Hors sol   

Pierre Alferi

2103. An quarante de la nouvelle ère. Ce qui reste de l’humanité survit dans des nacelles suspendues au-dessus de la Terre. De frêles esquifs, dans la haute atmosphère où l’air est encore respirable, et rattachés à un mystérieux Navire Amiral, abritent d’étranges survivants. La surface de la terre, en surchauffe, voit se succéder épidémies et cataclysmes. Il a fallu se faire à la vie suspendue entre ciel et terre. Les minuscules communautés inventent une nouvelle vie, chacune mal soudée par un hobby qui les rassemble. On ne mange plus, on s’imprègne. On surgèle les mourants, et plus haut, des « aristechnocrates » surveillent, et plus...

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Pierre Alferi

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Note de lecture : « Hors sol » (Pierre Alferi)


En suspension au-dessus d’une Terre dévastée par la hausse des températures, le monde terminal des monades hantées. Un cauchemar rude, drôle, époustouflant.





[...] En août 2018, à Paris, quelqu’un a mis la main, presque par hasard, sur un ensemble de données extrêmement codées, en un système cryptographique très avancé rendant difficile à suivre l’hypothèse d’un canular, même sophistiqué. Pourtant, il y a bien là de quoi douter. Sous forme de centaines de fragments, courriels, couplets de chansons, billets de blog, tracts, affichettes publiques, compte-rendus de groupes de discussions, extraits de journaux intimes, règlements de copropriété, un tableau proprement hallucinant s’esquisse puis se complète peu à peu. Dans quelques années, fuyant une Terre au bord de l’effondrement climatique et environnemental, en pleine surchauffe, cinq mille personnes ont mis le cap sur Mars dans un vaisseau spatial privé, bourré de matériel et de science. Choisis selon des critères qui se révèleront progressivement plus ou moins en creux, ils ont néanmoins été assez vite arrêtés dans leur élan par une panne massive de certains systèmes, et ont dû être répartis dans les capsules de survie du vaisseau, capsules qui, ne pouvant et ne voulant retourner sur une Terre en proie au désastre, sont devenues les nacelles captives d’un impensable manège tournant autour du globe, bien au-dessus de la couche nuageuse. Ce sont les témoignages volontaires ou involontaires d’un certain nombre d’habitants de ces nacelles qui forment le récit multicellulaire auquel nous sommes confrontés par Pierre Alferi. [...]



[...] Publié fin 2018 chez P.O.L., le septième roman d’un auteur qui est aussi poète, parolier et essayiste, trente ans après sa thèse de philosophie consacrée à Guillaume d’Ockham, est peut-être bien, quoiqu’écrit hors du genre proprement dit, l’un des textes les plus rusés et les plus impressionnants de la science-fiction récente. Là où trop d’autrices ou d’auteurs, peu familiers des codes et des contraintes propres à ce type particulier de spéculation, ne retiennent que des motifs et des clichés pour un résultat final trop souvent peu convaincant (bien qu’il y existe de fort heureuses exceptions), Pierre Alféri, avec ce « Hors sol », comble nos attentes et au-delà. Son récit finement fragmenté joue de toutes les possibilités offertes par la construction méticuleuse, détaillée, d’une mosaïque signifiante, aux fragments céramiques extrêmement variés (exploitant aussi nombre de possibilités liées aux typographies et aux mises en page, lorsque nécessaire), d’une sur-métaphore qui se dévoile progressivement, constituant subtilement une véritable intrigue, avec ses abîmes et ses révélations, à partir d’un matériau d’une extrême souplesse, d’une grande drôlerie et d’une ironie maniée en artiste et en poète. Travaillant au corps les fantasmes de séparation et d’élévation d’une élite humaine prête à abandonner à son (triste) sort le commun des mortels, telle que la projetait le cyberpunk des origines (on pensera au « Câblé » de Walter Jon Williams ou au « Neuromancien » de William Gibson, avec leurs pouvoirs orbitaux), ou plus près de nous, « L’invention des corps » de Pierre Ducrozet ou le « Agora zéro » d’Éric Arlix et Frédéric Moulin, Pierre Alféri opère par mise en résonance presque policière de ses éléments disparates très soigneusement agencés, tissant étroitement ensemble Robert Silverberg et Gottfried Wilhelm Leibniz pour nous offrir un univers, intégral et concentré, de monades hantées, dont la nature fragmentaire même résonne intensément avec notre propre société de réseaux, d’écrans et de hobbies sacralisés. Au risque d’une dissolution du social et de l’humain dans le bruit blanc éternel d’un dialogue de sourds entre deux proto-intelligences artificielles, « Hors sol » nous demande passionnément ce que veulent dire, en réalité, communiquer, habiter et vivre, et nous impose en beauté l’un des plus puissants chocs littéraires et politiques ressentis récemment.[...]


Retrouvez l’article de Cécil Dutheil dans En attendant Nadeau, ici, et celui de Philippe Annocque sur son blog Hublots est ici



Posté par Charybde2, le 2 juillet 2019


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Pierre Alferi, Hors sol, Hors sol Pierre Alferi septembre 2018




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