaisiste, poétique, cette intelligence nouvelle du quotidien imprégnée de sagesse zen valent bien leur pesant de noisettes.


Gaëlle Flament, Nouvelle revue Française, n°616, janvier 2016



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François Matton, Oreilles Rouges et son maître, François Matton Oreilles Rouges et son maître octobre 2015

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