Les Vacances   

Julie Wolkenstein

Automne 1952 : dans un château délabré de l’Eure, Éric Rohmer tourne Les Petites Filles modèles. C’est son premier long-métrage. Presque achevé, jamais sorti au cinéma, il a disparu. Ceci est avéré et vérifié. Nul ne sait ce qu’est devenu ce film. A-t-il été perdu, volé, détruit par Rohmer qui n’en aurait pas été satisfait ?
Printemps 2016 : Sophie, une prof d’université à la retraite spécialiste de la comtesse de Ségur, et Paul, un jeune homme qui consacre sa thèse à des films introuvables, traversent ensemble la Normandie à la recherche de traces, de...

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Julie Wolkenstein

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La presse

Puzzle normand


Paul, jeune thésard, a choisi comme sujet d’étude les films perdus, introuvables, et va en Normandie pour lire à l’Imec le scénario manuscrit du premier film d’Éric Rohmer (1952), court métrage inachevé, adapté du roman de la comtesse de Ségur, Les Petites Filles modèles, que personne n’a vu, même pas lui. Universitaire sur le point de prendre sa retraite, Sophie est la spécialiste internationale des oeuvres de la comtesse. Elle aussi veut lire ce document pour un colloque sur les rapports du grand réalisateur avec la littérature. Paul n’a rien lu de Ségur, Sophie ne connaît rien de l’analyse filmique, ni de Rohmer, excepté Pauline à la plage, tourné à Saint-Pair-sur-Mer où elle possède une maison. Durant quelques jours, le temps de la narration, ils vont circuler dans la campagne normande, de l’abbaye d’Ardenne au château des Nouettes cher à la comtesse, ou à celui du Champ-de-Bataille où Rohmer tourna le film. À la topologie, si importante dans les fictions de Julie Wolkenstein, s’ajoutent les recherches - surtout celles de Sophie - sur Wikipedia autour des acteurs, des figurants, des producteurs, souvent morts, oubliés, de ce film fantôme. Négligeant le scénario, ils traquent des témoins, des vestiges, des traces. Et ils avancent surtout en eux-mêmes, retrouvant ce qui les lie à la région, la maison de la grand-mère de Paul, et celle de Sophie. Cette demeure ancienne figurait déjà dans Adèle et moi (I) dont l’action se déroule aussi à Saint-Pair. Ainsi reviennent dans la narration les situations, motifs, figures de l’espace romanesque de Julie Wolkenstein : l’universitaire entre la société et le monde de ses recherches, la vieille dame riche de sa mémoire, les papiers perdus dans des tiroirs. La société a bien changé et la romancière excelle dans l’évocation filmique de l’univers postmoderne. Des parkings et parcs d’attractions peu attirants aux villages paupérisés et au «paysagisme bling-bling» comme dit Paul, les deux personnages, dans un certain vide intérieur, s’attachent, s’accrochent à l’immédiateté violente du vin et du calva, des «petits joints », aux chansons des années 1980 rythmant leurs balades. Comme dans la plupart des romans de Julie Wolkenstein, des figures littéraires sont au centre de la narration, mais dans ce jeu de l’oie, ce puzzle des Vacances, Sophie de Ségur et Éric Rohmer qui ont succédé à Henry James et Balzac sont absents. Aucun signe ne peut ramener à leur monde disparu autour de Paul et Sophie. Tous deux pourtant ne sortiront pas indemnes de cette équipée, lui reconnaîtra que ses hésitations amoureuses ressemblent à celles des personnages du réalisateur et elle se retrouvera dans l’image obsédante des fictions précédentes : la solitude et le soleil, sur sa terrasse, le soir, au bord de la mer.


Francine de Martinoir, La Croix, 31 août 2017




Julie Wolkenstein, Rohmer chez la comtesse de Ségur


À l’Imec (institut mémoires de l’édition contemporaine), le fonds Rohmer s’appelle RHM. C’est là que dort RHM 79.5, le scénario de son premier film, Les Petites Filles modèles, tourné mais jamais sorti. Éric Rohmer et la comtesse de Ségur, en apparence l’association ne va pas de pair. La romancière Julie Wolkenstein lui consacre pourtant son nouveau roman. Deux personnes s’intéressent aux Petites Filles modèles 1858 modifié 1952. Elles ont nom Sophie et Paul - ça ne s’invente pas. Elle est un professeur à la fac, blanchie sous le harnais, spécialiste de Mlle Rostopchine, et lui un thésard qui travaille au «cinéma invisible»: les films introuvables. Tous deux semblent légèrement cabossés par la vie. Leurs existences se croisent à l’abbaye d’Ardenne, siège de l’Imec, autour de ce film rendu mythique par son absence inexplicable. Le roman commence comme une comédie de moeurs à huis clos, dans le petit monde des chercheurs, leurs sociotypes et leurs travers. Puis il vire à l’enquête sur les conditions du fameux tournage et l’histoire de ses participants. La clé du film et de sa disparition serait-elle à chercher du côté du producteur, un mystérieux Joseph Kéké? Paul et Sophie écument le bocage normand: le château des Mouettes et celui du Champ-de-Bataille, le musée d’Aube. Ils explorent encore et toujours la biographie de Rohmer, dissertent sur sa place dans la Nouvelle Vague. Ils soignent leurs bobos existentiels à l’apéritif et au Stilnox. Un autoradio toujours branché sur la musique de nos 20 ans, des SMS ancrent le livre dans le printemps 2016. Au fil des pages, ils s’échappent de leur sujet d’étude. Évoluant d’abord en parallèle - un chapitre chacun -, ils font vite cause commune et par conséquent plus ample connaissance. Sophie découvre la part prise par sa mère à cette mystérieuse entreprise cinématographique. La grand-mère de Paul entre en scène, fantasque, pittoresque, bientôt centrale. Sans rien dire, avec son ton à elle, élégant, discret, Julie Wolkenstein passe de l’univers feutré de la comtesse et du cinéaste à un roman plus ambitieux, foisonnant comme la vie.


Etienne de Montety, Le Figaro, août 2017



Retrouvez l’article de Christine Marcandier "Enquête et coïncidences : Julie Wolkenstein sur les traces de Ségur et Rohmer" sur le site Diacritik.



Souvent, de mêmes personnages (singulières femmes universitaires), de mêmes lieux (vieilles demeures de la côte normande), de mystérieux secrets de famille (renvoyant en écho à la littérature du XIXe siècle...) et une entêtante impression de déjà-vu, déjà vécu, hantent les romans de Julie Wolkenstein. Clins d’oeil autobiographiques de l’enseignante en littérature comparée de la faculté de Caen ? C’est du côté de la comtesse de Ségur et du cinéaste Eric Rohmer que l’auteur d’Adèle et moi a choisi de construire son dernier roman puzzle. Sophie Bogoroditsk, spécialiste de la comtesse née Rostopchine, fraîchement retraitée de la fac de Caen, et Paul de Preneuse, étudiant en cinéma, y forment un insolite couple de détectives aux prénoms prédestinés. Paul n’était-il pas le généreux cousin de Sophie dans le premier volume de la trilogie consacrée à la diablotine (Les Malheurs de Sophie, 1858), qui se boucle justement par... Les Vacances, titre du présent ouvrage? Aucun hasard sous la plume ludique et audacieuse de Julie Wolkenstein. Car Sophie B. et Paul de F. - elle pour une conférence à Berkeley, lui pour une thèse improbable sur les films invisibles - sont chacun en quête d’une adaptation... des Petites Filles modèles qu’Eric Rohmer réalisa en 1952. Jamais sortie, sans doute inachevée. Et dont nos deux chercheurs attendent la résolution de questions intimes qui dépassent largement littérature ou cinéma... De chapitre en chapitre, leurs voix alternent, et leurs regards sur les choses et l’Histoire aussi. Par-delà leur âge, les deux intellos fumeurs et joyeux buveurs vont vite partager camaraderie et affection. A peine en voiture pour leur enquête, ne se trémoussent-ils pas, ensemble, sur Radio nostalgie ? Via d’insolents pieds de nez culturels, historiques ou politiques, Les Vacances confronte et marie les générations, trentenaires et sexagénaires. Comme savait si bien le faire la divine comtesse en captivant par ses histoires les jeunes lecteurs. Julie Wolkenstein défie le temps. Elle fait délicieusement goûter l’instant, comme en direct - fumer une cigarette pendant une pause à la bibliothèque, boire un verre, conduire sa voiture - , mais l’étiré aussi jusqu’à transformer son « road-movie » ciné-littéraire en haletant et imprévisible polar mêlant Rohmer, Ségur, la Russie, la Normandie, la France et ses colonies des années 50 et 60... Mais sans aucune conférence ni thèse à la manière de Sophie ou Paul, tout en légèreté au contraire, ironie délicate et tendre et jubilante fantaisie. Rien de plus rare.


Fabienne Pascaud, Télérama, août 2017



En quête de Rohmer


En Normandie, Paul et Sophie enquêtent sur le premier long métrage disparu du réalisateur. En 1952, Éric Rohmer entame sa carrière de cinéaste avec l’adaptation d’un roman de la comtesse de Ségur, Les Petites Filles modèles, un premier long métrage resté inachevé. Nul ne sait ce qu’il est advenu des précieuses bobines : ont-elles été détruites par leur auteur insatisfait ou reposent-elles oubliées dans un grenier de l’Eure, où le tournage s’est déroulé ? Un demi-siècle plus tard, Paul rencontre Sophie. « Comme les personnages les plus célèbres de la littérature pour enfants. Comme dans la comtesse de Ségur. » Destinés à s’entendre, ils décident de se lancer ensemble sur les traces du film disparu, sillonnant la Normandie à la recherche de témoins et d’indices. Jeune retraitée de l’Éducation nationale, Sophie est spécialiste des œuvres de la comtesse, tandis que Paul consacre sa thèse aux films disparus. D’hôtels humides en châteaux délabrés, cette enquête leur réserve quelques savoureuses révélations : quel lien existe-t-il entre le long métrage de Rohmer et l’adaptation érotique des Petites Filles modèles’? Où se trouve Joseph Kéké, l’étudiant béninois ayant produit le film, et qui aurait tout à gagner à le voir enfin sortir sur les écrans ? Au fil de leur périple, Sophie et Paul se rendent compte que l’un comme l’autre ne se disent pas tout de leurs recherches respectives, mêlant ainsi à l’entrain des découvertes l’entêtant parfum du soupçon.


À la façon du « P’tit Quinquin »

À la fois tendre et cruelle avec ses personnages, tantôt réels, tantôt créés de toutes pièces, Julie Wolkenstein met en scène un duo décalé uni par une cause commune - et un tabagisme effréné. Si la verve romanesque du récit n’a rien à envier aux meilleures enquêtes de Gaston Leroux, l’action sait laisser la place à la contemplation des paysages normands, de leur météo capricieuse et de leurs habitants, croqués à la façon du P’tit Quinquin de Bruno Dumont. Le résultat est drôle et enjoué, truffé de références littéraires et cinématographiques judicieusement contrebalancées par une juste dose d’autodérision, évitant ainsi l’écueil d’un récit trop cérébral. Le lecteur veut croire à la résolution de l’énigme de ce film insaisissable et forcément mythique, projetant ses propres fantasmes quant au contenu. Poursuivant son œuvre singulière, Julie Wolkenstein signe, avec Les Vacances, un roman d’une grande liberté de forme et de ton, tenu d’une main ferme mais gantée de velours.


Laetitia Favro, Le journal du dimanche, août 2017



Eric Rohmer est passé en Normandie


A la recherche d’un long-métrage fantôme sur les petites routes du Cotentin. " Les Vacances ", de Julie Wolkenstein : une bouffée d’air vif


Qu’il est agréable, l’heure de la rentrée à peine sonnée, d’être invité à repartir en vadrouille. Si la littérature a quelques privilèges, celui de s’affranchir des contraintes d’agendas n’est pas le moins plaisant. Dans son huitième roman, Les Vacances, Julie Wolkenstein s’autorise, avec un plaisir évident, à jouer de toutes les libertés qu’offre l’écriture fictionnelle - y compris celle de mettre le scénario du premier long-métrage d’Eric Rohmer (1920-2010), jamais sorti au cinéma, au centre d’une enquête digne des polars les plus aventureux. Les Petites Filles modèles, adapté du classique de la comtesse de Ségur, est un film fantôme, que personne ou presque n’a pu voir. Et dont la production, financée par Joseph Kéké (1927-2017), un étudiant béninois, a été brutalement interrompue par celui qui deviendrait plus tard ministre dans son pays. L’aura mystérieuse dont est nimbé le long-métrage, que les biographes de Rohmer considèrent comme " le premier film de la Nouvelle Vague ", est suffisante pour que des universitaires, chercheurs en littérature, se transforment en véritables détectives, -traquant les indices, suivant les pistes qui s’ouvrent à eux, élaborant des hypothèses qu’il leur faut aller vérifier en Normandie, sur les lieux du tournage. Cette enquête, dont l’efficacité narrative est redoutable, tend de manière suffisante le récit pour que, libérée des contraintes d’intrigue, la romancière puisse -consacrer l’essentiel de son propos aux menus détails du quotidien grâce auxquels naît une complicité - non pas improbable, mais à tout le moins inattendue - entre deux chercheurs de générations différentes. Ils aiment sortir fumer ensemble, fuient la conversation des autres chercheurs, n’ont rien contre un verre de vodka, assument leur goût pour les programmes musicaux de -Radio Nostalgie. Alternant de -manière non systématique les chapitres narrés par Sophie Bogoroditsk, une universitaire toute proche de la retraite, spécialiste de l’oeuvre de la comtesse de -Ségur, et ceux vus à travers les yeux de Paul de Freneuse, un doctorant en cinéma, le roman rapporte leurs échanges et leurs réflexions intérieures de manière savoureuse et affectueuse - Sophie ne cache pas, par exemple, qu’elle accepte tous les colloques qu’on lui propose, pourvu qu’ils soient à l’étranger. Laissant entendre leurs voix, et la liberté de ton qu’ils s’autorisent rapidement, Julie Wolkenstein campe sans les caricaturer deux spécimens d’un monde académique qu’elle connaît bien - comme son héroïne, la romancière enseigne la littérature à l’université de Caen. Les Vacances est un roman diablement vivant, qui épouse la spontanéité des échanges aussi bien qu’il sait jouer des temps de délibérations intérieures, d’hésitations ou de scrupules, sans jamais paraître inutilement bavard. C’est aussi un roman joyeux, bienveillant sans naïveté et moins -léger qu’il n’y paraît d’abord, qui n’ignore pas que toute recherche scientifique est aussi et parfois avant tout une enquête sur soi-même. Au seuil de sa retraite, et grâce à sa rencontre avec le jeune Paul, Sophie peut découvrir ce qu’elle doit à l’oeuvre de la comtesse de Ségur, à laquelle elle a -consacré toute sa carrière. Les Vacances, c’est encore un roman d’atmosphère, un hommage à la Normandie, où l’on se réjouit d’une éclaircie plutôt qu’on ne se plaint d’un temps pluvieux. Comme Sophie Bogodoritsk, Julie Wolkenstein possède une maison à Saint-Pair-sur-Mer, dans la Manche, qu’elle a souvent évoquée dans ses précédents romans. Et on l’imagine, face au lecteur, dans un état d’esprit assez proche de celui de l’universitaire, lorsque celle-ci fait découvrir en Twingo sa région à son jeune acolyte : " Je me laisse envahir par la sensation familière que j’éprouve chaque fois que je prends - cette route normande -  : celle de partir en vacances(...) au bout du monde. Et j’aime, chaque fois que cela se présente, y entraîner un ou une novice, quelqu’un qui, comme Paul, ignore encore qu’au sud de la Manche on peut se croire n’importe où sur terre où rien, à l’horizon, n’arrête le regard (...). Pas -besoin de voyager loin : je suis, à Saint-Pair, consolée d’avoir si peu bougé. "


Florence Bouchy, Le Monde, septembre 2017



Agenda

Vendredi 24 novembre
Julie Wolkenstein à la librairie les Temps Modernes (Orléans)

57 Rue Notre Dame de Recouvrance

45000 Orléans

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Julie Wolkenstein, Les Vacances, Linda Cassou de la librairie Antipodes Enghein aime Les Vacances




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