Les Merveilles du monde   

Célia Houdart

Igor est un photographe, il vit en Suisse, à Lausanne. Il a des amis, des voisins, une mère, deux plus jeunes demi-frères qui sont champions de natation. Son père s’est noyé quand il était petit. Son existence offre toutes les apparences de la tranquillité, et de fait elle est tranquille. Un jour, il va au Mexique photographier les paysages, en vue d’un livre avec un écrivain de ses amis. Il y rencontre une femme plus âgée que lui, la quarantaine, avec qui il va manquer se perdre dans le désert. Ils vivent un amour discret, confiant, à distance parce qu’elle vit en Espagne.
Un jour il se noie. On ne retrouve pas son corps.
Après, son amie vient passer une nuit dans son...

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Célia Houdart

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La presse

Vous avez ouvert ce tout petit roman. Il vous a fait une toute petite heure de train, trois ou quatre parcours de tram ou de métro. Vous le refermez. Et là vous mesurez la distance immense qu'il vous a fait parcourir. Vous n'avez rien vu venir. Igor, photographe, qui doit quitter Douarnenez pour sa maison familliale de Vevey, dont les fenêtres ont été brisées par un orage. L'écriture très lisse de Célia Houdard nous fait glisser du présent au passé et de la Suisse au Mexique. Il faut être une magicienne pour jouer ainsi sur la porosité de l'espace et du temps, juste en suggérant, par fragments éclatés. On se croyait embarqué dans un livre intimiste, nous voici dans un road movie dans le désert. L'amour va modifier les échelles de sensibilité, révélant les merveilles du monde (le journal de Marco Polo), dans un miracle d'apparitions fabuleuses.



Daniel Morvan, Ouest-France,18 Novembre 2007



Le monde, merveilleux


"Il éprouvait une sensation d'inconnu et de bonheur. "

Cette phrase de Célia Houdart à propos d'Igor, son personnage, s'applique aussi merveilleusement au lecteur des Merveilles du monde. Il ne sait trop où l'auteur le conduit mais n'en a pas besoin tant le roman est d'agréable compagnie. Un amour, des rencontres, des voyages prennent forme dans des regards posés d'une écriture claire, précise l'appareil photo est un Hasselblad, le lave-linge un Indesit, les sacs viennent de la Migros –, irisée de lumière sur les choses les plus simples : on mange des groseilles achetées au marché.

Suisse et photographe, Igor à pris ses quartiers en Bretagne le temps d'un livre sur le Mexique. Il adore la natation, à un petit cheval de terre cuite. L'orage qui a fait exploser les vitres de son appartement à Vevey le plonge dans son passé. Sa rencontre avec Monica notamment, deux ans plus tôt, à Tijuana, ville-frontière mexicaine, leur complicité immédiate. Leur expédition harassante là-bas. Puis le retour. Et le présent fendillé par la grêle. Dans ce livre clin d'œil à Marco Polo, Célia Houdart ne dit pas tout, laisse des blancs. Une sensation d'inconnue et de bonheur de bout en bout.

Lucie Cauwe, Le Soir, vendredi 12 octobre 2007



C'est un livre mince et bizarre dont on ne peut dévoiler toutes les facettes tant il convient d'en préserver les nombreux mystères. Alors qu'il se retrouve en Bretagne où il travaille à un album sur le Mexique avec un ami écrivain, Igor, photographe de son état, apprend qu'un orage à brisé toutes les fenêtres de l'immeuble où il vit en Suisse. À Vevey, le héros du premier roman de Célia Houdart habite un appartement qui a toujours l'air en cours d 'aménagement ou sur le point d'être quitté. Voici un homme pas encore trentenaire qui a perdu son père lorsqu'il avait sept ans et dont la mère lui a ensuite donné deux demi-frères, des jumeaux champions de Suisse de natation. Igor a en sa possession un petit cheval qui lui rappelle le Mexique. A Tijuana, deux ans plus tôt, il a fait la connaissance de la rousse Monica. Espagnole et plus âgée que lui, celle-ci est chercheuse en biologie tropicale. Avec finesse, Célia Houdart relie les fils d'une étrange histoire d'amour et de voyages, prenant soin de laisser des blancs, de multiplier les détails apparemment anodins. Le résultat ne se laisse pas oublier.

Alexandre Fillon, Madame Figaro, 6 octobre 2007




Sur les ailes du mystère

Igor a 27 ans et va rencontrer une biologiste espagnole de quinze ans son aînée au cours d'un périple au Mexique, où le désert abîme ses yeux – qui sont d'autant plus précieux qu'il est photographe. Entre elle et lui se noue une relation que Célia Houdart ne définit jamais, comme si la nommer la trahissait.

Cette jeune romancière fixe sur la page un peu du mystère de la vie tout en le gardant frémissant, sans lui couper ses ailes. Elle relate des hasards qui n'en sont pas forcément, et qui se croisent sous sa plume telle des étoiles filantes. Ainsi, Igor a reçu pour le Nouvel-An une vieille édition russe du journal de voyage de Marco Polo, Le livre des merveilles du monde. Qu'a-t-il pensé de ce cadeau ? On n'en saura rien, mais ce récit entre en écho avec sa propre trajectoire.

Igor avait une imagination « abracadabrante », disait sa mère. Lorsqu'il a disparu, le monde a continué à tourner, comme il le fait après tout décès. Célia Houdart mesure le temps passé depuis le départ de son héros en observant la progression des moisissures d'un fromage, le travail des fourmis, l'usure d'un tapis. Son écriture parfaitement sobre et elliptique émerveille en plongeant dans le kaléidoscope d'une existence.

Élisabeth Vust, 24 Heures, 8 septembre 2007



L'éveil au monde



Célia Houdart saisit ce qui nous échappe de la marche du monde, avec un premier roman à la beauté mystérieuse.



Les Merveilles du monde, le premier roman de Célia Houdart, s'ouvre sur un orage suisse : une pluie de grêlons a brisé toutes les vitres d'un immeuble à Vevey. L'image est assez belle, et d'autant plus saisissante qu'elle est évoquée avec la délicatesse d'une écriture sans effets apparents, toute en douceur et ligne claire : le ton est immédiatement donné, de ce petit livre troublant qui d'abord intrigue, puis enchante durablement. Normalienne, bardée de diplômes et engagée dans de multiples actions artistiques, Célia Houdart s'y révèle une prosatrice élégante et presque modeste, dont la voix n'a pas besoin de s'élever haut pour atteindre au mystère de l'essentiel. L'essentiel ? Les Merveilles du monde est une histoire d'amour et de fantômes, dont le héros passe comme une silhouette fragile, à peine découpée sur le fond mouvant d'une nature omniprésente, partout offerte à la minutie des descriptions. Igor est ce passant, cet homme qui sait aussi regarder : il est photographe et doit quitter la Bretagne pour rejoindre son appartement de Vevey, puisque les fenêtres en sont brisées. La frontière semble ainsi s'effacer entre le dehors et le dedans, mais aussi entre le rêve et la réalité, les souvenirs et le présent flou d'un récit dont on ne sait plus très bien vers quelle destination il nous embarque… Car Les Merveilles du monde est aussi un livre de voyage, dont le titre fait d'ailleurs écho au journal de Marco Polo (Le Livre des merveilles du monde), que son ami Martin a offert à Igor dans une vieille édition russe. Le roman glisse ainsi du quotidien du jeune photographe au récit d'un séjour au Mexique où il a fait l'expérience du désert et rencontré une chercheuse espagnole en biologie tropicale, Monica, avec laquelle s'est nouée une relation de connivence assez singulière. De Tijuana au retour à Vevey, deux années ont passé, mais le roman fait coïncider ces lieux à priori opposés dans l'espace commun d'un monde de demi-songe : l'amour semble trouer le temps et les distances, comme la pluie aura percé les fenêtres…

D'une notation à l'autre, dans l'apparent discontinu d'une écriture volontiers fragmentaire, Célia Houdart réussit à donner l'impression d'un univers où l'infime communique avec l'immensité des ciels et des paysages, où les êtres retrouvent une forme de relation particulière avec les éléments. Et quand Igor disparaît, il n'y a pas de rupture, à peine un vide : le monde continue discrètement son cycle de merveilles, nous laissant aussi ébahis que devant une photographie d'Edward Weston.

La beauté définitivement mystérieuse du roman tient à ce paradoxe : ses mots savent retrouver le silence d'un regard, et l'artifice de la composition s'oublie devant l'évidence des plus simples révélations. Quelque chose apparaît alors, qui suffit à faire de la phrase la plus banale une épiphanie : « Ils burent du sirop de sureau dans l'appartement vide. » C'est assez pour atteindre à la justesse, comme à la poésie.



Fabrice Gabriel, Les Inrockuptibles, 21 août 2007




Les particules du quotidien



Quand la sensibilité d'un photographe se trouve modifié par un orage.



Depuis un orage qui à brisé les vitres de son appartement, Igor perçoit le monde de manière étrange. Comme si la sensibilité de son œil de photographe avait été décuplée. « Il découvrait un réel prismatique, composé de souvenirs minces, miroitants, fugitifs, aussi peu visible que des écailles de poisson sur le bord d'un évier. »

Igor qui vient de rentrer chez lui sur les bords du lac Léman, après un séjour en Bretagne, prête une attention nouvelle aux pensées banales et incongrues qui le traversent – comme elles nous traversent tous en continu sans qu'on s'y arrête. Des détails et des scènes du quotidien – une dame à sac à dos qui réclame son siège sur lequel Igor s'est assis dans le TGV, un emballage d'esquimau suçoté par des guêpes au pieds d'une poubelle – s'impriment sur sa rétine. Toutes ces infimes particules de réel et la façon dont elles sont agencées forment un monde, celui d'Igor, qui en dit plus sur lui que s'il se confessait.

On pourrait appliquer à ce roman une remarque qu'Igor et Monica, son amie mexicaine, se font à propos de leurs conversation téléphoniques, « frappés par la quantité de choses » qu'il arrivent à dire en si peu de mots « et en parlant si peu d'eux-mêmes ». Qualité rare chez un auteur de premier roman, Célia Houdart manie avec infiniment de doigté l'art de la litote, cette façon de faire entendre le plus en disant le moins.

À cet égard, la centaine de petites pages qui compose ce récit très abouti n'a pas volé son titre qui fait écho à celui du journal de voyage de Marco Polo qu'un ami avait offert à Igor pour le nouvel An, Le livre de merveilles du monde. Sans jamais parler de sentiments, Célia Houdart raconte aussi une histoire d'amour où l'on comprend que, lorsque deux êtres s'aiment, leurs mondes intérieurs s'attirent, se reflètent et s'entrecroisent, même quand l'un ou l'autre s'absente.



Astrid de Larminat, Le Figaro, 5 septembre 2007



Un orage qui pulvérise toutes les fenêtres d'un photographe suisse peut changer la vie. Peut changer, surtout la perception qu'on en a . C'est sur cette proposition simple que tient le roman de Célia Houdart. Igor est photographe à Vevey, et quand il rentre chez lui pour constater les dégâts, il s'aperçoit que la lumière, et son reflet sur les choses, on pris un autre aspect. Il s'aperçoit qu'il marche sur un sol incrusté d'impalpables morceaux de verre. La poussière elle-même scintille, pare l'appartement de reflets inattendus. Il a l'œil. « Depuis l'orage tout se passait comme s'il ne percevait plus le monde qu'au travers de paillette de verre qui irisaient la surface des objets de chez lui. Il découvrait un réel prismatique, composé de souvenirs minces, miroitants, fugitifs, aussi peu visibles que des écailles de poisson sur le bord d'un évier. » De la perception à la sensation, de la sensation au souvenir, c'est tout le « fonctionnement de sa mémoire et de sa pensée » qui deviennent « inédits ». Deux ans auparavant, au Mexique, il a rencontré Monica, une botaniste qui herborisait dans les montagnes désertes. Le soleil l'a presque rendu aveugle. Elle l'a sauvé. Peu à peu leur amour s'est mué en amour véritable. C'est précisément quelques jours après l'orage qu'il lui demande de la rejoindre.

Voyage au désert, vers le centre aveugle de lui-même ? Orage et changement de vision qui peut-être l'amène à prendre conscience d'un autre coup de foudre ? Ces repères ne rendent pas compte de la fascination énigmatique qu'exerce cette fiction minimale. Probablement parce que ce « récit de vue », cette prise à bras-le-corps du monde rendu à son état merveilleux par cette traversée du noir, par cette abolition des parois de verre qui séparent l'œil du réel et dont les débris illuminent les choses, se conjuguent avec l'irruption de l'amour. Tout cela scellera le destin d'Igor, qui, lui aussi, s'enfonce dans le fantastique qu'à su installer, sans effets spéciaux, l'écriture de Célia Houdart.



Alain Nicolas, L'Humanité, le 5 septembre 2007



Igor, photographe, retrouve sa maison de Vevey, en Suisse, dévastée par une tempête. De cet événement infime (le livre est fait de micro-événements rétrospectivement révélateurs), Célia Houdart fait l'ouverture d'un roman fragmenté, elliptique. Discussion avec son meilleur ami, retour sur l'épisode marquant de la vie d'Igor, la noyade de son père : le récit est truffé de petits signes auxquels on ne prête attention et qui imprègnent l'esprit, échos subtils, une fois le livre reposé. Igor part au Mexique pour une séance de photos et y rencontre Monica. De retour à Lausanne, où il vit, il continue sa relation amoureuse à distance. Mais rien n'y fait, la vie tranquille d'Igor reste trop grande pour lui. À son tour, il disparaît dans l'eau. On ne sait par quelle magie Célia Houdart noue le destin tragique d'Igor, mais la beauté qui réside dans les plis de ce roman silencieux en fait l'un des plus surprenants de la saison.



Flavor, septembre 2007



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