Trouville Casino   

Christine Montalbetti

Le 25 août 2011, un braquage a lieu au casino de Trouville. Mais rien n’est comme d’habitude. Le braquage a lieu en plein après-midi. Le braqueur est seul. Il a 75 ans. Trouville Casino retrace cette étrange journée. S’inspirant d’un fait-divers réel, l’écriture est sans cesse attentive à faire le partage entre les faits auxquels elle a eu accès, les différentes versions qui circulent, les hypothèses, et la part d’invention où s’imaginent les journées ordinaires qui ont conduit à ce geste. Le récit minuté du casse et de la course-poursuite procède par séquences presque cinématographiques, qui tendent le suspense du roman....

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Christine Montalbetti

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Braquage de Trouville : Christine Montalbetti mène l’enquête


Avec « Trouville Casino », la romancière explore un fait divers réel et ses zones grises, incertaines comme un ciel normand.


« Le vrai mystère du monde est le visible, non l’invisible. » La citation d’Oscar Wilde pourrait servir d’exergue à chacun des livres de Christine Montalbetti, tant la romancière, depuis ses débuts, s’attache à rendre compte du réel dans ce qu’il a de plus infime. C’est de nouveau le cas avec Trouville Casino, dans lequel elle revient sur un fait divers datant de 2011. Le 25 août, vers 14 heures, un septuagénaire inconnu des services de police braqua le casino de Trouville, avant de prendre la fuite avec un butin de 7 500 euros. La police finit par l’abattre au volant d’un véhicule volé.


Est-ce qu’au moment de pointer son arme sur la caissière, des répliques de films lui sont venues en tête ? La nuit précédant le hold-up, la pénombre de sa chambre lui a-t-elle fait l’effet d’une brume hostile ? Comme à son habitude, l’écrivaine scrute les événements par le petit bout de la lorgnette, pour leur donner un nouvel éclairage. Car, si l’on conclut rapidement à des troubles neurologiques pour expliquer le geste de l’homme, l’analyse de l’auteure est tout autre. Il vivait dans la ville de Gacé (Orne), où il coulait des jours tranquilles avec sa compagne. Tranquilles à défaut d’être heureux ; et pluvieux, Normandie oblige. La précision a son importance pour Christine Montalbetti, qui voit dans le crachin normand une possible clé de l’histoire. Le cri obsédant des mouettes, le mouvement hypnotique des nuages ont-ils fini par avoir raison de lui ? En faisant de ce ciel bas et lourd, un élément récurrent du récit, l’auteure dit quelque chose de la façon dont les paysages dans lesquels nous vivons nous façonnent, et nous agissent.


Se raconter des histoires

Si drame il y a chez elle, il réside avant tout dans l’hostilité du réel, tant et si bien que ce « petit braquage des familles » semble être finalement plus un point de départ qu’une finalité dans le récit. Car les livres de Montalbetti, en même temps qu’ils nous racontent une histoire, nous en racontent une autre, par un effet de mise en abyme : celle du roman en train de s’écrire, des incertitudes et des questionnements qui en accompagnent la rédaction. Loin de se limiter au seul fait divers, la romancière prend le lecteur par la main pour le faire entrer dans son atelier. Se jouant des codes narratifs, elle ne cesse de l’interpeller, au point qu’il participe presque au processus créatif. « Ça m’est toujours difficile cette idée qu’on va se quitter (...) à cause de ces heures passées ensemble, vous, à imaginer cette histoire, et moi, à vous imaginer. » Qui imagine qui, en définitive ?


L’écriture de Christine Montalbetti est une écriture du doute, de la parenthèse, de la digression. Tout en essayant d’être au plus près du réel (elle se rend sur les lieux du crime et va jusqu’à nager dans la piscine du casino), elle remet en cause la véracité de ce qu’elle écrit - « Mais tout ça, bien sûr, c’est moi qui me le raconte. » Au-delà des liens tissés avec le lecteur, c’est donc aussi à elle-même que la romancière aime à raconter des histoires. « Ecrire me relie au monde », expliquait-elle au « Monde des livres » en 2013. Trouville Casino est une singulière méditation sur ce qui nous lie, sur ce qui constitue notre commune humanité. Il y a dans le phrasé souple et ample de Christine Montalbetti quelque chose qui nous console de l’inexorable succession des jours, de l’inertie des après-midi de pluie. De la sourde anxiété qui prend chacun de nous à l’approche de la nuit.


Avril Ventura, Le Monde, janvier 2017



Un braquage est fait de toutes ces petites choses


Un paisible septuagénaire braque un casino. Christine Montalbetti, à partir de ce fait divers sanglant, construit l’histoire d’un homme sans histoire.


II peut toujours se passer quelque chose. Même dans un fauteuil douillet dans le bar désert d’un hôtel calme dans une station balnéaire tranquille, car normande, une après-midi d’été. Et même dans un roman de Christine Montalbetti, où en général les événements minuscules et le temps dilaté composent un récit qui peut être cataclysmique, mais très localement, en une sorte de nanoépopée. Même l’aventure spatiale est, comme la vie, « faite de ces toutes petites choses », disait-elle en 2016 dans le roman qui racontait le vol de la dernière navette de la Nasa. L’événement qui a sorti Trouville de sa torpeur estivale s’est réellement produit. Un homme s’est introduit dans le casino de la plage, a braqué un « petit pistolet, qu’on aurait pris pour un jouet », sur une caissière, et s’est enfui. L’affaire finit tragiquement. On s’aperçut que le braqueur était un paisible retraité, âgé de 75 ans. Tout près, la narratrice dans le bar cosy du très anglais hôtel Saint-James sirotait une boisson non précisée.


Le roman se présente sous les espèces d’une enquête, d’un « à la recherche de » ce fait divers. Que faut-il préciser ? Que faut-il laisser au lecteur le soin d’imaginer quand on fait un roman, surtout « inspiré d’un fait réel »? C’est un peu ce que se demande Christine Montalbetti dans Trouville Casino. Question immémoriale, et qui se pose dans toute son oeuvre. Ici, elle explicite : « Il y a cent façons de raconter une histoire », ce qui pourrait être un truisme, mais cesse de l’être quand on est confronté à une histoire « vraie », mais dont « toutes sortes de versions (...) se sont mises à circuler», s’annulant l’une l’autre et rendant la vérité inatteignable, sinon par les moyens du roman.

C’est ainsi que Trouville Casino se présente sous les espèces d’une enquête, d’un « à la recherche de » ce fait divers. Non pour y débusquer une vérité factuelle cachée, mais pour construire l’histoire de ce « papy flingueur » de Gacé, dans le pays d’Auge, en mettant en action tous les moyens de l’imagination. Ainsi la romancière envisage-t-elle des scénarios alternatifs, cour d’assises, hôpital psychiatrique, voire renonciation à l’acte. Elle reconstitue un passé plausible, déterminant les décisions de l’homme. Le dossier comprend même une plongée dans  « Gacé au fil des siècles », fresque historique de cette bourgade sans histoire. Christine Montalbetti ne dissimule pas ses intentions, nous livre son art poétique et, par ses invites répétées - « Imaginez », « vous y êtes? », « vous allez comprendre » -, fait participer le lecteur à la solidité de la construction en écartant toute illusion réaliste.


Le résultat paradoxal de cette manière de raconter est qu’au moment même où il est plus que jamais convaincu que ce qu’il lit n’est qu’un choix parmi d’autres, le lecteur adhère fortement à ce récit miné. Seuls demeurent, malgré tout, un acte irréversible, inexplicable et tragique et, plus inexplicable encore, le plaisir que nous avons pris à nous l’entendre conter.


Alain Nicolas, L’Humanité, janvier 2017



Trouville Casino, autopsie d’un braquage


Roman. Pourquoi un tranquille papy se lance-t-il un beau jour, tout seul, dans le casse d’un casino ?


Le 25 août 2011, un retraité de 75 ans braquait le casino de Trouville et prenait la fuite avec son butin. Intriguée par cet authentique fait divers, l’écrivaine Christine Montalbetti s’est lancée dans l’analyse minutieuse de ce qui a pu motiver ce curieux personnage et étudie, minute par minute, l’enchaînement des petits faits qui ont marqué cette folle journée. C’est l’occasion pour elle d’évoquer ces détails minuscules propres à la vie quotidienne sous un ciel pluvieux.


Originaire du Havre, on sent qu’elle le connaît bien cet ennui poisseux qui saisit jusqu’à l’os et pèse sur l’âme comme un lourd couvercle les jours de pluie. C’est peut-être pour cette raison qu’elle avait jusqu’ici, à sa manière singulière et délicate, exploré des horizons plus lointains, principalement américains (Western, Journée américaine, Plus rien que les vagues et le vent...) mais aussi japonais (Love Hotel) ou spatiaux (La vie est faite de ces toutes petites choses).


Une vie banale, de la maison au jardin

Pour son treizième livre aux éditions P.O.L, Christine Montalbetti se saisit de ce braquage insolite pour s’adresser directement à celui qu’on finira par appeler « le malfaiteur » et tracer les contours d’une vie, somme toute heureuse et banale, mais dans laquelle l’homme ne se sent pas à sa place.


Cette maison dans l’Orne, celle de sa compagne, débordant de souvenirs inconnus, chacun lui rappelant que cette femme a vécu, avant lui, une vie à laquelle il était étranger ; ces habitudes qu’il finit par adopter et qui le conduisent, sans enthousiasme, de la maison au jardin, du jardin à la piscine municipale, de la piscine à la plage (parfois) et de la plage au casino (rarement mais suffisamment pour que le lieu lui soit familier).


Une écriture comme un tableau impressionniste

Tout cela concourt à une forme de morosité proche de la dépression. Et soudain, ce sursaut d’énergie d’un homme qui change son destin : «  Il y avait quelques minutes, tu étais cet homme d’humeur maussade qu’on avait extirpé de son petit confort (...) et puis, d’un coup, cette attraction presque magnétique, cette évidence, d’un coup, la violence heureuse du roman.  »


L’écriture, puzzle de moments sans linéarité chronologique, rappelle la composition d’un tableau impressionniste (on n’est pas si loin de Giverny) : des centaines de petites touches qui finissent par faire apparaître une histoire dans laquelle le lecteur se glisse sans mal.


Stéphanie Janicot, La Croix, janvier 2018

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Les 6, 7 et 8 février 2019
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