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Les Algues   

Nicolas Bouyssi

Un narrateur dépressif revient à la morte-saison passer quelques jours de vacances dans une station bretonne qu'il a connue autrefois. Dans l'hôtel, dans les rues du village, au bord de la mer, il promène sa pusillanimité et son mal à vivre parmi un échantillonnage d'humains particulièrement peu attirants : la patronne de l'hôtel où il est descendu, les quelques clients qui restent, une serveuse qui ne va pas tarder à mourir dans des conditions suspectes, quelques habitants du village, une bande de jeunes évidemment désœuvrés. Tout cela est d'une tristesse sans nom cependant poussée à son comble et au-delà par ce que l'on devine de la folie du personnage principal qui cache dans sa chambre deux poupée grandeur nature dont l’une, Elisabeth, lui tient lieu de...

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Nicolas Bouyssi

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La presse

Algues toxiques

Psychose(s) dans une bourgade au bord de la Manche. Nicolas Bouyssi ordonne un thriller au ralenti formidablement inquiétant.

En quelques romans, Nicolas Bouyssi s'est fait le conteur des quotidiens qui pètent et des vies qu'on largue. Chez l'écrivain de 39 ans, l'ordinaire s'effrite soudain sans raison, au hasard d'une dissonance existentielle, pour aller faire peau neuve dans les marges. C'était vrai dans son précédent roman, En plein vent, prétexte à une fugue forestière aux accents diététiques ; le cas encore dans Gris, où un homme mène une vie faite de petits larcins. Mais au fond, peu importe la cassure, les raisons qui y ont mené. La fiction tourne ici toute entière autour d'un statut qu'affectionne depuis toujours la littérature : le personnage d'inadapté. Aussi n'est-on pas surpris en découvrant l'inquiétant pensionnaire qu'abrite Les Algues, prototype du personnage incataloguable, rétif aux étiquettes.
En vacances dans une bourgade de bord de mer (la Manche), ce héros très discret ne présente pas la seule particularité d'héberger dans sa chambre d'hôtel deux êtres étrangement mutiques. Chaque journée va s'accompagner de rituels (qui ne tardent pas à prendre la forme de tocs), partagée entre virées sur la plage et tours au centre Leclerc ; l'activité principale de cet être reptilien consistant en une inspection maniaque des lieux et de ses pensionnaires. Mais avant que l'observation assidue d'une poignée de vacanciers échoués dans un hôtel (un couple d'octogénaires, un militaire, une serveuse) ne se mue en filature pour s'achever en trip psychotique, ces Algues vont d'abord donner à voir une glaçante pantomime sociale.
Sous la trame sèche des mots, Bouyssi décrit un monde aphasique, mais n'en déploie pas moins une micro-société ultracontemporaine. Tels des pantins à la mécanique exubérante, les personnages figurent une sociologie made in France : la bande de jeunes vandales, le maire sévissant; la population apeurée et enfin les médias, metteurs en scène cyniques et paternalistes de ce thriller social. Bien que Les Algues se prémunisse contre toutes les formes de discours (ce qui fait parfois sa limite) par une écriture blanche, toute à la fois méthodique et suffocante, sa flambée finale signifie clairement à quel bord l'auteur appartient. Chez Bouyssi, il ne fait pas un pli que la norme et l'autorité sont les ennemis à abattre.
C'est à nulle autre adversité que l'artiste (le romancier) doit faire face. Le héros des Algues incarne cette monstruosité ordinaire, pour qui retourner à la société normative reviendrait à faire semblant. Tous les héros de Bouyssi sont cousins, dont leur refus subit de tricher plus longtemps avec eux-mêmes, mais aussi dans la solitude qui s'ouvre alors. Reste à ces âmes marginales du temps à l'état pur, un temps pour promener leurs regards sur le monde. Concernant notre écrivain, ce regard est implacable, rivé à la folie de rendre compte de tous les détails, de ne délaisser aucune parcelle du réel. Il en découle un monde ralenti, rendu stupide, qui reste longtemps après la lecture, comme une persistance rétinienne.

Emily Barnett, Les Inrockuptibles, 24 mars 2010.

Une minuscule station balnéaire bretonne, à la mi-mars. Le narrateur y passe quelques jours mornes et gris, dans un hôtel miteux quasi désert. Seul, malgré la présence étrange de Pierre et d'Élisabeth qui partagent sa chambre, il observe tout et tous, prend des notes détaillées, se fait le plus discret possible, mais ne dévoile rien de ses intentions. Pourquoi a-t-il choisi cet endroit ? Pourquoi a-t-il quitté Metz ? Pourquoi achète-t-il des tournevis ? Est-ce lui qui ne tourne pas rond ? Ou les autres, tous un peu étranges dès qu'on les scrute sans bienveillance ?
Voici le quatrième roman d'un jeune auteur qui a commencé avec Le Gris (NB juin 2007) et qui, depuis, imagine régulièrement un narrateur trentenaire en rupture avec son passé. Ici, la sexualité (l'asexualité?) minimaliste, l'errance en boucle et le besoin de repères, la répétition d'actes anodins et inutiles créent un sentiment étrange, un peu angoissant qui donne envie d'en savoir plus et de percer le mystère. Le style est abrupt, rapide, mais la phrase s'amplifie quand il faut que s'accumulent les détails. On est entraîné malgré soi dans l'attente d'une révélation, d'une explication...

M. C. Arnould, Notes Bibliographiques, mai 2010.


Et aussi

Séminaire sur la peur, un film de Nicolas Bouyssi
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