En découdre   

Nathalie Azoulai

Une femme fréquente un musée de peinture où il ne passe jamais personne. Elle y vient chaque jour et y retrouve, inexorablement, le même gardien de musée. « Vous êtes un mystère, sans chic et sans élégance, mais vous êtes un mystère plus profond que tous ceux que j’ai pu croiser dans les salons. » Elle s’adresse en secret à ce gardien de la salle principale. L’homme est sans qualité, sans prétention. Une de ces présences « immobiles et imprenables » qui rappellent le petit scribe de Melville, Bartelby. Elle se demande qui il est, comment il vit, ce qu’il peut entendre aux tableaux qu’il surveille, comment il fait pour reconduire...

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Nathalie Azoulai

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La presse

L’art de se retrouver


La romancière et scénariste Nathalie Azoulai dépeint, dans ses derniers livres, deux attachants personnages féminins, en quête de leur vérité.


Nathalie Azoulai ne fait pas les choses à moitié. L’auteure de Titus n’aimait pas Bérénice (prix Médicis 2015) et des Spectateurs revient avec deux livres. Le premier, En découdre, est d’un format plus mince que le second, Clic-Clac, et se présente sous la forme d’un monologue. Celui d’une femme qui s’adresse à un homme de l’ombre. Au gardien, vêtu d’un costume presque noir, d’un musée des Beaux-Arts où, à part elle, personne ne vient et où elle se rend « comme on irait à l’église ». Ce musée d’une ville de province moyenne, est, pour elle, comme un refuge, un lieu pour « narguer les heures, le nez toujours en l’air », idéal pour celle qui aime regarder les tableaux et flâner. Elle connaît la vie et l’œuvre de de Giorgio Morandi auquel elle fait souvent référence. Elle préférerait crever, dit-elle, plutôt que de parler au gardien. À propos de ce dernier, qu’elle tient pour une potiche, elle n’a en tête que des questions...


Alexandre Fillon, Lire, novembre 2019




Clic-Clac et En découdre : les prises de vues de Nathalie Azoulai


La romancière Nathalie Azoulai publie simultanément Clic-Clac, fort roman à tiroirs, et En découdre, un vif monologue, chez P.O.L.


Un livre peut-il en cacher un autre ? Si on se pose la question, c’est moins parce que Nathalie Azoulai fait paraître simultanément deux romans, Clic-Clac et En découdre, qu’en raison de sa façon très personnelle de jouer avec le double fond de sa bibliothèque – ou de sa vidéothèque, en l’occurrence – pour dissimuler quelque chose comme une obsession, presque une honte ancienne, le « rosebud » enseveli d’une blessure, peut-être, enrubanné des détours de la culture, des bandeaux et bandelettes de références nombreuses, mais en trompe-l’œil.
La romancière avait obtenu le prix Médicis en 2015 pour Titus n’aimait pas Bérénice (P.O.L) : un livre construit déjà dans le creuset d’une tradition détournée, sur une forme de kidnapping contemporain de ce Racine qu’on croyait trop bien connaître. Clic-Clac fonctionne en apparence selon un principe similaire, puisqu’il se fonde de nouveau sur une référence partagée, cette fois un film qui hante l’héroïne, elle-même cinéaste de renom : Nos plus belles années, de Sydney Pollack (1973), avec Barbra Streisand et Robert Redford, qu’elle a vu et revu avec sa mère, rituellement, chaque année, en pleurant. Pour son dixième long-métrage, elle se propose donc de revisiter cette espèce de mélo culte, en particulier sa séquence finale, archétype de la « scène d’extinction du grand amour », qu’elle entend d’abord vider de ses larmes.


Cruauté géométrique


Dans son film – d’où le cut drôle et cinglant de son titre, Clic-Clac –, pas de sentimentalité ni d’effusions, mais quelque chose comme la cruauté géométrique d’une scène de rupture, sèche et définitive… Le défi est d’obtenir ce résultat de comédiens inexpérimentés et un peu snobs, qui n’y comprennent pas grand-chose et voudraient seulement jouer « dans un film élitiste ». La réalisatrice s’engage dans une sorte d’odyssée obsessionnelle, volontiers comique, pour atteindre la vérité d’une prise, qui l’obligera fatalement à se remettre en question. Ce faisant, elle nous entraîne aussi dans une réjouissante enquête à tiroirs, la référence à Pollack conduisant successivement sur la piste de deux autres films : La Fièvre dans le sang (1961), d’Elia Kazan, et Les Parapluies de Cherbourg (1964), de Jacques Demy.
L’ensemble, très finement documenté, ne saurait cependant se réduire à un jeu de références emboîtées, dans le but d’interroger l’authenticité possible d’une inspiration artistique. A travers les tribulations d’une cinéaste aux prises avec son projet, la matière vive et parfois rebelle des comédiens contrariant l’idéal de l’œuvre rêvée, c’est quelque chose comme une identité qui se révèle : celle d’une femme inconsolable d’avoir perdu sa mère, au fond, ironique mais tourmentée, d’une sentimentalité qui n’ose se dire, comme si une forme de honte sociale la tenait encore, sourdement. N’était-ce pas déjà, d’une certaine façon, le sujet de Nos plus belles années : l’amour finalement impossible entre Redford et Streisand, le pur WASP et la petite communiste ?


Miroir inerte


Le personnage de la cinéaste s’appelle Claire Ganz : son nom fait entrer quelque écho germanique dans cette histoire, et on se dit que Nathalie Azoulai n’est pas pour rien lectrice de Kafka, comme sans doute de Thomas Bernhard. On y pense en tout cas en passant de Clic-Clac à En découdre, ce monologue très vif d’une femme qui visite chaque après-midi un petit musée de province et se montre de plus en plus obsédée par le gardien, figure muette, miroir inerte de sa mauvaise conscience (de classe), auquel elle s’adresse dans une sorte de ressassement solitaire, impitoyable pour elle-même, presque déviant vers le délire, voué au seul et hypothétique salut d’un aveu – celui du sentiment.
Cet aveu – d’un manque, d’un besoin – fait le lien entre les livres de Nathalie Azoulai, dont l’intelligence narrative, avec sa sécheresse calculée et ses détours un peu retors, semble travaillée par le remords d’une simplicité perdue : celle de l’amour, tout bêtement, des gestes premiers du désir, du corps érotisé ou maternel… Qu’il faille en passer par les cliques et les claques de la culture, ou l’aveu à peine voilé des violences sociales, ne fait que renforcer cette puissance de retour de sa littérature, qui dit très subtilement, et d’une voix non dépourvue de malice, l’exigence d’un certain renouement. C’est là, aussi, sa drôle de beauté.


Fabrice Gabriel , Le Monde, novembre 2019


Vidéolecture


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