Le Roman de Jim   

Pierric Bailly

À vingt-cinq ans, après une séparation non souhaitée et un séjour en prison, Aymeric, le narrateur, essaie de reprendre contact avec le monde extérieur. À l’occasion d’un concert, il retrouve Florence avec qui il a travaillé quelques années plus tôt. Florence est plus âgée, elle a maintenant quarante ans. Elle est enceinte de six mois et célibataire. Jim va naître. Aymeric assiste à la naissance de l’enfant, et durant les premières années de sa vie, il s’investit auprès de lui comme s’il était son père. D’ailleurs, Jim lui-même pense être le fils d’Aymeric. Ils vivent tous les trois dans un climat...

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Pierric Bailly

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La presse

Le Roman de Jim par Pierric Bailly, avec le jura pour toile de fond


Après Les Enfants des autres, Pierric Bailly aborde de nouveau le thème de la parentalité dans un roman plein de sentiments, avec des personnages très forts, immergés dans les décors naturels du Jur


Aymeric, le narrateur du roman (Le Roman de ]im), n’est pas le père de Jim. Il a rencontré Florence, la maman, alors qu’elle était enceinte de six mois, et a vécu quelques années avec elle. Il était là au moment de l’accouchement, et a joué le rôle du papa, s’attachant énormément à cet enfant, se passionnant pour ce qu’il aime, comme le football. Et puis un beau jour, par un horrible tour du destin, le vrai papa revient et reprend peu à peu sa place dans la famille. Aymeric s’éloigne et devient le « parrain » de Jim, qu’il continue de voir régulièrement, jusqu’au départ de l’enfant et des parents pour un autre continent. Aymeric n’a brutalement plus de nouvelles et ne peut que faire des suppositions sur un silence qui le déstabilise. Alors il change de métier et de lieu de vie. Mais des années plus tard, leur relation filiale reprend, entachée de mensonges, jusqu’à la grande explication finale.


Parcours de vie d’aujourd’hui


Cette relation particulière entre un beau-père et un enfant est au centre du roman, dans lequel on retrouve tout l’univers intérieur de son auteur. Pierric Bailly retrace, sur une trentaine d’années, le parcours de ses personnages, avec leur singularité, leur façon d’avancer dans l’existence tantôt par continuité, tantôt par rupture. Florence et Aymeric ont quinze ans d’écart, sont tous deux nés dans le Jura, et sont partis tôt de chez eux, pour se frotter à la vie. Florence a sillonné la France avec un compagnon avant de revenir à Saint-Claude pour être caissière, puis infirmière. Aymeric est passé par la case prison pour une bêtise de jeunesse, puis a accumulé les missions en intérim, dans des entreprises jurassiennes et des commerces lyonnais, avant de poser ses valises à Prénovel.


Portraits de ruraux authentiques


L’auteur s’attache à proposer des portraits de ruraux authentiques, comme on en rencontre beaucoup dans le Jura (et ailleurs), dont le destin n’est pas écrit d’avance, qui changent de travail, de lieu de vie et de collègues selon leurs soucis, leurs amours ou leurs envies. Ils font des expérimentations parfois risquées, évoluent, s’adaptent à leur époque (réseaux numériques, musique électronique), acquièrent une polyvalence qui leur permet de progresser professionnellement ou de rénover eux-mêmes une maison. C’est un roman jurassien, et en même temps universel, un mélodrame rempli d’action, d’allers-retours, de sentiments et de remarques originales sur la vie des hommes et du monde. Un livre prenant, écrit par un auteur en pleine ascension.
Votre précédent roman s’appelle Les Enfants des autres. Dans Le Roman de Jim, Jim est aussi l’enfant des autres...
« C’est vrai. Les deux romans traitent de paternité contrariée. Le roman précédent s’appuyait sur mon expérience de jeune père et dérivait vers le fantastique. Là, on est dans un mélodrame. J’ai utilisé le fait d’avoir grandi dans deux familles, dès ma prime enfance, puisque mes parents se sont séparés peu après ma naissance. J’ai voulu faire un roman sentimental, en étant au plus près des émotions des personnages. Le thème de l’abandon est au centre de l’intrigue. Le narrateur vit un déchirement inadmissible et Jim ne comprend pas pourquoi Aymeric a disparu de sa vie. »
C’est aussi un livre social, avec des allersretours entre le Jura et d’autres régions ? « On parle souvent de ceux qui partent, qui quittent leur milieu pour aller vivre ailleurs, ces personnes qu’on appelle des transfuges de classe. Dans ce roman, les personnages partent, mais finissent par revenir. On voit beaucoup de Jurassiens aller à Besançon ou
à Lyon pour leurs études et le début de leur vie professionnelle. J’ai personnellement accompli ce parcours. Dans mon cas, c’est la mort de mon père qui a déclenché ce retour aux sources. J’ai eu besoin de retrouver mes racines, en achetant une maison dans le Jura, même si je suis établi à Lyon avec ma famille. »
Vous vous attachez à décrire le Jura et les Jurassiens d’aujourd’hui de manière réaliste ?
« J’écris à partir de lieux qui existent, de lieux que j’aime, comme le hameau des Trois cheminées à Bellecombe, ou la scierie abandonnée de Pont de la Chaux, près de Champagnole. Pour les personnages, j’essaie de dresser des portraits justes et sensibles. Les ruraux ne sont pas tous des bourrus. Le narrateur n’est pas un macho. En ce moment, les hommes changent, ils s’adoucissent, même ici dans nos campagnes. Toutefois, le monde rural s’attache à ses traditions. Le mariage, par exemple, semble un peu dépassé dans certains milieux, typiquement en ville. Quand Aymeric revient vivre dans le Jura, il devient photographe de mariage, car à la campagne, c’est une pratique à laquelle on tient encore. »
Êtes-vous amené, comme votre personnage, à travailler en entreprise en complément de vos travaux d’écriture ?
« Plus maintenant car mon activité d’écrivain occupe tout mon temps, avec l’animation d’ateliers d’écriture, des interventions en milieu scolaire et des résidences. Mais j’ai longtemps travaillé en intérim dans des entreprises lédoniennes. »


Guy Jaillet, Le Progrès, 4 mars 2021



Le Roman de Jim, jamais sans mon fils

Un jeune homme se révèle à travers la paternité. Le nouveau livre de Pierric Bailly, écrivain de 38 ans, est bouleversant.

Aymeric a 26 ans, vit dans le Jura, près de Lons-le-Saunier, de quelques missions d’intérim. C’est un garçon « paumé », pardon pour le cliché, qui se cherche professionnellement, a du mal à s’installer dans la vie, semble tenir pour acquis que cette chose abstraite et lointaine qu’on appelle le bonheur n’est pas pour lui. Un soir, lors d’un concert, il croise Florence, qu’il a connue caissière quelques années auparavant. Ils passent la nuit ensemble, et les suivantes. Elle est enceinte de six mois. Le père n’est plus là. Le père, ce sera Aymeric. Au début, il est mollement attaché au nourrisson (c’est bizarre, un bébé), bien que très vite fier de ce nouveau statut, inattendu. Père de famille ! « J’en retirais une forme de confiance, je ne sais pas, d’aplomb un peu ridicule. Je me sentais adulte. »


Grand mélo

Aymeric est intrigué, puis ému par ce petit Jim, qui change de jour en jour. Ils font peu à peu connaissance. « Je gardais une forme de distance mais ce n’était plus de la gêne, plutôt de la pudeur. » Le gamin grandit, se passionne, à 5 ans, pour le foot. Aymeric n’y connaît rien ? Qu’à cela ne tienne, pour échanger pleinement avec lui, il se fait spécialiste du ballon rond. Jim finit par lui ressembler, parce que la filiation se joue bien au-delà de la biologie. « Il avait beau ne pas être mon fils de sang, je lui avais forcément transmis des attitudes, des traits de caractère, le genre de choses qu’on donne sans s’en rendre compte et sans le vouloir. » Au contact de cet enfant, Aymeric se construit. Pour la première fois, il a le sentiment de se tenir debout. C’est un livre magnifique qu’on lit d’une traite, la gorge serrée. Car la vie ne va pas être tendre avec le père et son fils. N’en disons pas trop sur l’intrigue, sinon - et c’est une indication - que ce roman est un grand mélo, toujours en équilibre entre l’émotion et la pudeur. On pense à La Route de McCarthy. Dans les épreuves qu’ils vont traverser, on ne sait lequel, de l’enfant ou de l’adulte, élève l’autre.


Julien Rousset, Sud Ouest, mars 2021



Père en CDD

Dans les petits boulots « pourraves » comme dans la vie, Aymeric a toujours été un intérimaire. Il n’aime pas s’installer, il ne fait que passer. La précarité est le gage de sa liberté. En prison, dont il a été un détenu provisoire, chez Paul, où il servait des viennoiseries dans les courants d’air, chez Auchan et en amour, il ne se soucie pas de l’avenir, le présent de l’indicatif est son temps de référence. Aymeric est un garçon un peu sauvage, qui habite une région un peu sauvage, le Haut-Jura, dont Pierric Bailly est originaire et où il a situé la plupart de ses livres, parmi lesquels « l’Homme des bois », beau et sensible hommage à son père, tourneur sur bois, travailleur social, libre penseur et idéaliste, qui fit une chute mortelle en allant cueillir des morilles dans une forêt proche de Lons-le-Saulnier.« L’Homme des bois » était la complainte d’un fils ; « le Roman de Jim » est la mélopée d’un père. D’un presque père. Aymeric avait 25 ans lorsque, un soir de concert, il a retrouvé une ancienne collègue de Casino, Florence, aux piercings de rockeuse et de quinze ans son aînée. Lui avait été quitté par sa copine, elle s’était séparée de son mari, mais portait depuis six mois son enfant. Leur couple un peu abîmé de part et d’autre s’est soudé autour de cette prochaine naissance. Malgré le ventre rond, grâce au ventre rond, ils ont fait l’amour avec une ardeur et une douceur inédites. Enfin, Jim est venu au monde. Tout de suite, Aymeric, débordant d’affection, « fou de ce môme », l’a considéré comme son fils et n’a pensé qu’à le protéger. Quand Jim a eu l’âge de parler, il l’a appelé « Papa ». Ce furent dix belles années pour la petite famille recomposée. Et puis, un jour, Christophe, le père biologique, est réapparu, hagard et brisé. Il venait de perdre sa femme et leurs deux enfants dans un accident de la route. Florence, par compassion, lui a ouvert la porte. Christophe est resté, Aymeric a fini par s’éclipser. Jim n’a pas compris pourquoi l’intrus prenait la place de son « papa » et pourquoi ses parents l’emmenaient vivre à Montréal, si loin d’Aymeric, sans se soucier de la détresse et des larmes de ce dernier, qu’un stratagème machiavélique allait désormais empêcher d’aimer l’enfant qu’il avait élevé. La suite est déchirante. Le sixième roman de Pierric Bailly est un vrai mélodrame. Mais un mélo sans outrances ni emphase, en noir et blanc, où la bande-son est celle du vent froid dans les bois des Hautes-Combes et où un homme gentil, candide, infortuné, conciliant, « le dernier des glands », est condamné à une irrémédiable solitude. Pudique, l’écrivain n’en rajoute pas. Sa délicatesse est âpre et sa tendresse, rugueuse. Il n’est pas si fréquent, en littérature, d’atteindre une telle émotion dans une prose simple qui semble se refuser à y céder. C’est de l’art brut.


Jérôme Garcin, L’Obs, avril 2021



L’école paternelle

Pierric Bailly nous fend le coeur avec « Le Roman de Jim », l’histoire d’un homme et d’un enfant

Il s’appelle Aymeric, il a des compagnes d’une nuit ou de plusieurs années, il ne voit jamais venir les coups qui lui sont portés. Comme tous les personnages de Pierric Bailly, il vit entre Lyon et le Jura, où sont ses attaches, et il a une soeur plus jeune. Dans le Roman de Jim, celle-ci a décroché un «master 2 information-communication» qui l’a menée où elle voulait, «l’événementiel culturel». Après deux années en pycho à Besançon, Aymeric quant à lui a laissé tomber, c’était au moment où Jennyfer l’a quitté. Ils étaient ensemble depuis l’adolescence.«Je bossais dans une usine de cartonnage et du matin au soir j’étais comme un zombie. Je n’arrivais même pas à lui en vouloir. J’en parlais beaucoup avec ma soeur et je ne m’en voulais même pas à moi-même, je n’en voulais à personne, c’est ça qui était horrible, je n’avais rien ni personne sur quoi diriger mon désarroi, j’étais juste perdu, ouistiti perdu dans la brume, pardon, je ne sais pas pourquoi je dis ça.» Aymeric monologue, mais ses propos s’adressent à quelqu’un, un interlocuteur non identifié, probablement le lecteur lui-même. Aymeric va couvrir de la sorte plus de trois décennies. Il nous raconte sa vie entre 25 et presque 50 ans, le compte est à établir à partir de Jim, qui est dans le ventre de sa mère depuis six mois quand Aymeric la rencontre, ou plutôt la retrouve. Elle a alors 40 ans, quinze de plus que lui. Ils ont fait connaissance sept ans auparavant, lorsqu’elle était caissière à Casino. Il se passe beaucoup de choses pour Aymeric au cours de ces sept années de sa préhistoire. Pierric Bailly s’est ingénié à remplir toutes les cases de l’existence de son héros, tout l’album (Aymeric prend des photos qu’il n’a pas l’argent de développer), mais l’air et le non-dit circulent, c’est du grand art.

Tailleur de pierre

Le Roman de Jim commence avec Florence, quelques pages pour résumer son parcours. Elle n’a pas terminé son BEP optique-lunetterie, a préféré parcourir la France «augré des chantiers de Marti, qui avait validé son CAP, lui, CAP tailleur de pierre grâce auquel il bossait à la réfection de sites classés et de monuments historiques. » Un beau jour, leur relation est devenue trop violente, et Florence est retournée dans le Haut-Jura, chez ses parents qu’elle a redécouverts à l’occasion. Plus tard, nous ferons la connaissance de sa mère. Florence, Aymeric et Jim déménagent pour vivre auprès d’elle. Pendant dix ans, chacun est à sa place, même si Aymeric a toujours tendance à se présenter comme remplissant plus ou moins bien un rôle. En l’occurrence, le rôle du père. Dans son précédent roman, les Enfants des autres, Pierric Bailly s’est déjà penché sur la paternité. Ici, Aymeric s’occupe du mieux qu’il peut d’un enfant qui n’est pas le sien, avec le sentiment d’échouer à contrecarrer les clichés, «je ne pouvais pas m’empêcher de camper ce personnage de père qui bricole, de père qui n’a peur de rien, de père un peu brutal parfois». La vérité est la suivante : «J’étais définitivement fou de ce môme.» Grâce à quoi le Roman de Jim nous fendra le coeur à plusieurs reprises.

Plasturgie.

Aymeric est-il trop gentil, ou trop tordu? Son entourage penche pour la première hypothèse. «Sauf que je n’étais pas d’accord. Je n’étais pas d’accord avec cette idée que la gentillesse c’est l’exception. J’avais plutôt l’impression inverse, que la plupart des gens sont gentils. On dit le à longueur de temps, que les gens sont fous, que les gens sont mauvais, mais la plupart des gens sont sages, dociles, obéissants, soumis. » Un désespoir discret, presque invisible, sous-tend le Roman de Jim. Chez Paul ou à Casino, Auchan, Carrefour, les enseignes défilent. Il y a une déchetterie, une fonderie d’aluminium, une entreprise de plasturgie, tel est le monde du travail qu’Aymeric traverse. Il préfère l’intérim, pour la liberté, et le boulot en hypermarché, «moins répétitif que l’usine et moins physique que les chantiers». Et de préciser malgré tout : «Faut vraiment être un nanti pour s’imaginer que l’usine c’est forcément l’enfer. Et comment ils font, alors, tous ceux qui signent pour quarante ans ?» Mais nous ne sommes pas dans un roman du XXe siècle, chaque personnage assigné à sa classe sociale. Aymeric se met à écouter John Cage et Pierry Henry, sur sa route il y a un «un petit dealer de Montceau-les Mines» rencontré en prison (le gentil Aymeric y a passé un an), une professeure de français qui lit des mangas, «une bourgeoise de gauche» qui le considère comme un «prolo». «Prolétaire, je n’avais jamais employé ce mot. Je ne l’avais jamais entendu dans la bouche d’aucun de mes collègues de boulot. C’est le genre de mot qui ne peut être utilisé que par celui qui n’en est pas. »


Claire Devarrieux, Libération, mars 2021



Le Roman de Jim

La paternité comme paradis perdu ? Ou l’histoire déchirante d’un jeune adulte qui ne trouve pas sa place.

La paternité, ses injonctions et ses blessures ne cessent d’inspirer le romancier Pierric Bailly. Après Les Enfants des autres, qui jouait sur les codes du suspense, Le Roman de Jim accompagne Aymeric, le narrateur, pendant une bonne trentaine d’années, de sa jeunesse hésitante à une vie d’adulte qui n’en finit pas de chercher sa place. À peine sorti de l’adolescence, Aymeric fait « du business avec Titi », campant un personnage mi-voyou mi-naïf, pour se retrouver après un an de prison dans un quotidien sans aspérité. C’est là qu’il renoue avec Florence, une fille plus âgée qui l’a toujours épaté avec son esprit indépendant et son look à piercing. Mais aujourd’hui, Flo est enceinte et veut garder l’enfant en solo. Aymeric s’installe avec elle sans trop réfléchir au bébé qui va naître. Bientôt, quand le petit Jim débarque dans leur vie, Aymeric devient «fou de ce môme », envisage une longue existence à trois, évitant de réfléchir à sa légitimité. Prenant au sérieux les principes du mélodrame, Pierric Bailly va suivre son héros modeste en père de substitution, soudain poussé vers la sortie comme un intrus. Le narrateur n’élève pas la voix pour décrire les déchirures familiales, les silences, les mensonges, et déroule son histoire simple qui déchire le coeur comme une belle chanson populaire. En s’installant une nouvelle fois dans son Jura natal, l’écrivain ne croit même plus en l’apaisement de la nature. Il n’autorise pas son héros, ballotté par les échecs et la solitude, à se défendre et le laisse sur le bas-côté, entre missions d’intérim et soirées bières avec les copains. Il n’y a même plus de place pour les coups de théâtre, restent les mots de tous les jours pour dire qu’on s’aime et que, le lendemain, on ne s’aime plus.

Christine Ferniot, Télérama, mars 2021



Père malgré lui

Un roman poignant sur les liens du sang et de la paternité.

Aymeric, le narrateur, n’avait plus revu Florence depuis sept ans. Étudiant, il avait alors un job d’été dans un petit supermarché de Saint-Claude, dans le Haut Jura. Cette caissière trentenaire au look rock’n’roll impressionnait le jeune homme. Sept ans plus tard, donc, ils se retrouvent lors d’un concert. Florence a 40 ans, est enceinte de six mois, mais vit seule, toujours à Saint-Claude, où elle est infirmière. «Il n’y a pas de père», annonce-t-elle laconiquement. Malgré cet enfant à venir et les quinze ans d’écart entre eux, Aymeric et Florence se mettent à vivre ensemble. L’enfant naît, elle l’appelle Jim, et Aymeric va aimer comme son propre fils ce gamin qui le bouleverse. Les années passent, heureuses et simples. Jusqu’au jour où le père biologique de Jim refait surface. Six mois plus tôt, Christophe a perdu sa femme et leurs deux enfants dans un accident de voiture. Comment tourner le dos à cet homme détruit, au bord du gouffre ? Christophe s’installe peu à peu dans la vie du couple, commence à s’intéresser à son fils, qui trouve étrange la présence de cet ami de la famille. Aymeric lui dit la vérité. Avec Florence, ils décident de se séparer : « Ce n ’était mène pas uniquement à cause de Christophe. C’était une rupture aussi bizarre que l’avait été notre histoire, finalement. » On ne dévoilera pas plus l’intrigue du Roman de Jim, qui se déroule sur une vingtaine d’années. Après L’Homme des bois, magnifique hommage à un père disparu, et Les Enfants des autres, Pierric Bailly se penche à nouveau sur la paternité avec ce mélodrame familial aussi captivant qu’une
enquête policière. On retrouve également cette « France périphérique » dont l’écrivain s’est fait depuis ses débuts, en 2008, avec Polichinelle, l’un des peintres les plus justes. Il y a de la débrouille, des CDD, de l’intérim, des petits trafics, des existences qui chancellent, mais l’inspiration du romancier, le sens du détail et de l’ellipse, le style mêlant oralité et apparente simplicité - qui n’est pas sans rappeler Nicolas Fargues, autre auteur de talent de la maison P.O.L - transcendent la dimension sociologique. Bailly campe des personnages ordinaires aux destins extraordinaires. Il n’y a pas de coupables dans Le Roman de Jim, tout au plus des victimes emportées par des mensonges que l’on croit nécessaires et dont on devient prisonnier : « On ne comprend pas toujours la vie des autres. On commente, on juge à l’emporte-pièce, on se dit qu’on ne ferait pas la même chose si on était à leur place, mais ça ne sert à rien, puisque justement on n’est pas à leur place. » Ce roman sur l’absence, le temps qui passe, les regrets, les aveux retenus, serre le coeur. Jusqu’aux dernières pages, bouleversantes et apaisées.

Christian Authier, Le Figaro littéraire, mars 2021



Je et Jim

Aimer pour toujours un fils qui n’est pas le sien : Pierreic Bailly dévoile avec finesse dans Le Roman de Jim la complexité des émotions où nous entraîne la vie.

La première fois qu’Aymeric parle de Florence à son meilleur ami, c’est l’incompréhension : “Qu’elle ait quinze ans de plus que moi, ça il s’en foutait, mais qu’elle soit enceinte, il n’en revenait pas. Mec, t’as couché avec une femme enceinte. Ça t’a pas gêné qu’elle soit enceinte? Je veux dire, le ventre, ça t’a pas gêné ?”Voilà ce qu’observe Pierric Bailly : les hasards qui mènent un individu vers un destin ou un autre et les difficultés, ensuite, pour en parler. Alors les silence s’installent mais la vie continue tout de même, vaille que vaille. Né dans le Jura, où il réside toujours quand il n’est pas à Lyon, ce jeune auteur sait révéler toute la complexité d’un monde semi-rural qu’il connaît bien. Et depuis son premier roman en 2008, Polichinelle, Pierric Bailly séduit avant tout par sa capacité à jouer avec les genres littéraires et les registres de langue. Après un récit consacré à son père décédé, L’Homme des bois (2017), puis un texte à la limite du fantastique dans lequel un homme ne savait plus s’il avait des enfants ou non, Les Enfants des autres (2020), c’est dans un roman d’amour qu’il explore aujourd’hui le sentiment compliqué de la paternité. Parce que, après l’accouchement de Florence, Aymeric (qui a 25 ans) va aimer le petit Jim comme s’il était le sien. “J’étais définitivement fou de ce môme [...], l’idée qu’il lui arrive le moindre petit malheur m’était insupportable!" Sauf que Jim a un père biologique. Dès lors, les vies des deux hommes, de Florence et de Jim vont se construire hors de la représentation classique d’une famille traditionnelle. Une situation à la fois banale et atypique, proche de la propre enfance de l’auteur. Pierric Bailly a ingénieusement échafaudé son texte. Il dévoile les événements au compte gouttes et comme par inadvertance, avec un sens aigu de l’ellipse temporelle. Aymeric a arrêté ses études, fait un peu de prison, préfère travailler en intérim malgré la précarité. Il ne s’explique pas pourquoi il tombe amoureux de Florence, une quadra au look de rockeuse, enceinte de six mois. Aymeric n’est ni un héros ni un antihéros, mais un personnage intéressant par son désir d’indépendance, sa volonté d’échapper aux assignations. L’auteur sait montrer le déterminisme social sans verser dans le misérabilisme, et il n’y a jamais de clichés dans ce portrait d’homme à la limite de la marginalité. De même, Bailly a su restituer une oralité en évitant la facilité d’expressions toutes faites. Il signe ainsi un beau texte subtil, construit au rythme d’un protagoniste qui découvre la paternité à son insu. Il y a un an, le romancier signait, dans le numéro spécial des Inrocks “Comment ça va la France”, un texte dénonçant le manque de représentation du prolétariat rural. Un peu comme Laurent Mauvignier cet automne avec son Histoires de la nuit (Les Editions de Minuit), il montre dans ce roman la diversité et la richesse humaine d’un milieu resté longtemps sans existence littéraire, tout simplement en mettant en scène des individualités, et non une masse anonyme.


Sylvie Tanet, Les Inrockuptibles, 2021




Presque père et presque fils


Un homme, qui a élevé l’enfant de sa compagne, se retrouve brutalement séparé de lui. Avec subtilité, Pierric Bailly exprime la douleur d’une paternité contrariée.



C’est l’histoire presque banale d’un couple un peu bancal, Florence et Aymeric, que leurs quinze années d’écart et leurs vies cabossées ont étrangement rapprochés. Quand ils se sont rencontrés, elle était enceinte de six mois d’un homme marié qui ne voulait ni quitter sa femme ni reconnaître l’enfant. Quand Jim est né, Aymeric a assisté à l’accouchement puis, naturellement, est resté avec la mère et le petit garçon. Nostalgique de sa jeunesse rock’n’roll et de sa vie nomade avec un tailleur de pierre, « Flo » a trouvé un travail stable et s’est occupée de sa mère, Monique, retirée dans un hameau. Intérimaire par choix, attaché à sa liberté, Aymeric s’est de plus en plus investi dans la vie de Jim, l’emmenant en forêt pour de longues promenades, partageant ses jeux, nouant avec lui une relation forte et singulière que personne ne cherchait vraiment à qualifier. Mais quand Christophe, le père biologique de l’enfant, est réapparu au bout de dix ans après la mort brutale de sa femme et de ses enfants, tout a basculé. Intronisé parrain avant d’être complètement effacé de la vie de Jim, emmené par ses parents à Montréal, Aymeric s’est abîmé dans la solitude et une obsession mélancolique.



Hors des sentiers balisés par les liens du sang

Qu’advient-il de celui qui a élevé un enfant quand le parent biologique veut prendre une place qu’il n’a jamais occupée ? Comment faire perdurer un amour que personne ne sait nommer ? La filiation peut-elle exister hors des sentiers balisés par les liens du sang, tracés par le droit et la loi ? Ce sont les questions que pose Pierric Bailly dans Le Roman de Jim, son sixième livre. Avec subtilité, il creuse différemment des thèmes déjà abordés dans L’Homme des bois, un récit sensible sur les traces de son père retrouvé mort en forêt, et les Enfants des autres, une fiction virtuose qui jouait avec le désir de paternité et les multiples chemins que peut emprunter un individu au cours de sa vie. Sans effet spectaculaire mais avec un sens du récit qui emporte immédiatement, il suit son fragile narrateur sur une vingtaine d’années dans une géographie désormais familière à ses lecteurs : le Jura et ses forêts, les petites villes d’Oyonnax et de Saint-Claude. Jusqu’à la gare de la Part-Dieu, à Lyon, où Aymeric travaille quelques années comme vendeur de sandwiches. On notera au passage que Pierric Bailly est l’un des rares écrivains français à recruter ses personnages parmi les intérimaires, les magasiniers, les ouvriers de chantier, sans en faire pour autant le sujet principal de ses livres, ni adopter de position surplombante. « Prolo ? C’est quoi ce truc... Le terme m’évoquait de vagues cours d’histoire au lycée. Et surtout je ne m’étais jamais vu comme ça. Prolétaire, je n’avais jamais employé ce mot. Je ne l’avais jamais entendu dans la bouche d’aucun de mes collègues de boulot. C’est le genre de mot qui ne peut être utilisé que par celui qui n’en est pas un », pense Aymeric après qu’une petite amie de passage, « bourgeoise de gauche », l’a ainsi qualifié. Parce qu’il n’existe pas de mot pour le nommer et parce qu’il n’entre dans aucune case, l’amour entre Aymeric et Jim n’a pas de valeur aux yeux du monde. C’est ce lien incertain, qui se déploie dès lors qu’on n’essaie plus de le comprendre ou de le cerner, que fait exister Pierric Bailly dans Le Roman de Jim, dessinant un peu plus les contours d’un personnage qui tangue et vieillit avec lui au fil des livres.

Sophie Joubert, L’Humanité, le 17 juin 2021



Ce mystérieux sentiment de paternité

Ce roman de Pierric Bailly, dans la France des intérimaires, évoque avec une grande beauté une forme d’attachement, hors des liens du sang.

Un soir, Aymeric retrouve Florence, côtoyée naguère à la caisse d’un supermarché de Saint-Claude, dans le Haut-Jura. Il filait alors le parfait amour avec Jennyfer, étudiante en psycho comme lui, tous deux embarqués dans une vie de bohème. Il glandouillait, se cherchait sans se trouver, avant de basculer, par désoeuvrement, dans une embrouille et de finir au trou. Quand il en sort, il retrouve par hasard Florence. Elle est enceinte. Le géniteur s’est fait la malle. Elle a quinze ans de plus qu’Aymeric. Qu’importe, il emménage avec elle et accepte l’enfant, assiste à l’accouchement, assommé par la violence de la naissance. À sa grande surprise, il se découvre une vocation de père, glisse vers une forme de
tendresse. Il est prêt à élever cet enfant, au double sens du mot. À s’en occuper et à le rendre plus grand. Pierric Bailly déploie une puissance narrative peu commune. Soudain, le vrai père rapplique, anéanti par un drame personnel, hébergé par Florence. Il trouve refuge au sein de ce couple et s’incruste, peu à peu, sans qu’Aymeric parvienne à exprimer et à surmonter son malaise. Le pli est pris. L’intrus fait désormais partie de la maison. Submergé par son attachement, Aymeric fait des rêves pour cet enfant, se projette, veut son bonheur. Chez ce père adoptif qui ne trouve jamais sa place, ce gamin prend toute la place. Jim est devenu le centre de sa vie, sa raison d’être. Mais un plan machiavélique et insidieux, à infusion lente, fomenté par Florence et son ex, se met en place pour évincer Aymeric... Pierric Bailly est un auteur dis cret dont les livres ont pour cadre son Jura natal. Son sixième roman entremêle trois registres: l’errance existentielle, l’ancrage sentimental et le rejet, avant un épilogue bouleversant, digne des meilleurs mélodrames, genre qui n’est pas à mépriser quand il est servi avec autant de finesse. Il est aussi la chronique, trop peu courante dans la littérature, de la France des intérimaires. Les pages où Pierric Bailly décrit le travail d’Aymeric, vendeur à la boulangerie-pâtisserie Paul dans le hall de la gare de la Part-Dieu à Lyon, au milieu du vacarme, des voyageurs pressés et des courants d’air, sont un modèle d’empathie, de compréhension. Les rapports qu’entre tient Aymeric avec ses collègues de passage sont simples, sans illusion, frappés du sceau d’une précarité assumée, résignée, accrochés à de petits plaisirs, faute de connaître le grand bonheur. Le Roman de Jim aborde, par touches délicates et dévoilements progressifs, l’épineux et si contemporain sentiment de la paternité quand il ne relève pas des liens du sang. Pierric Bailly déploie une puissance narrative peu commune pour évoquer, de la fin de l’adolescence à la cinquantaine, un destin en demi-teinte sur fond de drame social et de désastre privé. Le retournement final, qui n’est au fond que la façon dont Aymeric a toujours suivi sa pente, est admirable de sobriété narrative, d’efficacité émotionnelle. Tout est passionnant dans le travail littéraire de Pierric Bailly. Le style, une écriture droite, percutante, qui sonne toujours juste, autant que l’histoire, une immersion en profondeur dans une catégorie sociale d’ordinaire reléguée dans l’ombre, laissée sur la touche, de peu de consistance dans l’imagi naire contemporain. Un livre très beau, très fort.


Jean-Claude Raspiengeas, La Croix, juin 2021


Agenda

Mardi 5 octobre à 19h
Pierric Bailly à la librairie À la ligne (Lorient)

Librairie À la ligne
11 rue Auguste Nayel
56100 Lorient

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Mercredi 6 octobre à 19h
Pierric Bailly à la librairie La case des Pins (Saint-Brévin-les-Pins)

Librairie La case des Pins
10 place Henri Basle
44250 Saint-Brévin-les-Pins

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Mercredi 10 novembre à 19h
Pierric Bailly à la librairie Rive Gauche (Lyon)

Librairie Rive Gauche
19 rue de Marseille
75007 Paris

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Samedi 13 et dimanche 14 novembre
Pierric Bailly et Emmanuelle Salasc au Salon du livre de Chaumont

Salon du livre de Chaumont
7-9 avenue du Maréchal Foch
52000 Chaumont

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Vidéolecture


Pierric Bailly, Le Roman de Jim, Le Roman de Jim Pierric Bailly

Son

Pierric Bailly, Le Roman de Jim, Pierric Bailly entretien avec Ilana Moryoussef 9 avril France Inter

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