Le Livre des ciels   

Leslie Kaplan

Ce livre est l’histoire d’une rencontre dans un monde où même la douleur peut être confisquée, et où les sentiments – certainement la passion est là – flottent à l’état pur, sans objet.

 

 

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Leslie Kaplan

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Leslie Kaplan : du blues


L'usine, en littérature, a eu ses morceaux de bravoure : hier Henri Poulaille ou Geores Navel, et, maintenant, des gens comme François Bon ou Robert Linhart. A la liste, il faudra ajouter Leslie Kaplan. L'an dernier, POL publiait son premier livre, l'Excès-l'usine, de courts poèmes en prose qui sonnaient comme le blues du prolétariat des années 80, de l'hyperréalisme embouti sur la tôle des ateliers et des hangars, la réalité froide du turbin métro-boulot.


Voici le deuxième titre de Leslie Kaplan : le Livre des ciels, décors de raffineries, rythme des machines, usines de femmes, baraquements, faubourgs gris d'une ville ouvrière... C'est là que Leslie Kaplan traque son morceau de ciel, à peine plus haut que les murs des entrepôts. L'écriture est de bout en bout ramassée. Pas de métaphores, c'est réservé aux riches, pas d'effets, pas de faux ourlets. Rien que la précision du regard, des coups de seonde dans une réalité qui devient hallucinante à force d'immobilité : du travail de poinçonneuse.


Qu'est-ce que c'est, être une femme, lorsqu'on doit vivre entre la sécu du samedi matin, une centrale EDF et le canal sinistre d'une manufacture ? Une ouvrière, c'est quoi ? Ses rêves ? Son coeur ? Son regard ? Son corps ? Comment vivre tout ça ? Comment le dire ? Et l'amour, là-dedans ? « Ce livre, dit Leslie Kaplan, est l'histoire d'une rencontre dans un monde où même la douleur peut être confisquée, et où les sentiments flottent, comme à l'état pur, sans objet. » Bref, de la poésie au ras du béton, brut de brut, prisonnière dans un univers barricadé : cinglant d'authenticité.


A. C., Les Nouvelles Littéraires, juin 1983



Un monde où même la douleur peut être confisquée


Le Livre des Ciels : cent treize pages se succèdent lentement, comme varie au fil du jour l'intensité de la lumière. Livre au rythme presque immobile.


Chaque page est en elle-même une entité d'une précision parfaite, le moindre mot ne saurait être déplacé d'un signe. C'est cette évidence, cette rigueur, qui confère à l'écriture de Leslie Kaplan sa beauté, sa violence aussi. Il s'agit là d'une écriture de la pauvreté, qui, inlassablment, nous confronte à la limite des mots, plus à l'impossibilité de nommer.


« Ce livre » dit-on, « est l'histoire d'une rencontre dans un monde où même la douleur peut être confisquée, et où les sentiments - certainement la passion est là - flottant à l'état pur, sans objet ». Le monde dont il est question, c'est l'usine et les temps qui la précèdent ou la suivent : l'alimentation, les trajets, le repos. Leslie Kaplan renoue ici avec l'univers d'un premier et très beau texte ; L'excès-l'usine (Hachette POL). A nouveau, l'usine apparaît comme un espace incernable, mais cette fois il a pour contrepoint le ciel, ou plutôt les ciels. Et, la perception de cet espace illimité également, mais foncièrement mobile, renforce la pesanteur du vécu de la narratrice : « Le ciel est souvent particulier, mauve. Couleur puissante, elle surprend. C'est l'industrie. On longe les murs, on pousse le vélo. Les murs sont calmes, tranquilles, un vrai langage. Il y a des déchets partout. Ce n'est pas désagréable, comme une attente, plutôt ».


Il existe aussi comme d'étroites plages de repos dans ce livre, la description d'une femme au marché, ou encore celle d'une enfant jouant sur une place. Ces instants redonnent à la narratrice une identité ; ce qu'elle voit, personne ne la verrait de cette façon là. « Elle arrive, souple, portant un panier profond, elle s'installe. Elle triomphe avec son regard. Son fils l'accompagne, grand aussi, très musclé. Il doit l'aider pour la vente. Il a des lunettes cerclées et il a l'air de ne voir qu'elle ». Puis à nouveau, celle qui parle ne se distingue plus de ce dont elle parle, son individualité ne tient parfois qu'à l'énonciation des vêtements qu'elle porte.


L'usine, le sujet n'est pas nouveau. La démarche de Leslie Kaplan, elle, est unique. Loin de tenir un discours sociologique, ouvriériste, ou autre, sur l'usine, elle forge une écriture qui se confond avec son sujet. C'est dans l'agencement des mots que se lit l'usine, dans la perception infiniment morcelée de la narratrice. En cela Le Livre des ciels est un livre magistral.


Nathalie Daladier, Le Magazine Littéraire, mai 1983


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