L'Affaire La Pérouse   

Anne-James Chaton

« A-t-on des nouvelles de monsieur de La Pérouse ? » aurait demandé Louis XVI alors qu’il s’apprêtait à monter sur l’échafaud. Nous sommes en 1793 et malgré tous les efforts de l’expédition de recherche dirigée par l’amiral d’Entrecasteaux, il n’y a aucune trace du lieutenant de vaisseau Jean François de Galaup, comte de La Pérouse, parti de Brest le 1er août 1785 pour un voyage d’exploration autour du monde aux commandes de L’Astrolabe et de La Boussole. Le mystère n’a fait que s’épaissir, et ce malgré les enquêtes menées par les députés de l’Assemblée...

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Anne-James Chaton

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La presse

« A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ? -Non... »

Suit un « Couic ! » L’ultime pensée de Louis XVI, avant de poser la tête sur le billot en 1793, fut pour l’explorateur parti en mission dans le pacifique Sud avec les vaisseaux l’Astrolabe et la Boussole en 1785, et disparu avec tout l’équipage dans des circonstances mystérieuses en 1788. Anne-James Chaton mène l’enquête en échafaudant 22 hypothèses (accident, famine, empoisonnement alimentaire, vents, baleine blanche, etc), et en convoquant les journaux de bord de Cook ou de Bougainville, le ban et l’arrière-ban des romans d’aventures et de piraterie, Defoe ou Stevenson, et même des chants de marins. De cette fascinante énigme de l’histoire maritime, l’auteur a imaginé un texte multisources et multiformes qui déploie toute sa force dans l’accumulation de détails et dans sa poésie sonore : « Il a été aperçu au large de Banks de Bass/de Cook de Dease de Fram de Kii de Peel de Ross/d’Anian de Bali de Barrow de Belcher, de Belle-Isle. »



F.RI, Libération, le 27 avril 2019



La Pérouse insubmersible



QUE SAIT-ON VRAIMENT ? SE PEUT-IL QUE ? D’OÙ VIENT QUE ? N’A-T-ON PAS DÉJÀ? Voilà quelques-unes des questions qu’on est en droit de se poser, pour peu qu’on se penche sur l’une des plus grandes énigmes de l’histoire, un de ces mystères irrésolus dont on a longtemps cherché le pourquoi du comment, et qui n’est autre que le sort de l’expédition menée dans le Pacifique par Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse (1741-v. 1788), partie en 1785 et dont on perd la trace en 1788.

Nombre d’historiens se sont cassé les molaires sur la question. D’audacieuses enquêtes ont fleuri pour faner aussitôt, semant le trouble et récoltant quelques tempêtes ! On n’en pouvait plus. Il n’était plus possible de continuer comme ça, d’errer éternellement dans le brouillard des conjectures sans jamais toucher terre. Il en allait de la curiosité géographique, de la fringale scientifique, de l’appétit ethnologique, de l’avidité économique, de la passion politique. Trop d’enjeux en jeu, trop d’éléments déments. Qu’étaient devenus les deux rafiots de La Pérouse, La Boussole et L’Astrolabe ? Une étude sérieuse s’imposait, et on en avait ras la cale des rapports flottants établis par les pseudo-champions de l’investigation historico-maritime. Le plus simple consistait à demander à un écrivain de faire toute la lumière sur cette nébuleuse débandade. Enfin Anne-James Chaton vint. Grâce à lui, « l’affaire La Pérouse » - c’est le titre de sa monumentale enquête - est tirée au clair, et au sabre, aussi, car l’auteur pourfend nombre de doutes.

Le projet de Chaton est clairement énoncé en page 14: « En délivrant des réponses inédites à cette interrogation vieille de plus de deux siècles, L’Affaire La Pérouse apporte un éclairage indéniable à cette troublante histoire, tout en renouvelant de manière spectaculaire les techniques d’investigations policières. » On ne saurait mieux le dire. Restait à l’écrire. Et on aurait pu craindre que, face à une tâche aussi ambitieuse, le bât blesserait, le joug entaillerait, le fardeau écraserait, mais nenni. Dix fois nenni !

Chaton a établi vingt-deux hypothèses plausibles et ne ménage pas ses forces (ni notre curiosité) pour mener à bien son projet élucidatoire. Il inventorie, analyse, annote, catalogue, classifie, dénombre, énumère, examine, explore, fouille, hiérarchise, inspecte, liste, ordonne, répartit, répertorie, scrute, sonde. Tout y passe : l’accident, la famine, l’empoisonnement alimentaire, la maladie, les vents, l’assassinat, le sabordage, etc. Grâce à sa connaissance parfaite de la navigation, il nous permet par exemple de nous faire une idée très précise du drame, si on accrédite la thèse de l’accident: « Voilà comment cela a pu se passer: Repliez la voilure! Carguez les voiles jusqu’aux grands huniers! Enlevez les rabans desferlages de la verge des cacatois! Déployez la voilure! Carguez la brigantine et les focs ! (...) Donnez la bénédiction et l’absolution générale! »

Riche en listes - de caps, d’îles, d’animaux, d’aliments, de superstitions, d’armes diverses -, rythmé par des chants de matelots, interrompu par des dialogues traficotés, piochant dans le jargon maritime, scientifique ou argotique, L’Affaire La Pérouse peut à première lecture passer pour une faramineuse potacherie, un pur exercice de cabriole linguistique, un hommage à Queneau, un énième avatar de la dérive postmoderne.

Mais, outre qu’on se déforme bien souvent les muscles zygomatiques à la lecture de certains chapitres, cette trépidante & drolatique enquête vient nous rappeler, si besoin était, que l’excès et la dérision sont les deux armes du plaisir. Car imaginez un peu ce qu’un tâcheron de la plume aurait fait du naufrage pérousoïdal, imaginez le pensum qu’il nous aurait infligé, truffé de descriptions léchées, de questionnements métaphysiques, on aurait eu droit au subjectif d’un mousse ou au journal intime d’un gabier, bref on se serait enfilé une de ces laborieuses exofictions calibrées comme il s’en pond dix par an - pitié.

Non, Chaton préfère jouer à fond la dive carte rabelaisienne, établir d’interminables listes qui obligent le lecteur à se demander ce qu’on lit, en fait, quand on lit une liste, et si on doit la lire, et qu’en est-il de la lecture si on ne lit pas la liste en entier, etc. Lire, lister, délirer : c’est tout un ! Il préfère emprunter à Stevenson et Baudelaire, recopier, déformer, délirer, comme si, en saturant son texte de lexiques, il avait à coeur de mener, littéralement, le lecteur en bateau.

Concernant les vingt-deux hypothèses recensées dans le livre, on ne pourra qu’applaudir à la treizième : « Le phénomène inexpliqué. Le phénomène inexpliqué est un phénomène que l’on ne peut pas expliquer, mais qui pourrait expliquer la disparition des navires de La Pérouse. » QED. Ce livre est un triangle des Bermudes à mille côtés, qui s’y aventure s’y casse la boussole, en plus de tomber nez à nez avec un tétrodon ou de se nettoyer d’une lavure dans un estaminet. L’affaire La Pérouse n’est pas dans le sac : elle est le sac, à la fois razzia et fourre-tout.



Claro, Le Monde des Livres, 10 mai 2019



Anne-James Chaton : « La frontière document/fiction est extrêmement poreuse » (L’affaire La Pérouse)


L’affaire La Pérouse convoque un mystère historique : celui de la disparition en mer, au XVIIIe siècle, du comte de La Pérouse, ainsi que des navires qu’il commandait. Puisque cette disparition n’a pas été résolue, le livre d’Anne-James Chaton pose la question : comment faire un récit de ce qui ne peut avoir de récit ? A partir de cette question, l’entretien qui suit abordent les thèmes de la référence historique et de la fiction, de la construction formelle et matérielle du livre, de son genre comme de ses effets.


Lisez cet entretien avec Emmanuèle Jawad sur le site de Diacritik


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