Une forêt dans la tête   

Violaine Schwartz

Ce livre est le récit d’une guérison après une rupture d’anévrisme. Par la puissance des mots, le goût des chemins de traverse et de la rencontre avec l’autre. Lors d’une rupture d’anévrisme, 35 % meurent sur le coup, 35 % présentent des séquelles neurologiques, les autres n’ont rien du tout comme la narratrice. Elle peut encore faire tout ce qui lui passe par la tête, comme avant, mais avec la crainte que cela ne recommence. Tout va bien et soudain tout va mal, cette crainte l’empêche d’en profiter, la réveille toutes les nuits. Elle a quelques séquelles invisibles qu’elle s’efforce de réparer, en accumulant exercices d’orthophonie...

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Violaine Schwartz

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Littérature Critique

La narratrice d’Une forêt dans la tête se remet d’une rupture d’anévrisme sans graves séquelles hormis l’angoisse d’une récidive. Comment retrouver le sommeil ? Violaine Schwartz dépasse la peur

Buter sur les mots, les perdre, les mélanger. Se fabriquer de bégayants néologismes pour essayer de préciser une pensée qui s’égare. Renoncer, reprendre, réessayer. La narratrice d’Une forêt dans la tête, le nouveau roman de Violaine Schwartz, se remet comme elle peut de la rupture d’anévrisme qui l’a foudroyée il y a maintenant plus d’un an. Elle sait bien qu’elle a eu de la chance. « 33 % meurent sur le coup, 35% présentent des séquelles neurologiques plus ou moins graves, les autres n’ont rien du tout.» Et, rien du tout, c’est son cas. Sauf qu’il y a ces fichus mots qui s’embrouillent. Elle a essayé de reprendre son boulot de prof, mais, face aux élèves, elle a dit « “espoir” pour “histoire”, “cahiers” pour "livres” et “livres” pour “cahiers”, “produit” pour “tableau”». A l’hôpital, une orthophoniste en blouse blanche lui fait répéter de drôles de phrases où il est question de boas, de trottinettes et de boulangers qui se lèvent tôt. Ça vire au cadavre exquis ou à l’anadiplose. Marabout-bout de ficelle selle de cheval. Mais quel cheval déjà ? Chaque instant de sa vie se transforme en exercice de mémoire. Il y a de quoi être épuisée. Ce qu’elle est. Mais, dans le fond, elle sait bien que ce qui rend sa parole hésitante, ce qui la fait trébucher encore, toujours, c’est la crainte irraisonnée de la rechute, du retour du cataclysme. «Clac.» L’inquiétude est tellement empaquetée à l’intérieur qu’elle se réveille chaque nuit à l’heure de l’accident. Les insomnies s’apprivoisent. On finit par ne plus se perdre dans leurs labyrinthes. Et les paysages traversés peuvent devenir familiers. Dans ses ruminations nocturnes, à Paris, l’éveillée anxieuse d’Une forêt dans la tête a ainsi accroché l’image d’un vieux mas, perdu au bout d’un chemin juste carrossable, au-dessus d’un petit village du fond des Pyrénées, près de la frontière espagnole. C’est la maison des vacances, la maison de famille, enfin de belle-famille, pleine à craquer de souvenirs qui débordent les générations. La maison surtout du temps d’avant le choc, d’avant la chute, d’avant «l’oreiller des angoisses », et de cette étrange détresse qui ne la quitte plus. Alors, elle décide d’y partir, seule, sans mari, sans enfants : « Il faut se lancer, donc une semaine toute seule dans la grande maison au bout de la route de terre, c’est le remède idéal pour n’avoir plus peur de rien, jamais, O.K. ?»


Affolements irraisonnés

La peur est la grande affaire des livres de Violaine Schwartz. Presque toujours. La chanteuse Fréhel à qui elle rend une voix troublante dans Du vent dans la bouche (P.O.L, 2013) tenait d’un coin sombre de son enfance sa terreur des corbeaux. Dans sa pièce dethéâtre, cruelle et familiale, J’empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte (P.O.L, 2017), il y a un Docteur ès peurs qui joue l’arbitre des épouvantes. Les migrants de Papiers (P.O.L, 2019) vivent la peur au ventre. Et les affolements irraisonnés qui enflent, grandissent, dans le quotidien, la panique permanente de ne pas être à la hauteur, de ne pas faire, de ne plus savoir faire ce qu’il faut, se retrouvent dans son premier roman, La Tête en arrière (P.O.L, 2010). On y découvre une chanteuse lyrique au chômage qui a dû emménager avec sa fille dans un pavillon de banlieue appartenant à ses beaux-parents. Mais dans cette «maison du bonheur» tout se déglingue et la raison bascule. Cette chronique tragico-cynique donne en quelque sorte la réplique à Une forêt dans la tête. Même narration à la deuxième personne du singulier, entre soliloque et apostro phe. Et presque même décor. Mais le nouveau roman ouvre en grand les fenêtres. Le vieux mas catalan se trouve en pleine nature. La narratrice a beau faire une montagne de quelques tuiles cassées, d’un puisard qui déborde, craindre les vipères, redouter les orages, s’effrayer des bruits nocturnes, elle respire. Et puis, il y a ses voisins pas vraiment comme les autres. Des «yanouts » (des laineux, des chevelus) comme on dit au village, rescapés hippies, si l’on veut. Elle les connaît bien. Parmi eux, Frida, une Allemande à la quelle elle ne saurait donner d’âge, qui vit dans une cabane tout près de la maison. Quelle a été sa vie? «Moi, je voulais être libre. » Doucement, Violaine Schwartz laisse frayer son récit dans l’histoire. Tout s’en trouve bouleversé. S’arrêter, écouter, être attentif. «Et après ?» On trouvera des mots justes pour pouvoir en parler.

Extrait

«Reconstitution d’une pensée en marche, au fil de Veau. Et peut-être que c’est encore une nouvelle séquelle invisible d’avoir en permanence mille choses en tête plutôt que rien. Ou peut-être que j’ai toujours été comme ça ? Peut-être que c’est justement à cause de ces mille choses que l’artère a lâché, elle était trop petite. Tu ne sauras jamais. Tu marches dans les secrets de ton cerveau, terre inconnue plantée de Si ça se trouve. »


Xavier Houssin, Le monde des livres, mars 2021



En vert et conrte tout

Dans un texte magique, Violaine Schwartz raconte l’histoire d’une renaissance à la lisière d’une forêt de contes défaits.


« Ton cerveau est rempli de séquelles invisibles, de blessures fantômes, de neurones grillés, de vides dans les coins, de mots disparus, de brouillard givrant, de falaises à pic. » Ainsi fonctionne l’écriture de Violaine Schwartz : une accumulation d’images d’où surgit une étrange poésie. L’écrivaine, dramaturge et performeuse a choisi de nous entraîner aux côtés d’une femme victime d’une rupture d’anévrisme. Elle doit réapprivoiser son cerveau, dans la crainte de ne jamais vraiment retrouver les mots et la mémoire, et décide de rejoindre une maison de famille, à l’écart de tout dans les Pyrénées : « Cette bâtisse est complètement anachronique et délirante et anxiogène et écrasante et ruineuse et indigeste, te dis-tu en faisant le tour du mas, mais en même temps, comment ne pas l’aimer? Elle est assise dans le paysage, de toute sa puissance râblée, de toutes ses pierres usées, comme à la proue des siècles.» Dans les pensées qui agitent cette héroïne sans prénom, on retrouve le rythme du monologue éperdu du premier roman de Schwartz, La Tête en arrière (P.O.L, 2010), et l’énergie de son précédent texte, Papiers (P.O.L, 2019), qui donnait à entendre les voix de demandeur/euses d’asile. Litanies de mots, phrases répétées et remâchées, ruptures soudaines et fulgurances : « On te jette dans tes failles. Mais toi tu dis NON.» Mais ce livre, plein d’humour et de cocasserie avec le portrait de cette femme qui cherche pour la première fois de sa vie à se débrouiller seule, peut aussi être lu comme un récit d’apprentissage. L’héroïne doit affronter des épreuves, faire ses expériences d’indépendance et d’autonomie. Et les pièges sont nombreux dans la grande forêt voisine où elle peut se perdre. Surtout il y a Frida, marginale rescapée des années hippies, qui habite dans une cabane et cultive son jardin. Frida raconte sa vie d’errance, à l’opposé de celle de l’héroïne, prof parisienne, mariée et mère de famille. Le lieu qui semblait isolé se transforme en lieu de rencontre. Frida a passé son temps sur les routes avant d’atterrir ici. Un mystérieux container en provenance d’Afrique du Sud a été posé dans un champ, il y a longtemps, et personne ne sait ce qu’il contient. Et le souvenir de la Retirada, l’exode des Républicain-es espagnol es en 1939, continue à hanter les vieilles pierres des chemins.


Sylvie Tanette, Les Inrockuptibles, avril 2021

Agenda

Mercredi 21 avril à 19 heures
Violaine Schwartz à la Maison de la Poésie

La Maison de la Poésie

Passage Molière

157 rue Saint-Martin

75003 Paris

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Et aussi

Violaine Schwartz Prix "Eugène Dabit du roman populiste 2013"
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