Notre vie dans les forêts   

Marie Darrieussecq

« Il faut que je raconte cette histoire. Il faut que j’essaie de comprendre en mettant les choses bout à bout. En rameutant les morceaux. Parce que ça ne va pas. C’est pas bon, là, tout ça. Pas bon du tout. »
Ces mots sont parmi les premiers du nouveau roman de Marie Darrieussecq (roman qui s’est imposé à elle alors qu’elle travaillait sur un autre projet et qu’elle a écrit d’une seule traite, comme poussée par une nécessité impérieuse). De ce roman, ils indiquent la tonalité et le mode narratif. C’est un roman à la première personne, où l’héroïne découvre au fur et à mesure qu’elle la...

voir tout le résumé du livre >>

 

Consulter les premières pages de l'ouvrage Notre vie dans les forêtsFeuilleter ce livre en ligne

 

Marie Darrieussecq

Voir la biographie et la bibliographie de Marie Darrieussecq

 

La presse

Notre vie dans les forêts sélectionné pour le prix littéraire Le Monde


Le nouveau roman de Marie Darrieussecq est plein des angoisses et des horreurs de l’époque : drones, attentats, clones, enlèvements, tandis que « 1 % de super-riches possèdent 99 % de la richesse du monde » « On avait peur dans le tramway, dans les taxis, on avait peur à l’école et dans les centres commerciaux » : c’est un texte post-traumatique, dont l’héroïne, psychothérapeute, se retrouve un jour à soigner l’unique survivante d’un avion de ligne abattu par on ne sait quel pays ou faction terroriste : « L’explosion, son cerveau l’avait magnanimement effacée. Aucun souvenir. La chute en revanche, elle s’en souvenait. 10 000 mètres quand même. Ce bout de femme de 35 ans qui tombe de 10 000 mètres. On a le temps de changer de regard sur le monde. » On dira que c’est la question soulevée, entre effroi et ironie tragique, par Notre vie dans les forêts : comment changer de paradigme face au pire qui est en cours ? A la fin de cette dystopie, la narratrice aura appris que « ça demande une révolution mentale, vraiment, de ne plus se voir au centre. Au centre de sa propre vision du monde. De comprendre qu’on est juste un surgeon périphérique ». Le posthumanisme est au bout des forêts.


Conte de l’ère anthropocène


Viviane (c’est son nom) tente de donner forme à quelque chose - pour nous, pour elle : « Il faut que j’essaie de comprendre en mettant les choses bout à bout. En rameutant les morceaux. Parce que ça ne va pas. C’est pas bon, là, tout ça. Pas bon du tout. » Nous lisons un mémoire, en demi-langue orale, ponctué de « où en étais-je ? » et de « bon », mais aussi de « ha ! », car Viviane se fait rire toute seule, à force de bon sens. C’est rédigé tellement vite, indique-t-elle en note de bas de page, que, dans l’urgence, elle n’a par exemple pas le temps de chercher « si on dit un orbite ou une orbite ». On sourit. Ce n’est pas le genre de Marie Darrieussecq de ne pas savoir ça, et ça tombe bien puisque le personnage n’est pas l’auteure, même si elle possède une « moitié », ou un double, qui s’appelle Marie, et si par ailleurs, Marie Darrieussecq est psychanalyste - presque comme Viviane. Il y a toujours des fantômes et des parts manquantes dans les livres de Darrieussecq, un miroir à faux fond qui se dérobe dès qu’on l’approche. Ici c’est donc cette « moitié », mais aussi un autre personnage-clé, « le cliqueur », le tout premier patient de Viviane, ouvrier du clic qui apprend aux robots à associer sentiments humains et concepts. Dépressif mutique, « le cliqueur » disparaît bientôt : « Je suis restée assise en face du fauteuil toute la durée de sa séance. Je contemplais son absence. Il était quelque part. J’aurais pu en jurer : il était vivant quelque part. » A l’heure où elle achève le texte que nous tenons entre les mains, Viviane est dans une forêt, en fuite avec d’autres personnes, sans que, jusqu’au dénouement, on comprenne très bien comment elle est arrivée là.


Une métaphore du travail de l’écriture


Il n’est d’ailleurs pas tout à fait sûr que cela importe ou nous intéresse de le savoir, car c’est plutôt par sa rhétorique hypnotique et sa capacité à donner consistance à l’illusion que ce conte de l’ère anthropocène captive son lecteur. « Marie » est un clone comateux de l’héroïne : même matériel génétique, garantissant « des greffes strictement compatibles, si nous avions besoin qu’on nous change un organe ». Viviane lui rend visite durant toute sa jeunesse : le récit de son rapport à cette autre elle-même est l’occasion de dépeindre une ville-monstre où l’on vit sans toucher le sol, dont les appartements des classes moyennes supérieures n’ont pas de fenêtres (on préfère ne pas imaginer l’étage social du dessous), où l’on meurt électrocuté par des grille-pain délabrés (on vous avait dit que c’était ironique) et où il est devenu presque impossible de se « déconnecter ». Une fois échappée de ce cauchemar, Viviane libère Marie de la clinique où elle survivait intubée et tente de la réveiller : « Vous prenez un grand corps mou de près de 40 ans, même si elle a en fait 25 à peine, un beau brin de fille, et vous la mettez debout, vous la verticalisez : elle ouvre les yeux, et puis boum. Elle tombe. Ça fait drôle, cette belle plante d’un coup par terre. » Il faut recommencer, élever cet ectoplasme, le redresser, le dresser : cela pourrait être une métaphore du travail de l’écriture. Comment faire tenir un récit ? Par-delà le plaisir politique et fictif, Notre vie dans les forêts est aussi, et comme souvent chez Darrieussecq, un délicat exercice d’auto-réanimation.


Eric Loret, Le Monde, 1er septembre 2017



Les frères d’arbres de Marie Darrieussecq


Monologue venu de la forêt où humains et clones ont fui un nouveau "Big Brother". Cantonner ce livre à une dystopie serait mal le servir. Marie Darrieussecq imagine bien un futur sombre, une société robotisée où les individus disposent de clones maintenus dans un sommeil comateux en guise de réservoirs d’organes. Elle invente le métier de cliqueur qui consiste à enseigner aux robots les associations mentales humaines et l’empathie. Son univers flirte avec une société autoritaire façon Huxley ou Orwell, sans qu’on sache d’ailleurs vraiment quel type d’oppression s’exerce dans le sien. On suppose un contexte de transhumanisme, mouvement qui prône l’amélioration artificielle de l’être humain pour qu’il soit plus performant et qu’il dure plus longtemps. Mais aucune liberté n’est laissée aux humains chez Marie Darrieussecq, tout au plus leur donne-t-on l’impression que le système vise leur bien-être. Tous ne sont pas dupes. Une frange de rebelles ont arraché leurs implants et se sont réfugiés dans les forêts. D’où le titre Notre Vie dans les forêts, un peu comme on pourrait dire «notre vie dans le futur». C’est moins sur les ressorts de la dystopie qu’il faut s’attarder, que sur la qualité du monologue qui monte du bois où se cachent les réfugiés. La narratrice, Marie, ou plutôt Viviane comme elle s’est rebaptisée après sa fuite, tente de raconter comment elle en est arrivée là. Au début, cette voix se cherche, ne sait pas d’où partir. L’auteur pas non plus totalement. Et c’est un peu laborieux dans les premières pages, filandreux à dessein. Trop peut-être. Puis la voix prend du corps.


Ingénuité et autodérision


Le récit s’apparente à un témoignage d’outre-tombe, un journal testamentaire qui joue la montre. Il y a une limite physique, comme si le corps allait lâcher à un moment ou à un autre : « J’ai peu de temps. Je le sens à mes os, à mes muscles. A l’œil qui me reste. Je suis mal en point. Je n’aurai pas le temps de relire. » Le ton n’est pourtant pas plaintif, il respire l’ingénuité et l’autodérision. Les explications fournies entre parenthèses au lecteur d’un lointain futur sonnent parfois maniérées, comme « la Joconde est un célèbre tableau du XVIe siècle », « Bonnie et Clyde étaient un couple de bandits célèbres au XXe siècle » ou encore - et c’est faux hélas - « Frankenstein était une créature fantastique. Une créature faite de morceaux ». Le plus fort réside dans la relation de Marie à son clone. Pendant des années, dès l’adolescence, elle est allée la voir dans son centre de repos, après que sa mère a réussi à obtenir une autorisation de visite. Dans cet établissement situé à la périphérie de la ville, « c’est là où ils entreposaient les corps. Les corps de nos moitiés ». Sa « moitié », maintenue dans un sommeil artificiel, lui ressemble, mais paraît de plus en jeune, de plus en plus lisse à mesure qu’elle-même vieillit et subit des opérations chirurgicales. Leurs visiteurs n’ont le droit que de leur masser les mains. Aucune autre interaction n’est possible. « Les médecins me disaient que Marie n’a aucune idée de ce qu’est le cinéma. Je veux bien, puisque selon eux son cerveau était vide. 102008-Bidule-Chose est une non-personne, ils me répétaient. Un lot d’organes. Une mise à disposition et une assurance-vie. Point barre. Je ne sais pas pourquoi, moi je la voyais comme l’avenir. Une page blanche à écrire. »


Page blanche


La présence silencieuse de la créature sur son lit devient obsessionnelle. Elle est constamment dans un coin de sa tête et même «le fond d’écran permanent de mes pensées». On pense à une métaphore de l’écrivain en train d’écrire sur son propre double, face à la page blanche. Comment investir un personnage qui n’exprime rien, même à la psychothérapeute qu’est devenue la narratrice. Dans leur fuite, ceux des forêts ont libéré les clones à qui il faut tout apprendre. Marie en est venue à appeler la sienne « Chochotte » parce qu’elle a peur de tout et qu’elle lui échappe désormais. C’est un roman sur la solitude humaine aussi, que ne comble même pas le chien modifié livré par drone. « J’ai froid », dit-elle en permanence. En 1997, Marie Darrieussecq avait écrit une nouvelle de science-fiction sur des clones, intitulée Quand je me sens très fatiguée le soir (l’Infini 58, été 1997). C’était après Truismes, son premier roman, histoire de la métamorphose de son héroïne en truie et l’année de Naissance des fantômes. Dans ce texte, elle apparaissait comme la narratrice sous le nom de Marie, qui avait un clone du même nom… Ce double était peut-être resté dans l’esprit de l’auteur comme un fantôme qui n’avait pas dit son dernier mot et qui ressurgit vingt après. Cette fois-ci, l’écrivain a trouvé une fin inattendue et forte qui saisit le lecteur, un dénouement dystopique, pour le coup, qui replace le discours de Marie dans un cadre finalement plus politique. Et qui n’en donne que plus de poids à la parole intime.


Frédérique Roussel, Libération, septembre 2017



Le "1984" de Darrieussecq


L’auteur de Truismes décrit, dans un roman exceptionnel, un monde futuriste où la surveillance est omniprésente et où les clones sont rois


Le futur selon Marie Darrieussecq ressemble à la France sous Macron. On croise dans son nouveau roman des néo-humains, interchangeables comme les députés de La République en Marche. Dans une ville si urbanisée qu’on n’aperçoit ni le sol ni le ciel, la narratrice exerce ses talents de psy sous la surveillance de robots qui enregistrent et analysent l’intégralité des propos tenus pendant les séances. Marie possède un clone, qui s’appelle Marie également, un corps en sommeil conservé dans un centre spécialisé, et qui n’ouvre jamais les yeux sauf lorsqu’on lui adresse la parole de manière péremptoire. Marie 2 ne sert qu’à permettre à Marie 1, en cas de pépin de santé, de pouvoir disposer d’une banque d’organes perso. Mais si le corps de sa doublure semble intact, il manque à celui de l’héroïne un œil et un poumon. Où sont donc passés les organes de l’intéressée? C’est ce que le roman révélera à la fin. On sait, depuis Truismes, que Marie Darrieussecq n’est pas insensible au devenir kafkaïen de la littérature. Mais, contrairement aux récits de science-fiction où un cataclysme chasse l’autre, Notre vie dans les forêts est écrit en mode mineur. Porté par un style qui ne s’abandonne jamais à la facilité du genre, le roman semble soumis à un régime amincissant qui, comme l’héroïne à qui manquent des parties du corps, l’oblige à l’économie maximale. Tout se passe comme si, hormis le convaincant rebondissement final, l’écriture de Marie Darrieussecq était ouvragée dans un matériau furtif dont les fuyards du livre, se réfugiant dans la forêt, s’enveloppent pour mieux disparaître. Quant à la Marie du roman, qui décide d’écrire pour laisser dans une bouteille une trace de sa présence au monde, une fois que celui-ci aura disparu, n’est-elle pas le clone de la romancière elle-même? De reflets en reflets, la réalité, comme aspirée dans un siphon, semble perdre peu à peu de son épaisseur. Cette course vers le néant, que Darrieussecq orchestre avec une précision mécanique, fait de son livre un texte rare, étrange et oppressant.


Didier Jacob, L’Obs, août 2017



Viviane et son clone fuient un univers robotisé, sous constante surveillance... Plume alerte et subtile, l’auteure de Truismes captive au fil de cette dystopie.


Dans Truismes, le roman qui, en 1996, inaugura son oeuvre, Marie Darrieussecq abordait le thème de la mutation, accompagnant la lente métamorphose de sa narratrice en truie. Notre vie dans les forêts, dystopie inquiétante et remarquable ou le tragique se mêle à l’ironie, reprend, vingt ans après, ce sujet familier, cette fois dans un monde surveillé par les drones et les robots. L’héroïne, Viviane, décrit à la première personne son histoire et celle de la société où, hier encore, elle pratiquait la psychothérapie par le biais de la médecine du travail. Dans ce « monde à l’envers », une partie de la population a droit à sa « moitié », à savoir un clone qui sert de « réservoir de pièces détachées », garantie d’une vie de très longue durée. La moitié de Viviane s’appelle donc Marie, parfait sosie allongé dans un centre de repos telle une Belle au bois dormant organique. Mais lorsque s’ouvre la fiction, Viviane, Marie et des centaines d’autres ont fui dans les forêts pour retrouver un semblant de liberté sauvage, loin des connexions et des technologies extrêmes. Certes, les références à 1984, Fahrenheit 451 ou Soleil vert essaiment, tout au long de cette fiction bouillonnante qui mêle trafic d’organes, obsession de l’éternelle jeunesse et totalitarisme. Subtilement, brillamment, Marie Darrieussecq ajoute ses propres grains de sable, aidée en cela par Viviane, personnage en perpétuel retard sur les événements, incapable de nouer tous les fils, perdue, naïve et délicieusement blagueuse. Dans cet univers désagrégé, Viviane n’est pas la plus maligne, mais elle sait écouter - elle ne fut pas psychothérapeute pour rien -, suivre son instinct et jouer les détectives à la manière d’un épisode du Club des cinq... chez les hybrides. A côté de la critique sociale et du propos politique, plus en profondeur, la solitude s’impose comme le thème essentiel de Notre vie dans les forêts. Avançant lentement vers le froid et la mort, Viviane sait qu’elle doit continuer à écrire son expérience, tenir son stylo jusqu’au bout et laisser un témoignage. Autour d’elle, les humains ne sauveront pas le monde - ils n’en ont même pas l’intention...


Christine Ferniot, Télérama, août 2017



Un roman astucieux et drôle pour nous décrire un avenir glaçant tout en dénonçant les travers de la société actuelle.


Elle est cachée dans une forêt avec d’autres personnes et elle écrit dans l’urgence pour témoigner de ce qu’elle a découvert Ainsi, le lecteur va recomposer dans un désordre intuitif la vie de cette mystérieuse narratrice Dans le monde futur qu’elle nous décrit, elle s’occupait en tant que psychologue de victimes d’attentats. On le devine peu à peu, dans ce pays qui n’est pas nommé, les attentats, nombreux et effroyables, avaient servi de prétexte à l’établissement d’une organisation de fer. La jeune narratrice obéissait aveuglement a cet ordre établi, en partie géré par des robots, digne d’un roman d’Orwell. Et puis quelque chose s’est déréglé. Mais pourquoi ? On n’imaginait pas Marie Darrieussecq dans un récit d’anticipation, pourtant ce court texte féministe et très politique est peut-être le plus inventif de ses romans. Ce qui ébranle le lecteur lorsqu’il referme le livre, c’est la maîtrise narrative dont elle a fait preuve. Car dans les premières pages, le lecteur ne comprend pas ce que raconte la narratrice. Quelle est cette population qui a décidé de vivre en marge de la société? Que signifie le terme de "môme" dont certains sont affublés ? Qu’importe ! Marie Darrieussecq, très en verve, nous ligote dans un récit plein d’énergie ou l’on peut retrouver l’humour qui était le sien dans Truismes. De nouveau, elle crée un univers absurde, mais qui dénonce les travers de notre société. De nouveau, elle met en scène une narratrice innocente et larguée, brave fille pleine de bonne volonté qui tente de faire au mieux selon ce qu’on attend d’elle. Mais la narratrice a vieilli, l’expérience l’a changée et l’amertume a gagné son propos. Une sourde angoisse envahit les pages du roman alors que des fêlures apparaissent dans le monde parfait ou Darrieussecq nous a invités. Jusqu’au dénouement qui éclaire soudain tous les questionnements du lecteur, d’une façon aussi inattendue qu’atroce.


Sylvie Tanette, les Inrockuptibles, août 2017



La narratrice l’annonce d’entrée de jeu: "J’ai peu de temps. Je Ie sens à mes os, à mes muscles. À l’oeil qui me reste. Je suis mal en point. Je n ’aurai pas le temps de relire. Ni de faire un plan. Ça va venir comme ça vient." Le récit sera un peu chahuté. Chaotique. Normal: le livre que l’on tient entre les mains est son testament, écrit dans l’urgence d’un genre de fin du monde. Difficile, faute de repère clair, de se figurer précisément l’époque depuis laquelle elle parle. Au fil des lignes pourtant, on distingue les contours d’un futur proche en proie à un vaste dérèglement, une atmosphère délétère d’attentats. De peur. Et puis surtout à une vague d’étranges épidémies. Notre époque, en pire: un monde ultrasurveillé où les corps, implantés, se sont mis à servir directement d’interface numérique (un peu comme dans le film Her de Spike Jonze, on peut y téléphoner rien qu’en activant un micro dans son oreille), où les psys sont remplacés par des "robots compassionnels" tandis que des "cliqueurs" apprennent aux machines les derniers secrets des associations mentales humaines, et que les plus nantis possèdent des clones en guise de réservoir génétique... Ancienne psychothérapeute -"Je faisais partie de ce pool de psys d’urgence qu ’on a mis sur tous les gros coups du début de millénaire. Sale époque."-, notre narratrice est en fuite. En moins de 200 pages, elle tente de raconter dans un carnet ce qui l’a menée, avec d’autres résistants, à trouver refuge dans les forêts. Et de témoigner, de façon heurtée et sommaire, d’une forme d’humanité en extinction.


Échapper aux radars


Difficile d’en dire plus sans déflorer la trame d’un récit "à suspense", et dont un des plaisirs est précisément son dévoilement progressif. Psychanalyste hier, écrivain à plein temps aujourd’hui, Marie Darrieussecq raconte qu’elle a écrit cette dystopie d’un seul jet, au départ comme une excroissance à un roman sur les migrants sur lequel elle bute depuis plusieurs années. Le pont est évident, l’auteure de Truismes interrogeant ici une nouvelle fois de manière passionnante les manques, mutations et dérives de notre humanité. Reste-t-on la même personne si on renouvelle nos organes et nos cellules les uns après les autres? A quoi pensent les clones? Les technosciences sont-elles solubles dans la littérature? Elle s’essaie ici à une forme très libre, qui se joue des codes les plus évidents des récits d’anticipation, en particulier grâce à la voix, ingénieusement conduite, de son héroïne, ses incessantes digressions et son ton agacé. Bien sûr, il ne faut pas lire Notre vie dans les forêts comme le livre définitif sur l’avenir de l’humanité. Le roman qui va venir révolutionner la SF. Mais bien comme le témoignage inventif, rapide, drolatique et glaçant du passage à un monde où les délires de science-fiction d’hier sont devenus les objectifs scientifiques de demain. Et où continuer à exercer son esprit critique s’apparente à une utopie, l’objet désespéré de quelques fous cherchant encore à échapper aux radars. "Soi-disant que les métaphores font bugger les robots. Il disait aussi que pour perturber un robot, il faut abuser des doubles négations." Redessinant, un peu comme dans le grand final inoubliable du Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, l’intervention de la littérature en grand perturbateur de la fonctionnalité.

Ysaline Parisis, Focus vif, septembre 2017


Agenda

Mercredi 27 septembre
Marie Darrieussecq à la librairie Kleber (Strasbourg)

1 Rue des Francs-Bourgeois

67000 Strasbourg

Plus d'informations ici.

voir plus

Jeudi 28 septembre
Marie Darrieussecq à la Librairie 47e nord (Mulhouse)

Maison Engelmann
8b rue du Moulin
68 100 Mulhouse

voir plus

Vendredi 20 octobre
Marie Darrieussecq à la librairie Mollat (Bordeaux)

15 Rue Vital Carles

33080 Bordeaux

voir plus

Jeudi 30 novembre
Marie Darrieussecq à la librairie les mots et les choses (Boulogne-Billancourt)

Librairie les mots et les choses

30 rue de Meudon

92100 Boulogne-Billancourt

01 46 21 42 59

voir plus

Samedi 9 décembre à 11h
Marie Darrieussecq à la librairie La Buissonnière à Yvetot

LIbrairie La Buissonnière

10 Place Victor Hugo

76190 Yvetot

voir plus


Et aussi

Marie Darrieussecq Prix des Prix 2013
voir plus

Marie Darrieussecq, Prix Médicis 2013
voir plus

Nous sommes Charlie, par Marie Darrieussecq
voir plus


Vidéolecture


Marie Darrieussecq, Notre vie dans les forêts, Notre vie dans les forêts Marie Darrieussecq




© P.O.L 2016 | Crédits | Mentions légales