L'arbre d’obéissance   

Joël Baqué

Dans la Syrie du IVe siècle, un homme, Syméon, décide de quitter son monastère et de vivre une expérience de solitude et d’ascétisme plus radicale encore. Il s’installe nuit et jour, dans le désert, au sommet d’une colonne de pierre pour prier et jeûner, devenant ainsi le premier stylite de l’histoire.

Un autre homme, Théodoret, entreprend de retracer cette existence, partagé entre admiration, trouble et jalousie. Lui-même décide tout jeune de quitter sa famille pour rejoindre un monastère. Il connaît ainsi toute une série d’aventures étranges et burlesques. Il y fait la connaissance de Syméon et décidera de raconter...

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Joël Baqué

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THEODORET, TEMOIN FRAGILE ET MAGNIFIQUE DE LA SAINTETE



Venu tard à la littérature, l’ex-commandant de police et romancier Joël Baqué se met dans la peau de Théodoret, évêque de Cyr et biographe du stylite Syméon dans la Syrie du IVe siècle.



« Je marche un peu comme une locomotive qui poserait les rails au fur et à mesure, sans connaître sa destination. » Écrivain au singulier parcours d’autodidacte, Joël Baqué écrit quand ça le « prend », au gré d’une phrase qu’il lit un matin quelque part, qui lui plaît pour des raisons obscures, et qui va l’habiter pendant des jours. Ensuite surgit l’image d’un lieu - ici, le désert - et un personnage - ici, saint Syméon le stylite, le célèbre ermite, qui vécut dans la Syrie du IVe siècle, où il inventa une nouvelle manière de se rapprocher de Dieu en passant sa vie au sommet d’une colonne de pierre.



DES UNIVERS EXTREMES


Si Joël Baqué s’intéresse aux « formes extrêmes de la religiosité », ce n’est pas parce qu’il est croyant, il le dit tout net. Mais parce qu’il a été durablement frappé par la radicalité et l’esthétisme de ces ascètes des premiers temps du christianisme. Il avait déjà ancré ses trois précédents romans dans des univers extrêmes et de grande solitude : l’habitacle d’une voiture garée le long d’une autoroute où ruminait un représentant de commerce (Aire du mouton, 2011), une salle des marchés, vertigineux royaume virtuel où officiait un tradeur (la Salle, 2015), et l’immensité de l’Antarctique où se perdaient des chasseurs d’icebergs (la Fonte des glaces, 2017). Du grand froid à la chaleur implacable, il n’y a qu’un pas en termes d’absolu. Le romancier chérit ces espaces qui sont avant tout pour lui métaphysiques, et où il plonge des antihéros pathétiques et bouleversants.
Pour l’Arbre d’obéissance, roman de cette rentrée, ce n’est pas l’ermite qui occupe la place centrale mais son premier biographe, Théodoret, que Joël Baqué réinterprète à sa manière poétique et intense, le faisant parler à la première personne. Le lecteur se retrouve dans la tête d’une sorte de looser, un homme qui, dans sa jeunesse, a pris Syméon pour modèle mais a échoué à l’imiter : « Théodoret, cet ascèse raté qui n’a pu être reconnu comme un saint, veut-il se rattraper en se faisant reconnaître en tant que biographe, le meilleur qui soit ? A-t-il un regard critique sur les violentes pratiques de Syméon parce que lui-même n’a pu les supporter ? Ou parce qu’avec le recul, il ne les trouve pas nécessaires pour gagner le paradis ? Ce qui est sûr, c’est qu’il est un personnage ambigu. »
Dans une langue âpre, d’une grande poésie, Théodoret commence par conter sa jeunesse de berger dans un pauvre village. Et soudain résonne en lui l’appel de Dieu, que sa famille ne comprend pas : ses tentatives de départ lui valent d’être roué de coups par son père. Mais l’arrivée au monastère ne sera pas plus facile : les épreuves les plus dures l’attendent, portes closes, nouveaux coups de trique et rosseries impitoyables... « La société de l’époque était extrêmement violente, et les monastères reproduisaient cette dureté, souligne Joël Baqué. S’y mettaient à l’abri des esclaves ou des paysans en fuite, des gens qui avaient des dettes ou voulaient échapper au fisc romain, et même des criminels, il ne faut pas l’oublier. C’était un temps où les prieurs pouvaient tuer des moines à coups de bâton pour les punir. Les gens mouraient si facilement ! C’est très loin de notre société actuelle et de notre conception contemporaine de la religion, que l’on soit croyant ou pas. Avec l’augmentation du degré de sensibilité et le refus de la violence physique, la civilisation et les hommes ont évolué, les religieux et les ecclésiastiques en même temps que les autres. »



HUMAIN, TELLEMENT HUMAIN


Mais l’Arbre d’obéissance n’est pas un roman historique. Joël Baqué ne se laisse pas envahir par ses recherches documentaires. Les événements du passé lui servent simplement de cadre pour planter son récit, tout le pouvoir est laissé ensuite à l’imaginaire. Le romancier a une curiosité pour la figure du saint, passant sous sa loupe le jusqu’au-boutisme des ascètes des premiers siècles, qui paraît terrifiant aux yeux d’aujourd’hui, avec un corps nié, des mortifications sophistiquées, des plaies qui suppurent et des odeurs pestilentielles. « Mais comment distinguer la folie de la sainteté ? Les saints dérogent à la norme commune, laquelle ne parvient pas davantage à les contenir qu’un filet à carpe à circonscrire ces grands poissons précédés d’une épée qui parfois déchirent les barques », écrit Théodoret. Un Théodoret déchiré entre sa volonté d’humilité et son orgueilleuse ambition de passer à la postérité, tout à la fois accablé par ses faiblesses et rédimé par l’amour des mots : humain, tellement humain ! Sur son propre rapport à la radicalité, Joël Baqué est tranchant : « Elle m’effraie, car elle signifie pour moi l’absence de compromis et de zone d’entente. On est radical quand on pense détenir la vérité, qu’on ne discute pas : cela a forcément à voir avec la violence. »
Et la violence, le romancier l’a côtoyée en exerçant son précédent métier, lui qui a fait carrière dans la police, et a fini par y diriger un service spécialisé dans la lutte contre la traite des êtres humains - « J’ai vu de près tout ce que les hommes et les femmes sont capables de s’infliger les uns aux autres », explique-t-il. Et il suffit qu’on l’interroge sur son drôle d’itinéraire - un flic devenu poète, on n’en croise quand même pas tous les matins - pour qu’il raconte avec une distance pudique son lot de violence endurée : une enfance dans un petit village de l’Hérault, au sein d’une famille modeste « complètement privée de culture, sans aucun rapport aux livres et aux mots ». Un père qui travaillait la vigne, homme dur et fermé sur lui-même, avec lequel le garçon ne s’entendait pas. Une mère femme de ménage, sous le joug d’une puissante mélancolie. Joël Baqué a fichu le camp à 17 ans et demi. Sans son bac, il a devancé l’appel du service militaire, s’est engagé dans la gendarmerie puis a bifurqué vers la police. Alors qu’à 35 ans, devenu maître-nageur sauveteur des CRS, il surveillait une plage, on lui rapporta un livre oublié sur le sable : des entretiens entre le poète Francis Ponge et l’écrivain Philippe Sollers... « Je n’ai pas fait d’études. Et pourtant quelque chose m’a accroché : le fait que Ponge considère la poésie des choses simples et quotidiennes. » C’est ainsi que les mots sont entrés dans la vie de Joël Baqué, pour n’en plus ressortir. Avec le désir boulimique de l’autodidacte, il s’est mis à tout lire, Ponge de A à Z, la poésie classique et contemporaine, tous les Goncourt ensuite, et tous les Nobel. Quand on lui fait remarquer que cette soif inextinguible s’approche tout de même d’une certaine radicalité, il sourit.



UN HUMOUR NOIR ET GRINCANT


Joël Baqué a mis suffisamment de lui dans le personnage du narrateur pour que le lecteur en soit ému : « J’avais tant vécu avec les mots que leur frêle silhouette colonisait ma vie, ainsi que les herbes les plaines de l’Ouest », confie Théodoret, cet homme de l’écrit, ce solitaire tellement conscient du pouvoir qu’il détient. « Je me suis identifié en partie à lui à cause de son amour des mots, mais il est loin de moi, précise Joël Baqué. Théodoret continue tout de même d’affirmer qu’il faut brûler les hérétiques et que toute nouveauté est une erreur ! Mais il me faut suivre mes personnages dans leurs méandres, je les respecte et je les aime. » Ainsi, avec son humour noir et grinçant, Joël Baqué laisse dire au final à l’évêque de Cyr : « La bastonnade doit être ferme mais non mortelle ni estropier, voilà ma position. »
Chaque jour, qu’il pleuve ou qu’il vente, Joël Baqué grimpe quatre à quatre les marches des collines qui mènent au mont Boron, sur les hauteurs de Nice, où il réside. Deux heures durant lesquelles il pousse son corps dans ses retranchements, tout en affinant ses idées pour sa séance d’écriture du lendemain, qui produit des miracles. Lui, l’homme sans Dieu du XXIe siècle, nous rend si proche d’un homme de Dieu des débuts de l’ère chrétienne : « Quels autres voyageurs que les mots peuvent arpenter les déserts du temps ? »



Marie Chaudey, La Vie, août 2019.



Siméon, ascète entre ciel et terre



Si l’image de l’anachorète perché en haut de sa colonne, mains ouvertes et yeux perdus dans le ciel, a traversé les siècles, c’est entre autres grâce à la biographie de Siméon le Stylite, signée de son contemporain Théodoret de Cyr dans la Syrie du Ve siècle. C’est à ces deux destins, liés, que rend hommage ce singulier récit. Au crépuscule de sa vie, alors que « de Nisibe à Byzance, de Nicée à Éphèse, des dizaines de stylites s’élèvent au sommet des tiges de pierre », le vieil évêque de Cyr en treprend de relater l’existence peu commune de Siméon, rencontré dans sa jeunesse au monastère de Téléda. Là, déjà, « il se mortifiait au péril de sa vie », ce qui lui valut son exclusion. C’est à Qalaat Seman que Siméon s’imposa finalement une ascèse inédite, montant sur une colonne « afin de se rapprocher du ciel », contraint au vertige et à l’immobilité, mais aussi à la faim et la rigueur du climat. Ces plus de quarante années de souffrances haut perchées font ici l’objet d’une description méticuleuse - voire morbide -, par le prisme d’un biographe admiratif. D’une plume bien ciselée, mais plus terrienne que spirituelle, et qui ne cherche jamais à expliquer cette étonnante pratique, Joël Baqué, ancien CRS auteur de quatre livres, conduit son lecteur sur les traces d’un saint qui « transposa les Saintes Écritures en actes avec la sublime simplicité des analphabètes »



Mélinée Le Priol, La Croix, 31 août 2019



L’Arbre d’obéissance


« Comment distinguer la folie de la sainteté ? » Saint Syméon le Stylite et sa spectaculaire ascèse sont au cœur de ce roman intense et troublant. Devenu évêque de Cyr, le jeune Théodoret était berger quand il a entendu l’Appel. Postulant puis novice, il est subjugué par sa rencontre avec Syméon dans l’abbaye de Téléda, en actuelle Syrie. Il tentera aussi l’austérité radicale, seul dans le désert. Mais la faim, la soif et la privation de sommeil briseront son corps sans pour autant corrompre sa foi. De retour dans sa cellule, il se lance dans l’écriture de la vie de Syméon pour témoigner de son martyre et de la puissance de sa volonté. Peut-être aussi de son obstination? Assurément de sa foi rayonnante et charismatique, allumée telle « un lampadaire pour qu’elle éclaire ».

Jean Baptiste Passé, La Croix, septembre 2019



Agenda

Samedi 14 et le dimanche 15 septembre 2019
Joël Baqué, Marie Darrieussecq et Christine Montalbetti au Salon Le livre sur la Place à Nancy

Le salon Le livre sur la place a lieu du vendredi 13 au dimanche 15 septembre de 10h à 19h.

Place de la Carrière

54000 Nancy

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Jeudi 19 septembre 2019
Rencontre avec Joël Baqué à la librairie L'arbre du Voyageur (Paris)

L'arbre du Voyageur

55 rue Mouffetard

75005 Paris

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20, 21 et 22 septembre 2019
Atiq Rahimi, Joël Baqué et Christine Montalbetti au festival Livres dans la Boucle (Besançon)

Le festival se déroulera sur plusieurs sites différents, éparpillés dans la ville de Besançon.

La programmation est disponible sur le site du festival.

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le vendredi 4, le samedi 5 et le dimanche 6 octobre 2019
Joël Baqué au festival du livre de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes)

Plus d'informations sur le site du festival (programme à venir).

 

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Mardi 8 octobre 2019
Joël Baqué à la librairie Histoire de l'œil (Marseille)

Librairie Histoire de l'œil

25, rue Fontange

13006 Marseille

04.91.48.29.92
contact@histoiredeloeil.com

Entrée libre - Horaires à venir

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le jeudi 10 octobre 2019, de 9h39 à 10h15
Rencontre avec Joël Baqué à la médiathèque Georges Brassens (Drancy)

Entrée libre

Médiathèque Georges Brassens
65, avenue Marceau
93700 Drancy

Tél : 01 48 96 45 67

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Mardi 15 octobre 2019
Joël Baqué à la librairie Ombres blanches (Toulouse)

Librairie Ombres Blanches

50, rue Gambetta

31 000 Toulouse

05 34 45 53 33

Entrée libre - Horaires à venir

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les 15, 16 et 17 novembre 2019
Joël Baqué à la Fête du livre du Var (Toulon)

Place d'Armes - 83000 Toulon
Entrée libre de 10h à 19h

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le mercredi 27 novembre 2019
Joël Baqué à la librairie Massena (Nice)

Librairie Massena

55 Rue Gioffredo,

06000 Nice

04 93 80 90 16

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