La Conférence des objets   

Christine Montalbetti

« Nous, les objets, quelques-uns, ce soir, on va sortir de notre silence. On a des choses à vous dire » (le pèle-pommes). C’est donc une réunion d’objets, dans un appartement, qui discutent de leur état, de leur vie, et de ce qu’ils savent du monde. Cinq objets, choisis pour cinq acteurs :une lampe, une boîte à couture, un parapluie, un pèle-pommes, une amulette. Ils parlent de leurs désirs, de ce qui leur manque, de leur histoire, de leur origine. Ils interrogent ce lien qui les unit à leur propriétaire, dont l’absence plane. Tantôt ces objets nous tendent le miroir de nos propres conflits intérieurs, de nos inquiétudes, (ils vivent plus ou moins bien leur...

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Christine Montalbetti

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La presse

La romancière met en scène la réunion de cinq objets qui donne la parole à la matérialité du monde.


À quoi pensent les objets ? C’est la question faussement loufoque que pose Christine Montalbetti dans une courte pièce de théâtre mettant en scène un pêle-pommes, une boîte à couture, une amulette, une lampe et un parapluie. Leur réunion, qualifiée de conférence, leur donne la parole. D’abord pour décliner une identité : j’étrogne, je couds, j’éclaire... Mais aussi pour documenter des états d’âme singuliers, car oui, les objets inanimés ont une âme. Le blues du parapluie, c’est quelque chose, la mélancolie de la lampe, ça n’est pas rien. Et lorsque les objets se mettent à dialoguer, c’est pour faire part, au sens funèbre, de leur soumission ontologique à leur unique propriétaire, une femme, probablement prénommée Christine qui, lorsqu’elle surgira in extremis, va les fédérer en un programme commun : motus et bouche cousue. Rideau ? Pas sûr, car la révolte gronde parmi nos damnés objets, notamment chez la plus Louise Michel d’entre eux, la boîte à couture, qui rêve d’une nouvelle guerre des boutons, ou du côté du parapluie, Ravachol en gésine, qui formente que ses baleines pourraient servir à éborgner. Dans sa "note de jeu", l’autrice écrit à propos de ses objets en pétard : "Leurs revendications sont les nôtres".


Gérard Lefort, Les Inrockuptibles, décembre 2019



La revanche du pèle-pomme


Au studio de la Comédie-Française, Christine Montalbetti défend la cause des objets. En leur prêtant un supplément d’âme.


Avez-vous déjà songé à la navrante destinée d’un abat-jour ? Vous êtes-vous déjà mis à la place d’une latte de parquet, d’une théière dont on ébouillante les parois ou d’un capteur de particules fines ? Toute la journée à manger de la poussière, suspendu dans le fracas de la ville, et pour quel résultat, hein ? Christine Montalbetti vous le demande. Dans la salutaire Conférence des objets, qu’elle a écrite et met en scène, l’auteure se fait le porte-parole des objets qui peuplent notre quotidien. Ceux dont on use sans le moindre égard et qu’on jette ou remise sitôt qu’ils ont cessé de nous servir.
Pour rendre un peu de leur lustre aux lustres et de cachet aux cachets, elle a fait son marché parmi les comédiens du Français. En la personne de Claude Mathieu, doyenne de la troupe et par ailleurs chevalier dans l’ordre du Mérite, elle a vu une boîte à couture. Pierre Louis-Calixte a quant à lui hérité du rôle de parapluie et Anna Cervinka de celui d’une lampe à pied poncé. Bakary Sangaré joue un grigri tandis que revient à Hervé Pierre le rôle complexe de pèle-pomme. Un pèle-pomme à manivelle et ventouse, s’il vous plaît. "Regardez-moi ces pelures, pas des vilaines, au petit bonheur, de la belle ouvrage, un seul ruban tout d’une traite. Vous serez d’ailleurs gentil de ne pas me fourrer au lave-vaisselle." Pas peu fier le pèle-pomme, limite présompteux... La lampe, qui ne cache rien de ses longues journées d’ennui, la ramène moins. On ne mesure pas combien les objets peuvent se morfondre. Ceux-là surtout, qui datent d’avant l’obsolescence programmée et survivent à leur propriétaire, terminent sur le trottoir, ou chez le brocanteur, en attendant, fébriles, un repreneur.
La force de cette pièce pleine de fantaisie est de ne jamais s’écarter du point de vue de ces personnages inhabituels. Car l’enjeu, très sérieux, est bien ici de renouveler notre perception de ce qui nous environne, de réenchanter notre relation au monde matériel et à tous ces objets dont on ignore qu’ils se posent eux aussi des questions existentielles : qui suis-je, où vais-je, s’interroge le coton-tige usagé. Dans quel état j’erre, où cours-je, se lamente la planche à découper. À force, certains commettent l’irréparable. C’est le cas de ces vases, on en connaît, qui se jettent dans le vide, de ces assiettes qui tombent à la renverse et se brisent. Méfions-nous de l’eau qui dort, dit en substence Christine Montalbetti. De l’eau qui dort dans le radiateur qu’on ne prend même plus la peine de purger. Gardons-nous de notre condescendance d’humains anthropocentrés ou nous finirons par le payer.


Philibert Humm, Le Figaro, décembre 2019


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