Le Temps imaginaire   

Mur de Planck - Tome II

Christophe Carpentier

A la fin du Tome 1 de Le Mur de Planck, l’humanité, bannie par les Particules Baryoniques, est dématérialisée et acheminée vers ce fameux Mur de Planck, ce mur de la connaissance situé à 10-43 secondes en deçà duquel nul scientifique ne sait ce qu’il y avait, mais où est censé se trouver « ce » qui a rendu possible la naissance de l’univers, « ce » qui a impulsé la dynamique évolutionniste. C’est donc une fois ce Mur de Planck franchi que nous retrouvons Travis Bogen, dont le statut de héros se trouve amplifié par le fait qu’il est désormais le personnage central récurrent des trois...

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Christophe Carpentier

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Christophe Carpentier, «le "do it yourself" punk»



Rencontre avec l'auteur qui publie son septième roman, «le Temps imaginaire», deuxième tome de la tétralogie «le Mur de Planck».


Dans un coin du salon de l’hôtel d’Aubusson, situé près des bureaux de son éditeur, Christophe Carpentier semble tendu. Ce n’est pourtant pas un bleu. A 48 ans, il publie son septième roman, le Temps imaginaire, deuxième tome d’une tétralogie. Mais l’écrivain parisien dit n’avoir jamais été interviewé, à part une fois à Mauvais Genres sur France Culture. Jamais on ne lui propose de séances de dédicaces. Christophe Carpentier semble débarquer de la Lune, bien loin de cadrer au décor feutré de Saint-Germain-des-Prés. Avec des romans protéiformes où la violence se déchaîne, il brasse tout sans tabou, en échappant du coup aux codes et catégories. Ce drôle d’oiseau ne se laisse pas apprivoiser aisément. Il est cependant volontiers disert, abordant indifféremment sa vie et ses livres, inquiet parfois qu’on ne puisse pas tout comprendre à une oeuvre aux multiples ramifications.
Une fraîcheur qui se retrouve dans sa prose, maîtrisée dans le style, l’idée, et débordante d’images. Première rencontre.



D’où venez-vous ?

J’ai eu un parcours chaotique. Après mon bac, je voulais faire de la philosophie. La pression familiale m’a poussé vers des études d’avocat. Une catastrophe. J’ai commencé à écrire à ce moment-là, comme une échappatoire. J’ai travaillé deux ans dans une galerie d’art puis, pendant neuf ans, à la campagne, je me suis occupé de ma mère dépressive. Je me suis donc mis complètement en retrait des circuits professionnels. J’ai alors écrit une dizaine de romans que j’envoyais parfois à des éditeurs. Je faisais mes armes. Je me suis aussi mis à peindre, comme je le raconte dans la Permanence des rêves, mon récit le plus autobiographique.



En autodidacte ?

Totalement. Le do it yourself punk. L’intériorité prime et on doit se débrouiller avec, selon moi. Je fais partie de ces amateurs qui essaient d’exprimer quelque chose sans être dans le circuit des galeries et des écoles d’art. Ce milieu est encore plus hiérarchisé que le littéraire et, sans être sorti d’une promo, c’est difficile. J’ai arrêté définitivement la peinture. Bref, la base de mon parcours, ce sont des années d’échecs répétés. Mais qui ne m’ont jamais arrêté.


Et pourquoi donc ?

J’avais la passion de l’écriture et je savais qu’il me fallait montrer patte blanche au niveau de la qualité. Et j’avais conscience de m’améliorer. Je n’étais pas du tout revanchard en pensant : «Ah les salauds, ils ne me publient pas !» Je me limitais à trois ou quatre refus et ne me battais pas davantage. J’enterrais alors complètement le livre et je me remettais sur un autre. Insidieusement, j’ai évacué plein de sujets. Comme si j’avais eu ma première période.
Une période différente de celle actuelle ?
Il y avait moins d’imaginaire dans mes textes, ils étaient plus ancrés dans le réel. Je ne m’étais pas libéré. Je me suis débloqué après la mort de ma mère, en 2003. Quand je me suis remis au travail, c’était totalement différent, comme si toutes ces années avaient porté leurs fruits. S’il y a un conseil que je pourrais donner à des apprentis écrivains, c’est de persévérer, de ne pas considérer les échecs comme perdus. Encore faut-il écrire par passion et pas pour le statut.


Vous ne souhaitiez pas être publié ?

Ne pas l’être ne me perturbait pas encore. Mais soumettre ses écrits à un regard extérieur et professionnel représente quand même un passage obligé. La finalité première a toujours été le plaisir d’écrire, d’être plongé dans mon propre univers, de le faire évoluer. C’est toujours le cas : le panard, quoi. Entendre parler de souffrance dans l’écriture me fait rire. Les limites, on se les impose soi-même et le fait d’être exigeant vis-à-vis de son propre travail ne peut pas se transformer en souffrance. Il y a une dramatisation par les auteurs de l’acte même d’écrire qui me passe au-dessus de la tête. Personne ne nous force.



Comment avez-vous fini par être publié ?

Vie et Mort de la cellule Trudaine a été pris chez Denoël et presque en même temps chez P.O.L. Je l’avais envoyé à Cécile Guilbert qui avait découvert Céline Minard avec le Dernier Monde. J’avais fait un travail d’envergure et je me disais que mon livre avait l’ampleur du Dernier Monde. Deux mois après, j’ai reçu une lettre de P.O.L qui se disait intéressé, mais j’avais déjà signé avec Denoël. Comme Vie et Mort...[paru en 2008, ndlr] ne s’était pas bien vendu, Olivier Rubinstein [directeur de Denoël] n’a pas voulu prendre la suite, un pavé que j’avais mis deux ans à écrire. Il m’a dit «écris-moi autre chose» et il a publié le Parti de la jeunesse (2010), puis j’ai quitté Denoël. Le Culte de la collision, l’histoire d’un ado serial killer, a été pris par P.O.L. J’étais ravi. Paul [Otchakovsky-Laurens, fondateur de la maison d’édition] me laisse une entière liberté que je n’aurais pas forcément ailleurs vu ce que j’écris.



Pourquoi cette liberté ?

Il a senti une oeuvre en cours de gestation, dit-il. Et je détonne avec le reste de la maison. C’est un mélange de genres avec du trash, du porno, mais attention, toujours à bon escient. Ce n’est pas de la provoc gratuite. Quand le thème le nécessite, je ne m’interdis rien. Rubinstein a eu une bonne phrase me concernant. Un jour, il m’a dit : «Toi, Christophe, tu n’as aucune morale en littérature.»



Est-ce conscient, de n’avoir aucune morale ?

J’ai réalisé que c’était le moteur de mon travail. Je ne m’interdis absolument rien au niveau narratif. Quand l’action le nécessite, je peux raconter des choses atroces. Quand j’ai écrit Chaosmos [2014],il était évident qu’il fallait aborder le versant sexuel et pornographique, et avec des horreurs. J’ai eu des retours choqués par la violence de certains passages. Mais ne pas le faire aurait été capituler devant des considérations autres que littéraires.



Et ça vous fait quoi d’écrire des horreurs ?

Je n’ai pas de retenue, mais cela reste de la littérature. Je prends des faits de l’actualité et c’est peut-être un peu indécent d’écrire sur des événements qui sont parfois vraiment arrivés. Dans le tome I, je parle des rats qu’on met dans la bouche cousue des rebelles en Syrie ; je l’ai lu dans le Monde. Ce n’est pas inventé. La limite de la littérature, c’est de ne jamais accéder à la vraie douleur des personnes. Mais cela me permet de dénoncer certaines choses. Sans voyeurisme.



D’où vient votre univers ? De vos lectures ?

J’ai lu tardivement. Je lisais des BD quand mon frère lisait déjà le Monde et de vrais livres. Je me suis un peu libéré de mon complexe au lycée, en particulier en découvrant la philo. Et je l’ai vraiment réglé en écrivant. Une forme d’immaturité de mon adolescence perdure dans mes textes, un peu d’humour et de légèreté.



Vous n’aimez pas parler de vos livres ?

Je n’en parle absolument plus, même à ma compagne, pendant les quatorze ou quinze mois de leur rédaction. Je me suis aperçu qu’en parler faisait baisser la tension qu’on doit avoir dans l’écriture. Quand je me remettais au travail, j’avais l’impression que quelque chose s’était infiltré et avait dénaturé le travail. Si je n’en parle plus, ce n’est pas par artifice. Le verbe oral saccage un peu. Il faut garder une part de mystère.



Quelles sont vos références ?

J’ai commencé avec le Nouveau Roman. Au lycée Hoche, à Versailles, j’avais un professeur de français extraordinaire, M. Lhote, qui m’a fait découvrir Beckett, Robbe-Grillet, Duras, tous les grands formalistes. Ce sont toujours mes livres de chevet. Après j’ai continué vers William Burroughs, Philip K. Dick... Mais je ne suis pas un grand lecteur de SF, à part Philip K. Dick auquel j’ai tout de suite adhéré. J’aime toujours partir d’une situation réelle et tisser un canevas de plausibilités. Après, il y a des influences cinématographiques, comme Cronenberg qui m’a énormément marqué. Je n’ai pas de hiérarchie dans les sources. Tout est recevable en fait, que ce soit un conte de fées, une série TV bien faite...



Comment écrivez-vous ?

J’ai arrêté de planifier. Pour Vie et Mort..., j’avais besoin de prendre énormément de notes, d’imprimer les chapitres et de les étaler par terre pour ne pas me perdre. A force de travailler sur des textes de plus en plus compliqués, je me suis affranchi de cette nécessité-là. Et j’ai complètement formaté mon cerveau. Je ne prends plus de notes, sauf les numéros des pages que je dois retravailler. Je circule maintenant très efficacement à l’intérieur des récits alors même qu’ils sont plus complexes que ceux que j’écrivais avant. Et j’ai une chance inouïe parce que j’ai tellement d’inspiration que dès l’instant où je suis rassuré par le fait d’avoir la fin d’un roman, le prochain se matérialise dans ma tête. La fin du premier tome pouvait ainsi s’autosuffire. Mais l’imaginaire est une forme de drogue. C’est comme une dynamique autonome qui génère sa propre continuité.



Pourquoi anéantissez-vous le transhumanisme ?

Je ne le supporte pas. Il y a là toute une réflexion sur la dérive de la spéculation symbolique dans laquelle j’intègre les religions. Je me méfie énormément de ce discours qui, sous prétexte de faire avancer le progrès en matière de traitement de certaines maladies, va en réalité créer une humanité cybernétique. Celle-ci débouchera sur la fin de l’humanité biologique en considérant que c’est une évolution normale. C’est une dérive qui va de pair avec une dévalorisation de l’humanité et de toutes ses faiblesses. On doit défendre absolument la nature biologique et même la médiocrité humaine. Je ne défends pas la nécessité du mal, ou si je la défends c’est parce que je me méfie énormément de ceux qui veulent éradiquer le mal. Ce qui est plus dangereux que le mal lui-même.



Le mal, nécessaire ?

Il fait partie de la définition de l’être humain. La preuve, c’est qu’à chaque fois qu’on veut l’éradiquer, soit par une dictature politique, soit par une dictature religieuse, on se retrouve à l’arrivée avec une autre forme de mal. C’est mon côté militant. Je préfère défendre l’humanité même médiocre, plutôt que de passer à autre chose.
Comment définiriez-vous votre héros Travis Bogen ?
Sa femme, Tilda, lui dit dans le tome I : «Et toi ça te fait quoi d’être un mec bien ?» Et il répond simplement : «Je n’en éprouve aucune fierté parce que je ne sais pas comment je le suis devenu.» C’est un héros manipulé. Il y a aussi une donnée importante : il ne résout pas d’énigme. C’est un faux détective. Est-ce qu’il est vraiment quelqu’un de bien, puisqu’il n’est vraiment pas tenté par le mal ?



Frédérique Roussel, Libération, janvier 2017



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Christophe Carpentier, Le Temps imaginaire, Christophe Carpentier lit quelques pages de "Le Temps Imaginaire"




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