La Malédiction de Barcelone   

Patrick Varetz

À l’origine, le roman prétend simplement relater un voyage de Perpignan à Barcelone entrepris par le narrateur en janvier 1982 dans des circonstances un peu particulières. Et trente-cinq ans plus tard, Pascal, le double de l’auteur, s’interroge toujours : en quoi ce voyage a-t-il été déterminant, et peut-être initiatique ? Seulement voilà, à la faveur d’un mauvais rêve, son père s’invite une nouvelle fois dans le jeu. Et la première phrase du livre, jetée comme un coup de dés, va déterminer la suite et l’architecture du roman : Daniel, mon pauvre père, est devenu ami avec moi sur Facebook. La Malédiction devient alors...

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Patrick Varetz

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Des « Bisous, amitiés, papa » à faire froid dans le dos


Patrick Varetz en prise avec les ombres parentales évoque un voyage de jeunesse


Comment écrire sur la Malédiction de Barcelone pour vous faire entendre que ce roman autobiographique est drôle, que vous vous reconnaîtrez dans la position de l’enfant accablé par ses parents mais demeurant accroché à leurs basques, et qu’il attrape l’époque par le cou pour lui administrer le sort qu’elle mérite? Car en précisant qu’il s’agit du portrait d’une famille dont le père, ancien enfant battu, frappait sa femme, laquelle est morte et était « folle » (écrit son fils), le tout observé par ce fils qui à 60 ans ne parvient toujours pas à se dépêtrer de ces fantômes, vous risquez de prendre la fuite alors que vous devriez rester. Le livre s’intitule la Malédiction de Barcelone parce que l’auteur aimerait « raconter enfin ce voyage à Barcelone, passer à autre chose », ne plus écrire de livre sur ses géniteurs. Mais c’est un espoir vain : le souhait d’en finir s’exprime et aussitôt, le voici ratatiné à la manière du gendarme tabassé par le bâton de Guignol. Ce comique de répétition est l’un des pas de côté inventés par le survivant d’une enfance maltraitée, qui font de lui un écrivain.

Triptyque. L’échappée belle en Espagne réunissait l’auteur et ses amis à la sortie de l’adolescence, pendant les années 80. Le récit du fameux voyage est occulté par l’arrivée des ombres de Daniel, « mon salaud de père », et de Violette, « ma folle de mère ». Ces images envahissent l’écrivain-narrateur. Les lecteurs de Bas Monde et de Petite Vie, les précédents pans de ce qui constitue désormais un triptyque autobiographique, connaissent ces épithètes qui collent aux parents, eux-mêmes collant à la peau de l’auteur ; le père, surtout. Le drame du fils est de ne pouvoir se détacher de cet homme dont il enfilait les vêtements à 12 ans, pour lui plaire et lui ressembler, parce que l’on ne se débarrasse pas facilement d’un tortionnaire. Si bien que l’auteur sexagénaire constate : « Je ne possède visiblement pas d’autre option pour avancer dans l’existence que d’aimer mon père. » Mais de quel amour s’agit-il là? C’est une autre affaire. Il le hait l’instant d’après, voire dans le même temps. Daniel autrefois rentrait à la maison en puant l’oeuf pourri, car telle était l’odeur de l’usine de pétrochimie pour laquelle il travaillait. Le soir, le crâne de la mère allait râper le mur et « cogner le carrelage ».

Bocal. Dans la Malédiction de Barcelone, Daniel a 80 ans. Il vit seul puisque Violette est morte. Mais il a un sauveur, son ordinateur. « Daniel, mon pauvre père, est devenu ami avec moi sur Facebook » : malheur ! La nouvelle ouvre le livre et sonne comme une seconde malédiction. Le lecteur, s’il n’a pas lu les deux premiers épisodes, croit à tort qu’il s’apprête à lire une comédie familiale. Grâce à Facebook, l’auteur peut s’assurer que son père est encore de ce monde sans lui rendre visite ni même lui téléphoner, puisque la petite pastille verte sur l’écran signale que Daniel est en ligne, et comptons sur lui pour l’être du matin au soir. « Nous campons sur nos positions: toi derrière ton ordinateur, moi devant le mien. » Mais à cause de Facebook, le fils reçoit de la part de Daniel des messages se terminant par de saugrenus « bisous, amitiés, papa », qui le font frissonner. Repoussant toujours l’évocation du voyage à Barcelone aux calendes grecques, la Malédiction de Barcelone s’arrête sur l’omniprésence de Facebook et sur les comportements qui en résultent. Les utilisateurs de ce « petit bocal » y annoncent les décès de leurs proches et leurs amis les approuvent, les likent, ce qui ne veut rien dire. « Oui, les morts semblent n’aimer rien tant que les morts », l’empathie et le chagrin collectif. Le narrateur, lui, « déteste les gens qui s’expriment avec le coeur ». Sur Facebook, il retrouve les participants du fameux voyage à Barcelone, Christophe, Jef et Milena.

La Malédiction de Barcelone est un roman sur les liens, détestables et indénouables, factices ou défaits à jamais. Prisonnier de son père, le narrateur manque d’autonomie jusque dans sa chair. Il regrette à plusieurs reprises d’être enclos dans le corps de son père au point de grossir, « soucieux sans doute de dissimuler la fragilité de ta silhouette, et les traits de ton visage - que l’on m’a trop souvent attribués -, sous une solide épaisseur de graisse ». Lorsqu’il boit trop, il lui semble mettre son père en danger. Lorsqu’il dort trop peu aussi. Il souffre d’une ventriloquie généralisée. Mais bien qu’il ait un corps pour deux, le fils, en étant devenu écrivain, a au moins des mots que le père n’aura pas.



Virginie Bloch-Lainé, Libération, 23 mars 2019

Agenda

le samedi 8 juin à 17h et le dimanche 9 juin à 19h
Patrick Varetz au festival Les futurs de l'écrit (Bruère-Allichamps)

Festival Les futurs de l'écrit

Abbaye de Noirlac

18200 Bruère-Allichamps

 

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