Un chien mort après lui   

Jean Rolin

Au début de Moby Dick, Ismahel, sur le point d’embarquer, observe que le capitaine du Péquod porte le nom d’un roi biblique qui était « fameusement impie », et dont le corps fut livré aux chiens. Nombreux sont les héros de la guerre de Troie qui n’échappèrent que de justesse au même sort. Ainsi les rapports entre l’homme et le chien ne se bornent-ils pas à cette gentille histoire, aux circonstances controversées, de la domestication de l’un par l’autre : autant que la littérature universelle, les chiens errants sont là pour le prouver. Et c’est sur les traces de ces derniers – à moins que ce ne soit pour les...

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Jean Rolin

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S'il ne l'avait emprunté à Malcom Lowry – « Quelqu'un jeta un chien mort après lui dans le ravin » est l'ultime phrase d'Au-dessous du volcan –, c'est à Malaparte, «  auteur rempli d'indulgence pour les chiens […], et pour les chiens errants en particulier », prend soin de noter ici Jean Rolin, et qui écrit dans Kaputt : « Il n'y a pas de voix humaine qui puisse égaler celle des chiens dans l'expression de la douleur universelle. Aucune musique, pas même la plus pure, ne parvient à exprimer la douleur du monde aussi bien que la voix des chiens. » Mais peut-être une telle référence eût-elle été trop explicitement, trop évidemment pathétique au seuil d'un ouvrage dont, comme c'est toujours le cas avec Jean Rolin, la dimension tragique n'est qu'une composante – essentielle et secrète, donnant au livre sa tonalité tout ensemble primordiale et souterraine, affleurant à chaque page comme, dans un paysage, le minéral souvent se laisse deviner sous le tissu végétal ou urbain.
De quoi s'agit-il ? Pour le dire vite et plutôt mal, d'une sorte d'enquête sur les chiens errants à travers le monde. Et pour le dire plus justement, d'une admirable, cocasse et poignante méditation sur le destin individuel et collectif des hommes, dans laquelle le chien errant – plus exactement, le chien féral, c'est-à-dire domestiqué mais retourné à l'état sauvage – fait office de fil conducteur et de motif allégorique. Un prisme choisi par Jean Rolin en vertu de l'observation, tout à la fois très réaliste et grandement poétique, selon laquelle les chiens féraux sont, en ce début du XXIe siècle, sous toutes les latitudes où on les rencontre, « des auxiliaires de la défaite et de la désolation » : les symptômes d'un désordre à grande échelle, d'une débâcle historique récente ou en cours, d'une chute des hommes, d'un effondrement civilisationnel. Notons d'ailleurs que ces chiens dits féraux viennent ainsi tout naturellement s'inscrire au catalogue des obsessions déjà recensées de Jean Rolin : villes et villages dévastés par la guerre (Campagnes), friches urbaines et terrains vagues (Zone, La Clôture ), installations portuaires ou industrielles minées par le déclin et la ruine (Terminal Frigo)… Idées fixes qui cristallisent la mélancolie de l'écrivain et semblent constituer pour lui un répertoire de motifs récurrents assez comparables, au fond, aux crânes humains, bougies consumées, pétales fanés et autres sabliers inexorables des peintres de vanités.
À ceci près que Jean Rolin n'évolue pas dans un monde de symboles. Un monde sublime, intemporel, pathétique ou héroïque. Il est même à mille lieux de cela – aimanté par le réel dans ce qu'il offre de trivial, de dérisoire, de ridicule même. Au fil d'Un chien mort après lui, le voici qui se promène de l'île turkmène de Kizyl Su jusqu'en Australie, du Caire jusqu'en Haïti et à Baltimore, de Mexico jusqu'à Beyrouth et Baalbek, ailleurs encore. Anti-héros revendiqué, badaud faussement désinvolte, empathique et ironique, foncièrement assidu et minutieux, il observe, écoute et prend des notes. Attentif aux vies minuscules des individus et aux sagas collectives, aux chiens et aux hommes – aux rivalités meurtrières et aux connivences inattendues qui, entre eux, ne cessent de se nouer. Laissant monter en lui les réminiscences de mille lectures, où des pages de Gustave Flaubert et de Vassili Grossman se mêlent à celles d'études canines bien plus prosaïques. Tissant avec tout cela un récit formidable, tout à la fois bouleversant et porté par une drôlerie magnifique – l'humour parmi les ruines.


Nathalie Crom, Télérama semaine du 10 au 16 janvier 2009



Un chien mort après lui, de Jean Rolin : dans les creux du monde



Le monde est plein de trous, n’en déplaise aux amateurs de Google Earth. Rempli d’endroits flous, sans définition, presque sans existence officielle. Le Purgatoire ? Le vide ? Pas du tout. Ou alors pour des voyageurs sourcilleux, portés sur les lieux dûment estampillés « à voir ». Mais il se trouve des promeneurs dotés d’un œil très différent, comme l’écrivain Jean Rolin. De drôles de citoyens pour qui c’est justement dans ces angles morts que se rencontre la plus grande liberté – peut-être même la vraie vie. Depuis longtemps donc, ce baroudeur obstiné vagabonde à contresens, entre l’endroit et l’envers du décor. Qu’il se balade le long du périphérique parisien (La Clôture, POL 2002, livre formidable), ou dans les terrains vagues et les ruelles boueuses des pays les plus éloignés, Rolin fait surgir des paysages et des personnages, là où le néant semblait roi. Par la force de son écriture et par celle de son regard, il met en évidence l’intensité troublante, mais surtout la singularité de ces espaces et de leurs occupants. Y compris les derniers des derniers, partout pourchassés, méprisés, redoutés : les chiens errants. Ce sont eux, jaunâtres, efflanqués, retors à l’occasion, qui forment le fil conducteur de son dernier livre, magnifique ode à la liberté. Eux qui surgissent au détour de chaque chapitre, de la Thaïlande à l’Australie, du Liban au Turkménistan, aux États-Unis, à l’Égypte ou à la Tanzanie, pour donner corps à un idéal d’indépendance qui pourrait bien être celui de l’écrivain lui-même. Les chiens errants, dits aussi « féraux » (l’auteur insiste sur cet adjectif, dérivé de l’anglais, qui renvoie à la notion de sauvagerie), sont donc présents dans chacun des courts chapitres, tous liés à des voyages. Encore que le mot voyage, dans son acception moderne, ne soit sans doute pas le plus approprié. Peut-être quête ? Ou enquête ? Une chose est sûre : il n’y a rien de touristique, dans les déplacements de Jean Rolin. Dans certains cas, on se doute qu’il s’agit de textes écrits en marge d’un reportage (il est aussi journaliste), dans d’autres, on ne sait tout simplement pas. Et puis, quelle importance ? Le fait est que ces chapitres forment des tableaux, dans lesquels des chiens apparaissent toujours, plus ou moins à l’improviste. Ils sont là, soit au centre, soit comme les animaux représentés par certains peintres du XVIe ou du XVIIe siècle : dans un coin de la toile. Sauf qu’eux ne sont pas domestiques. C’est même la raison pour laquelle Jean Rolin s’intéresse à leur cas. « Ils enfreignent toutes les règles, et, cependant, ils sont toujours là », remarque un historien britannique installé à Valparaiso. L’auteur, pourtant, ne semble pas aimer spécialement ces bestioles – ni celles-là ni les autres, d’ailleurs, et peut-être pas plus du genre bipède que quadrupède. N’ayant pas l’épanchement facile, il lui arrive même de glisser qu’il a vaguement peur des chiens. Ce qui ne l’a pas empêché de les pister, longtemps même. Depuis au moins « une douzaine d’années », si l’on en croit une remarque faite en passant, dans un paragraphe consacré au « Bureau pour la destruction des chiens sauvages » de Broken Hill, Australie. Qu’ils soient accusateurs, protecteurs, annonciateurs de catastrophes, liés à la guerre (souvent) ou capables d’exprimer la douleur « mieux que la voix humaine ne saurait le faire », les chiens sont toujours là, presque invisibles et cependant à l’affût. Exactement comme Jean Rolin, qui traque ses proies, les attend, les devine. Les flaire, pour ainsi dire. « À force de rechercher dans des textes les occurrences de chiens errants, on finit par développer [...] une sorte d’instinct, ou d’expérience, qui à plusieurs lignes de distance vous fait pressentir leur apparition imminente  ». Inscrit dans une longue tradition, il les déniche dans la littérature (L’Iliade, Flaubert, Beaudelaire, Malaparte), dans des études savantes, dans des conversations avec des autochtones, mais aussi dans ses propres rêves et, naturellement, sur le terrain, c’est-à-dire pas tout à fait n’importe où : les chiens errants se rencontrent rarement sur les Champs-Élysées – plutôt dans le genre de lieux qui aimantent Jean Rolin : un « parking inachevé » à Bangkok, des « ruines industrielles » en Égypte, un cratère dont les abords « sont envahis d’herbes folles » au Liban, une décharge urbaine à Mexico et même le Hilton de l’aéroport, à Miami. Plus les lieux sont vagues et plus l’écriture se fait précise, fournissant à la fois des détails scientifiques et des descriptions extraordinaires. En quelques lignes, l’écrivain brosse des fresques apparemment immobiles, où l’on sent pourtant frémir la vie. C’est qu’au milieu des terrains vagues, en bordure des périphériques, sur les décharges ou les places désertes, se tient l’auteur qui regarde. Et qui commente, se souvient (anecdotes, histoires entendues, voyages antérieurs, conversations), observe les moindres mouvements des bêtes et des gens – lesquels traversent le décor, parlent ou ne parlent pas, puis disparaissent. Le « je » de l’écrivain, tantôt très discret, tantôt présent (ironique, gêné, vexé ou mélancolique) constitue le pivot de ces scènes informelles (jamais informes) qui fournissent mille informations sur les pays traversés. À travers les chiens et la manière dont on les (mal)traite, Rolin saisit toute une humanité passagère, à la fois éphémère et profondément vivante. Des anciens révolutionnaires haïtiens jusqu’aux touristes allemands, au cireur de chaussures mexicain Juan Chávez ou aux vendeurs ambulants (sorte de pendants humains des chiens errants), l’écrivain dessine un panorama de l’errance. Lui-même se déplace d’une pièce à l’autre de la mosaïque, d’un genre à l’autre (étude, enquête, fiction, journalisme) en toute liberté, ne craignant ni l’irrévérence ni les réflexions politiquement incorrectes. Normal, les creux du monde sont faits pour ça : abriter les chiens errants et les écrivains sans laisse ni collier.


Raphaëlle Rérolle, Le Monde des Livres, 09 janvier 2009



Vies de chien par Jean Rolin



Il n’est pas si surprenant que l’un des plus grands écrivains français d’aujourd’hui, cependant méconnu comme tel, ait consacré plusieurs mois de sa vie à arpenter la planète dans le seul but d’apercevoir, dans des quartiers qui feraient passer la dalle d’une cité de la Seine-Saint-Denis pour le parvis du château de Versailles, des cadors infestés de puces et prêts à lui sauter dessus comme un jambon possible. Les chiens errants : pour leur évidente ressemblance avec sa propre personne (moins dangereux que le dingo australien, le Rolin n’a pas moins la bougeotte que cette aimable créature), l’auteur de L’Explosion de la durite devait fatalement s’emparer du sujet, tel l’employé des fourrières, pour l’y mettre en cage. C’est que Jean Rolin a toujours aimé fréquenter les mêmes zones littéralement calamiteuses, de préférence portuaires, en tout cas sinistres et éventuellement ravagées par des conflits en cours. Le décor préféré du chien, comme de Jean Rolin, est, on le sait, le terrain vague. Il était donc bien naturel qu’au détour de quelque favela les deux se toisent, et se serrent la main. Du comportement général du chien errant, on tirera, avec Jean Rolin, cette conclusion d’abord qu’il est, notamment dans les pays en guerre, un « auxiliaire du désastre ». Sa condition varie selon les hémisphères. Mais fût-il pris en chasse, comme dans le bush australien (Rolin, participant à l’hallali, dit avoir craint surtout de prendre part au massacre), ou condamné à mort par pendaison, comme au Pérou, par les guerriers du Sentier lumineux, au motif que se cacheraient, sous leur patibulaire apparence, de méchants trotskistes caressant de nuisibles desseins, c’est le principal enseignement de son récit que de montrer que l’homme, dans les contrées où ces canidés sans foi ni loi pullulent, mène aussi une vie de chien. Seriez-vous cependant indifférent au destin de ces animaux, victimes de toutes les barbaries possibles, qu’il vous resterait encore à vous émouvoir du sort, parfois guère plus enviable, du narrateur. On signale, parmi d’innombrables morceaux de bravoure, la visite de l’auteur au Spanky’s, un bar à putes thaïlandais où une fille, exagérément mineure, vint demander à l’écrivain pourquoi il avait l’air si désespérément triste, mine motivée sans doute par le souci de l’intéressé de rester aussi détaché que possible tandis que la fille se collait littéralement à lui. Ou son improbable rencontre avec un certain « Monsieur Ossama », en son bureau du département des Antiquités égyptiennes, Rolin expliquant, en pleine Coupe du Monde de Football, son projet de tourner un film à Saqqarah, « composé uniquement de longs plans fixes » et intitulé « Gustave Flaubert chasse le chien au Caire ». C’est drôle, saisissant, passionnant. Mordant ?


Didier Jacob, Le Nouvel Observateur



Rolin a du chien



De Beyrouth à Lyon-Perrache, l'écrivain suit les chiens jaunes pour parler du terrain vague de l'espèce humaine.
Pas plus que le soleil ou la mort, l'événement ne semble pouvoir être regardé fixement : il n'y a que les imbéciles et les éditorialistes pour avoir l'indélicatesse de croire qu'il ne les aveuglera pas. Depuis La Ligne de front, Jean Rolin l'observe de manière oblique, en contemplant absolument un coin de la scène, de guerre, d'abandon ou de désolation. Il l'expliquait fort bien, en 2003, dans Chrétiens, en débutant sa description de Gaza par celle d'une relique de la taille d'une cuisse de poulet, attribuée à l'ermite grec saint Porphyre qui imposa difficilement sa religion à la ville : « Gaza est un si gros morceau qu'il peut paraître inconvenant de s'y attaquer avec la description d'un petit os. Mais mon entreprise n'est-elle pas dans son ensemble inconvenante et hors d'échelle ? » C'est précisément l'inconvenance de cette perpétuelle digression qui fait tout l'à-propos de l'écrivain, et sa sortie d'échelle qui, par la précision distanciée du regard et la matière ironique de phrases aux incises proustiennes, la rétablit dans sa justesse. En résumé, c'est par l'immersion dans le détail que les mots de Rolin remontent, comme les bulles lâchées par le plongeur, vers le tout. Le Cubain José Martí affirmait que « toute la gloire du monde se trouve dans un grain de maïs ». Et toute sa misère et son absurdité, pourrait-on ajouter, dans les déplacements ou les aboiements d'un chien.



Féraux



Un chien mort après lui évoque ce pauvre monde à travers les chiens errants, ou chiens jaunes, ou féraux, adjectif qui selon Rolin viendrait de l'anglais feral, mais qui semble d'abord inspiré par le latin ferus (sauvage, non apprivoisé). La liberté inquiétante et déplacée de ces animaux, qu'ils soient solitaires ou en meute, appartient plutôt à la nuit, à la mort, aux ruines, aux cadavres qu'ils dévorent en se les disputant comme dans le songe d'Athalie, ou, plus simplement, au vide et à la jachère humaine. Ils nous informent sur la vie des hommes de même que Moby Dick, cité à plusieurs reprises. Rolin les utilise d'ailleurs comme Melville sa baleine blanche : moins comme prétextes que comme obsession et probablement symboles de sa propre façon d'envisager le monde, ils ne paraissent dormir, aboyer ou mordre, que pour mieux révéler un tableau inattendu, et au désespoir plein de tact, d'Edward Hopper. Une scène significative du livre, et de la façon dont Rolin subit et caresse l'événement, est celle où un combattant du Hezbollah raconte comment il a donné sa dernière boîte de thon à un chien affamé, expliquant : « i j'ai montré de la pitié pour ce chien, peut-être Dieu en montrera-t-il pour moi-même. » L'histoire vient d'une dépêche de l'AFP, et l'écrivain s'empresse d'ajouter que, dans un village voisin, le même journaliste « avait rencontré une vache à la recherche de nourriture dans une cuisine abandonnée, des chevaux errant sans but le long de la rue principale, et même un âne brayant à fendre l'âme, une de ses pattes coincée dans un écheveau de fil de fer, sans que le sort des uns ou des autres émeuve le moins du monde le responsable local, plus gradé, du Hezbollah ». Il faut attendre la page 190 pour apprendre, ou se rappeler, que le titre est tiré de la dernière phrase d'Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry, dans la traduction classique (« Folio ») de Stephen Spriel et Clarisse Francillon. Le consul crie et meurt en tombant, puis « quelqu'un jeta un chien mort après lui dans le ravin ». Il est heureux que Rolin ait retenu cette traduction. Celle plus récente de Jacques Darras (Grasset, « Cahiers rouges »), « quelqu'un balança un cadavre de chien derrière lui, dans le ravin », l'aurait privé d'un excellent titre.


Rhétoriques


La plupart des bêtes que Rolin observe ne sont pas mortes, même si elles errent dans des ravins. Il distingue entre les « chiens rhétoriques », qui par leurs actes doivent rappeler l'homme à son désastre (il en retrouve les traces dans L'Iliade, la Bible ou chez Malaparte) et les chiens réels qui, le plus souvent, comme chez Flaubert et comme tout écrivain, ne font rien. Il suit ceux-ci (ou s'en éloigne) sur la Caspienne, à Lyon-Perrache, en Tanzanie, à Moscou, en Thaïlande, à Mexico, à Santiago du Chili, au Caire, en Mongolie, à Baltimore et à Athènes, en Australie, et, avant tout, au Liban pendant la guerre de 2006 qui opposa Israël au Hezbollah. La manière dont il les (et se) décrit dans leur environnement est à la fois minutieuse et liquide : la scène canine baigne dans la lenteur des phrases comme un souvenir dans une conscience infiniment sensible et solitaire. Elle se décompose et se recompose par les mots, appositions, conjonctives, et leurs élégants détours finissent par ressusciter non pas le temps, mais l'humanité – momentanément – perdue.


Philippe Lançon, Libération, 22 janvier 2009


Et aussi

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