Rétine   

Théo Casciani

C’est le roman d’un regard, le roman d’un jeune homme qui appréhende sa propre histoire à travers l’énigme des images qui s’impriment sur sa rétine. Entre Paris, Kyoto et Berlin, c’est aussi l’histoire d’une rupture amoureuse. Pas un mot, pas un dialogue. Tout se joue dans les regards. À travers des skypes silencieux entre les deux amants. Le narrateur passe des préparatifs d’une exposition de l’artiste Dominique Gonzalez-Foerster (DGF) au Japon, à laquelle il participe, jusqu’à la quête de son amour, Hitomi, dans un Berlin plongé dans une ambiance insurrectionnelle, à l’occasion des festivités des 30 ans de la chute du Mur. Il...

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Théo Casciani

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Chasser d’autres lumières


Entre le réel et sa perception


J’adore ce livre. Il s’appelle Rétine, c’est le premier roman de Théo Casciani, 24 ans. Il est publié aux éditions P.O.L, et c’est un événement : personne, en France, ne soumet ainsi la littérature à l’épreuve des «régimes visuels contemporains» au point d’en inventer une nouvelle perception, peut-être même une nouvelle sensibilité. Sous ses airs de narration internationale-connectée, qui nous transporte de Kyoto à Berlin, et du musée d’art contemporain de Kobe à un club allemand, ce roman étonnamment maîtrisé (hypnotique) nous prodigue, à travers le paysage de ses longues phrases ondulantes qui se déploient comme « l’arborescence [d’une] banque visuelle », une vue inédite sur ce qu’il en est d’évoluer sous le régime intégral des images virtuelles. En lisant les aventures étrangement mates, ralenties, et pourtant violentes, de ce narrateur qui prépare une banque de données visuelles pour une exposition de l’artiste Dominique Gonzalez- Foerster, qui observe sans parler son amoureuse japonaise par Skype, qui, en dérivant la nuit, fait l’expérience d’un séisme et prend part à une manifestation pour le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, on a la sensation d’être en phase avec une électricité planétaire - avec cette circulation instantanée de flammes numériques qui roule d’écran en écran, de par le monde. Où sommes-nous? Il existe une frange entre le réel et sa perception, entre la lumière et la sensibilité, où flottent des images pourprées, des prismes, où vibre la lueur d’une effusion aurorale qui ne cesse de promettre à ce livre une ouverture. Ce lieu que, dans les anciens romans, on aurait appelé un récit, et qui s’accorde ici à l’intérieur passionné d’un œil, héberge « des appareils, des reflets, des échos, des câblages »; il contient les quinze rochers du jardin de Ryoan-ji, une performance de John Cage, des corps, des téléphones ; il s’étire lentement, du reflet d’un avion sur une tour de la Porte de Bagnolet (Paris) aux larmes qui coulent sur la joue d’une jeune femme qui danse en une « plainte sans émoi ». Quelque chose se fonde à travers cet étrange roman qui redéfinit notre perception du réel - ou plutôt qui l’ajuste à ce qui arrive aujourd’hui au temps et à l’espace, devenus ce territoire de luminosités où notre extase se confond avec la distance. En lisant Rétine, on sent bien que toute présence est devenue un clignotement aléatoire sur la planète. Dire «je », c’est participer à un jeu de lumières. Peut-on encore aimer? Un enregistrement perceptif du réel aligne une suite de reflets dont la boucle respire toute seule, presque sans nous, qui sommes devenus des spectateurs d’un feu inventé par les écrans. Ainsi, tout est devenu art contemporain, même la littérature ; Rétine est l’expérience plastique de cette nouvelle époque.


Yannick Haennel, Charlie Hebdo, septembre 2019


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