Vairon   


Hélène Zimmer

Comment imaginer aujourd’hui le destin d’une jeune femme née dans une ferme en 1889, dans la misère la plus noire ? Elle s’appelle Zulma, surnommée Vairon à cause de ses yeux dépareillés. Elle quitte sa mère et débarque affamée à vingt ans dans Paris, en 1909, avec déjà un premier bébé dans ses bras. Elle fait la découverte des quartiers déshérités de la capitale, et de son peuple. Mais aussi des idées révolutionnaires qui agitent l’Europe. On assiste, sur un rythme brutal, à son éducation sexuelle, politique, existentielle. Elle s’enflamme non pour les idées mais pour la vie anarchiste. Refus de...

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Hélène Zimmer

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Vivante et libre



Cinéaste et romancière, HÉLÈNE ZIMMER dresse le portrait d’une jeune femme en ébullition. Une plongée dans les milieux anarchistes de la Belle Epoque où surgit la promesse d’une révolution féministe à venir.



C’est un roman "historique", situé au tout début du XXe siècle, dans les milieux européens ultra-politisés, proches des anarchistes. Mais la grande histoire s’arrête au seuil d’une toute petite : celle de Zulma, une pauvresse de province que sa fatalité de fille-mère, traitée de traînée dans son village natal, expatrie à Paris. Une Causette à peine adulte. Nous voilà donc dans la trace de Zulma et de son bébé Victor, sorte de prothèse gargouillante, qui vit sa vie accroché à son sein.


A quoi ressemble Zulma ?
Dans un bistro crasseux, une mère maquerelle la jauge : "Vos cheveux sont trop plats, vos lèvres trop fines, vos joues trop maigres, mais sans ça vous êtes une beauté..." Un peu plus tôt, on aura lu un détail physique nettement plus singulier : Zulma a un oeil vert, l’autre brun. En langage savant, on parlerait d’hétérochromie. En langage historique, on sait que les yeux vairons étaient associés dans quelques civilisations du Moyen-Âge à la sorcellerie. En langage Hélène Zimmer, cette particularité vaut son surnom à Zulma : "la Vairon". Presque un pseudonyme de résistance pour cette fausse passive qui "remue les incongruités de l’existence". Tout est vu et décrit du point de vue panoramique de ce regard bizarre qui voit tout, même quand Zulma a le dos tourné : les bas-fonds de la poisse et les coulisses enfumées et très alcoolisées des militants de l’ultragauche d’alors qui considèrent que les communistes, sinistres tiédasses, sont déjà en train de trahir la cause du peuple.
Hélène Zimmer a le don de la description au couteau, couteau de peintre à la James Ensor : une bigarrure expressionniste, hantée par des grotesques formidables. Dans son premier roman Fairy Tale (2017), on avait détecté, entre autres talents, celui des dialogues, charges de mots crus pour se venger de la bien-disance ambiante. Vairon le confirme. On y dialogue comme on y crache. Ça cause dur, ça boit sec, ça baise, plutôt mal que bien. Entre fins de mois affamées et précarité érigée en fatalité, le fond de l’air est glacé et souffle jusqu’à notre triste aujourd’hui. D’autant que comme un feu follet atteint de la rage, il court dans ce roman un appel encourageant à l’insurrection parce que vraiment "y en a marre de tout !". Et plantée en son coeur, cette déclaration de guerre sociale à méditer : "II n’y a rien d’autre à faire que de désirer le chaos."
Mais la grande colère qui, plus que toute autre, enfièvre Vairon, c’est "tout simplement" la révolution des femmes. Bien mieux qu’un manifeste ou une pétition, le livre d’Hélène Zimmer est un hurlement pour les femmes. Car il s’agit bien de crier pour qu’elles cessent d’être des béances attendant qu’on les remplisse, des organismes privés de leurs corps. Vairon est un roman de formation, sexuelle autant que politique, plus que jamais d’actualité.



Gérard Lefort, Les Inrockuptibles, 9 janvier 2019



Vairon, Hélène Zimmer


« V’LÀ LA TRAÎNÉE, la sorcière ! » Sous les insultes, Zulma la célibataire quitte sa ferme avec son mioche. Elle débarque à Paris et s’intègre, l’amour aidant, dans une farouche tribu.

On est dans les années 1900, chez des anarchistes qui ont la bombe facile. Les camarades femmes fument le cigare et découvrent les secrets de leur anatomie.

Enhardie, Zulma dévoile des talents de comédienne. Son regard vairon (« se dit des yeux qui ont des couleurs différentes », indique le dictionnaire) fait des victimes dans le public. Mais ce n’est pas son monde. Elle préfère fréquenter ses anars et allaiter son deuxième enfant (elle a toujours un gosse accroché au sein). Retour à la campagne dans une communauté rebelle.Les flammes brillent toujours dans ses yeux.

Hélène Zimmer pratique avec bonheur une écriture drue et crue, plus proche de l’absinthe que du diabolo menthe.

F.P, Le Canard enchaîné, 9 janvier 2019


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