Le Pont de Bezons   

Jean Rolin

« Heureux celui qui a vu le jour se lever sur le pont de Bezons. »



« Heureux qui a vu le jour se lever sur le pont de Bezons ». C’est la première phrase de ce roman dont le projet consiste « à mener sur les berges de la Seine, entre Melun et Mantes des reconnaissances aléatoires, au fil des saisons, dans un désordre voulu ». Mais très rapidement ces déambulations prennent des allures de petite odyssée sur les berges du fleuve, au cœur de banlieues bousculées, parcourant des espaces fracassés, des friches et des zones industrielles. Traversée du monde d’à côté, celui que nous ne voyons plus depuis des décennies. De...

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Jean Rolin

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La presse

Jean Rolin se met en Seine


Dans Le Pont de Bezons, l’écrivain suit les rives du fleuve francilien, ses paysages et ses histoires, jusqu’à s’y retrouver. Une formidable autobiographie itinérante


En découvrant Le Pont de Bezons, on se réjouit, dès le titre, de retrouver comme un vieil ami notre Jean Rolin préféré : celui par exemple de Zones (Gallimard, 1995) ou de La Clôture (P.O.L, 2002), l’arpenteur élégant de Paris et de sa périphérie, libre voyageur sans permis, prompt aux haltes et aux détours, à la fois dilettante et méticuleux, maniaque même, qui aime le hasard mais déteste les imprécisions — de style comme d’itinéraire. Ironiste et sentimental, ce Rolin-là est peut-être le plus purement écrivain de nos écrivains, et donc, d’une certaine façon, le plus anachronique de nos contemporains : son objet est le presque rien, le détail en apparence oublié dans la banalité d’un décor de banlieue, mais dont le fil, subtilement tiré, permet à force de digressions de retisser la trame entière de notre présent, et tout un passé avec lui.
C’est une sorte d’oracle francilien que se propose cette fois, non sans humour, de vérifier notre homme : « Heureux qui a vu le jour se lever sur le pont de Bezons. » L’aube, quelque part entre Melun (Seine-et-Marne) et Mantes (Yvelines), sera donc le Graal d’une quête minutieusement répertoriée, dans l’espace-programme d’une année presque complète, d’août 2018 à l’été 2019 : il s’agit là de « mener sur les berges de la Seine (...) des reconnaissances aléatoires, au fil des saisons, dans un désordre voulu ». Si le projet semble un peu flou, ainsi présenté, l’écriture n’en est jamais lâche, qui s’emploie à épuiser les paysages (péri)urbains, dans une sorte d’élan exhaustif et panoramique, à la recherche du pourquoi perdu d’une époque traversée de silhouettes parfois étonnantes (réfugiés tibétains et frères assomptionnistes, petite patronne de restaurant miraculeusement aimable, sosie de l’abbé Pierre, groupe de Roms pêcheuirs, postier digne d’un film de Jacques Tati...) et jonchée souvent de ruines, parsemée du moins de friches industrielles.


Une généalogie partagée


Le Pont de Bezons est un texte sans Wi-Fi, pourrait-on dire, qui va son chemin en refusant les artifices d’une narration trop clinquante, trop pressée : un livre qui fait du réel une surface à décrire, d’abord trouble puis travaillée par un effet de mise au point, au sens photographique, où se dessinent et se devinent alors d’autres fonds, des histoires et des images, les strates d’une généalogie partagée. Maupassant, Céline ou Caillebotte, par exemple, n’y sont pas des tantômes qui hanteraient l’imagination d’un érudit un peu cuistre, mais seimplement nos voisins de toujours.
L’un des charmes du récit est ainsi de comparer le paysage actuel à ses représentations d’autrefois, en inscrivant son propre travail d’écriture dans cette réinvention perpétuée où la vérité forcément se refuse, au profit du seul rêve d’une exactitude — d’un sens — inaccessible. Du coup, on rêve avec l’écrivain aux pistes qu’il lance, aux traces qu’il croit retrouver, pour découvrir toujours autre chose : un McDonald’s qui ferme, une usine dans laquelle se trouve la reproduction d’un tableau de Monet, une Cadillac Escalade qui aurait (presque) pu être celle de Britney Spears, la tombe du chien de Michel Houellebecq au cimetière d’Asnières, un bistrot kurde à Corbeil ou un salon de coiffure congolais à Villeneuve-Saint-Georges...
Et puis, d’une étape à l’autre du parcours, on finit par suivre en pointillé une histoire plus personnelle, comme si le narrateur, aidé de sa cousine Françoise, amatrice comme lui de cygnes, entrait un peu par hasard dans l’intimité du paysage, en reconnaissant une ancienne maison de Carrières-sous-Bois : par elle ressurgissent des souvenirs d’enfance, une mémoire assez malicieuse de la lutte des classes et le destin troublant d’un authentique personnage de roman, l’oncle paternel Joseph, dit Jef...
Il ne faut pas trop en dire sur cette espèce de secret de famille, mais l’effet produit par son intégration au récit, discret en apparence, est saisissant pour ce qu’il révèle de l’art de l’écrivain : au-delà d’une sorte de relevé cartographique du monde environnant, strictement stylisé mais possiblement vain, il y a le grand doute de la vie qui semble soudain s’incarner là, la sienne comme celle des autres, dans le mouvement de la page et son miroir au bord du fleuve. Jean Rolin élabore en cela une forme délicate et formidablement singulière d’autobiographie itinérante, où peut aussi resurgir une faune mystérieuse, un monde d’oiseaux dont on sait que l’auteur a la passion et dont la nomination — procède ici d’une sorte de (ré)création originale, comme une cosmogonie inattendue. Heureux, nous le sommes bien alors, de pouvoir partager avec lui l’idée de l’aube sur le Pont de Bezons : elle nous suggère, l’air de rien, que tous les matins ne seront peut-être pas perdus.


Fabrice Gabriel, Le Monde, 28 août 2020



Explorant les bords de Seine autour de Paris, Jean Rolin met au jour, de son écriture admirable, le passé sédimenté sous le temps présent.


Sous le Pont de Bezons coule la Seine. Et là est bel et bien la raison de la présence de Jean Rolin, ce soir du 4 juillet 2019, dans une chambre d’hôtel avec vue sur l’édifice, assistant au coucher du soleil, mais surtout résolu à jouir le lendemain matin du spectacle de son lever — car "heureux celui aui a vu le jour se lever sur le pont de Bezons". Si heureux que l’écrivain a choisi, explique-t-il d’emblée, de faire de cet ouvrage d’art de la banlieue ouest érigé dans les années 1950 "le pivot du projet que j’avais formé, et qui consistait à mener sur les berges de la Seine, entre Melun et Mantes, des reconnaissances aléatoires, au fil des saisons, dans un désordre voulu". Un plan schématique, mais utile, du tronçon d’une centaine de kilomètres que cela représente introduit cet admirable récit wagabon et savamment ébouriffé, qui puise donc aux incessantes missions d’exploration conduites par l’écrivain sur les deux rives du fleuve, entre début août 2018 et fin août 2019 — il faut bien se fixer des limites...


Des panoramas des bords de Seine, plus particulièrement à l’ouest de Paris, les peintres impressionnistes ont jadis fait leur miel. Emboîtant le pas à Jean Rolin, on ne tarde d’ailleurs pas à s’interroger avec lui sur un petit immeuble ancien et désaffecté, mais mystérieusement préservé de la destruction, et désormais enchâssé dans un vaste site industriel, du côté d’Argenteuil. pour avoir été ainsi conservée, la maison fut-elle celle où peignait Caillebotte ? Ou bien apparaît-elle sur un tableau de Monet ? On ne saura pas le fin mot de cette affaire, mais on aura pressenti quelle révolution a métamorphosé en un siècle et demi ces lieux, ces paysages faits désormais de routes, de voies ferrées, d’usines, d’entrepôts, de terrains vagues, de pylônes... qui trouvent en Jean Rolin le grand écrivain paysagiste d’aujourd’hui capable de les dépeindre, dans la veine hyper-réaliste qui est la sienne, rigoureuse jusqu’à l’ascèse, jusqu’à tendre même parfois vers l’abstraction.

Sous forme de détails visuels, d’anecdotes, d’hypothèses, cette représentation méticuleuse du présent toujours laisse affleurer le passé, l’enfance même de l’auteur et les émotions corollaires. D’où cette mélancolie discrète, empreinte d’ironie et d’autodérision, qui constitue le climat de ce Pont de Bezons. Une atmosphère qui est la marque de Jean Rolin. Comme l’est sa phrase, d’une précision et d’un rythme inouïs. Et sa capacité à déchiffrer, dans l’apparition inespérée d’une alouette en bordure d’une route nationale, le signe que "la vie valait encore d’être vécue".


Nathalie Crom, Télérama, août 2020



"Le long de la Seine, la mondialisation mise en scène", un article de Isabelle Rüf à propos du Pont de Bezons, à retrouver sur la page Le Temps.

Agenda

Mercredi 23 septembre 2020
Rencontre avec Jean Rolin à la librairie Le Divan (Paris)

Librairie Le Divan

203 rue de la Convention

75015 Paris

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Mardi 20 octobre 2020
Jean Rolin à la librairie Équipage (Paris)

Équipage

61, rue de Bagnolet

75020 Paris

 

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Jeudi 22 octobre 2020
Jean Rolin à la librairie Vendredi (Paris)

Librairie Vendredi

67, rue des Martyrs

75009 Paris

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Mercredi 4 novembre 2020 à 18 heures
Jean Rolin à la librairie La Galerne (Le Havre)

La Galerne

148, rue Victor Hugo

76600 Le Havre

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Et aussi

Jean Rolin Prix de la Langue Française
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