Enfant de perdition   

Premier roman

Pierre Chopinaud

Enfant de perdition est un grand roman d’initiation. Fils d’une mère italienne émigrée et d’un père « fabricant de crânes » (biologiste dans un laboratoire de vivisection), le narrateur y raconte son enfance et son adolescence dans la région lyonnaise, à la fin du 20ème siècle, sous la forme d’une immense épopée barbare, remplie de bruit et de fureur. Le particulier rejoint l’universel, dans une langue française littéralement redécouverte, « mise en état d’étrangeté à elle-même », selon les mots de l’auteur.  Roman d’éducation sociale, érotique,...

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Pierre Chopinaud

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Les guerres imaginaires


Dans « Enfant de perdition », son premier livre et fascinant anti-roman de formation, Pierre Chopinaud bouleverse la langue et brasse l’histoire.


Dans les monts du Lyonnais, quelques pieds de vigne gringalets et branlants tentent vainement de s’accrocher à des coteaux que la forêt prend plaisir à grignoter. C’est là, dans un petit village nommé Romilly, que vit le narrateur du premier roman de Pierre Chopinaud, Enfant de perdition. Son jeune héros est le fils d’une immigrée italienne à la peau brune et d’un « fabriquant de crânes » employé dans un laboratoire de vivisection. Presque un métis somme toute dans un patelin où les gens comme il faut évitent de croiser les Arabes et les Gitans qui vivent dans les ruines d’une impasse. En tout cas, un enfant né de la « perdition » là où même les bambins — surtout eux, peut-être — rejouent inlassablement une « guerre des races imaginaire » aux pertes et dommages collatéraux bien réels. À travers près de 600 pages et trois chapitres consacrant ses grands âges (en latin : « Infantia », « Puerita », « Adolescentia »), le garçon, que séduit le grand train des jeunes bandits du village et qu’émeut la beauté sauvage de leurs crapuleries et messes noire sacrificielles, finira par se perdre tout à fait.


Calligramme sibyllin


Voilà assurément, et de bien des manières, un texte inouï. Faut-il y voir un avertissement ? On y entre difficilement, par un double seuil, et d’abord un dessin à mi-chemin entre le gribouillis d’un enfant et la carte topographique. Les courbes des dénivelées et les formes géométriques y voisinent avec les plus lumineuses et poétiques descriptions. Deux lignes sinueuses schématisent ainsi le « fleuve dont les rives étaient effacées sous le rouleau illimité d’asphalte » ; une série de triangles au bord de la page marque l’horizon « vers les monts indemnes et immobiles où les miasmes du monde ne monteraient jamais ». Le décor planté par ce calligramme sibyllin, on doit encore lire une monumentale « notice des "principaux personnages" ». Les guillemets sourient d’ironie — l’auteur n’en manque pas. Et puis le roman commence.
Très vite, il faut faire avec cette évidence : Enfant de perdition n’a pas été écrit en français. Non, rien d’habituel à l’aride et énigmatique syntaxe qui se coule dans des rythmes bibliques, latins, grecs ou médiévaux. Les archaïsmes de ces « comme » qui sont parfois des « quand » et du pronom « quoi » que rien ne fléchit (faisant écrire à Pierre Chopinaud « L’impasse, par quoi (…) » détonnent dans le français d’aujourd’hui. Précisément : aujourd’hui n’est pas seulement le propos du primo-romancier. Certes, il ancre sans conteste son Enfant de perdition dans l’ici et maintenant, en questionnant l’intégration et la stigmatisation des gens du voyage ou des Arabes. D’ailleurs peu à peu, et au fil des rencontres faites par le jeune narrateur, la « guerre » menée par ses camarades et lui-même en évoque une autre : « De la Yougoslavie, je savais alors, avant qu’elle ne fût le nom du fond de l’enfer, qu’elle était un pays d’où l’on entendait des rires heureux portés par le vent. » L’auteur, quant à lui, connaît bien des conflits qui ont bouleversé le pays à partir de 1991, pour s’être engagé comme volontaire auprès des populations minoritaires déplacées, et par sa profession de traducteur du romani.


Blesser le naturel


L’ambition de Pierre Chopinaud va pourtant plus loin. Dans ce roman où le narrateur se sait détenteur du « pouvoir par quoi le langage fait le monde », dire, c’est faire advenir. Ou, ainsi qu’il le note : « Comme je les nomme les choses me reconnaissent et me répondent, et leur aspect chaque fois me sourit comme le visage de l’être aimé. » Alors il fallait que l’écriture semblât renouer avec les exercices de traduction des écoliers, en empruntant au petit latin son exactitude grammaticale et sa manière de blesser le naturel, pour qu’une femme raconte comment ses aïeux sont arrivés dans la région avec les Romains, et que s’évanouissent ainsi deux mille ans d’histoire. Plus loin, on croise Hérode et Hitler ; des enfants sacrifient un faon selon un rite qui emprunte beaucoup aux Celtes ; le vieil Abraham a, comme dans l’Ancient Testament, « huit rangs de vigne ». Le romancier a su créer une langue étrange en tout point, apatride et œcuménique, et rigoureusement d’aucune époque. Génial paradoxe : puisque Pierre Chopinaud butine partout, son verbe déroutant est à chacun un peu familier. Et si Enfant de perdition est un espace à l’incontestable aridité (certains ne manqueront pas de l’appeler hermétisme), celle-ci ne va pas sans une généreuse et sincère hospitalité, à laquelle on s’adonne tout à fait.


Zoé Courtois, Le Monde, janvier 2020



"Enfant de perdition : le roman d’une décennie ?", un article de Jean-Luc Favre Raymond à propos du roman de Pierre Chopinaud à retrouver sur le site du magazine ActuaLitté.



"Enfant de perdition", un article de Carole Darricarrère à propos du roman de Pierre Chopinaud à retrouver sur le site Sitaudis.




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