— Paul Otchakovsky-Laurens

Quitter l’Ouest

Patrice Robin

Patrice Robin a passé son enfance et son adolescence dans l’ouest de la France, région dont il s’est éloigné progressivement à compter de ses 18 ans. Un éloignement géographique, mais aussi social et culturel, de sa famille de petits commerçants et d’artisans. Il a fait de cet éloignement social, conséquence d’un choix de vie professionnelle précaire, tout entière centrée autour de l’écriture, le sujet d’un de ses livres précédents, Le Commerce du père (2009). C’est celui d’ordre culturel qu’il tente de dire aujourd’hui dans Quitter l’Ouest, et cela à l’occasion de son...

Voir tout le résumé du livre ↓

Consulter les premières pages de l'ouvrage Quitter l’Ouest

Feuilleter ce livre en ligne

 

La presse

QUITTER L’OUEST

« Peut-on quitter le monde d’où l’on vient tout en lui restant fidèle ? » s’interroge Patrice Robin alors qu’il parcourt une monographie sur Albert Camus, issu, tout comme lui, d’un milieu social très modeste. Robin n’est pas né de l’autre côté de la Méditerranée, à la différence du prix Nobel de littérature 1957, mais dans les Deux-Sèvres, au cœur du bocage bressuirais pour être précis, un jour de juillet 1953. Une naissance miraculeuse, d’ailleurs, qu’il a racontée dans son précédent livre Le Visage tout bleu.

Dans ce nouvel opus autobiographique, Patrice Robin se retourne une fois encore sur sa vie mouvementée, aux sens propre et figuré. Avec pas moins de vingt-quatre déménagements à son actif, il a vu du pays, et cette bougeotte, conséquence de choix professionnels autant que d’histoires sentimentales, donne lieu à un récit palimpseste. Ses souvenirs, ce sont d’abord les objets qui en sont conducteurs, ainsi qu’on le dit des matières faisant passer le courant électrique. Montre à gousset, sucrier, portefeuille, outils de bricolage sont chargés d’une électricité qui s’appelle ici émotion, passé, vécu. Ces petites choses bien concrètes ayant appartenu à certains membres de sa famille aujourd’hui disparus sont des vestiges du passé dans le présent de l’auteur, des capsules temporelles qui l’accompagnent au fil de ses emménagements successifs, « un éloignement de l’Ouest », de Lille à Grenoble en passant par Le Havre. Ces babioles et amulettes disent la vie des anciens, ravivent la mémoire des générations qui nous ont précédés, figures fantomatiques que l’on porte en soi.

D’une écriture très sobre (on pense par moments à Annie Ernaux ou Marie-Hélène Lafon), un peu décousue mais avec une touchante délicatesse, Patrice Robin redessine ainsi sa trajectoire personnelle, qui est aussi géographique que socio-culturelle. Il a beau découvrir, en vieillissant, la peinture et la musique classiques, ces vecteurs de plaisir peut-être plus nobles n’effaceront jamais le patrimoine intériorisé des humbles origines, son nord et son or à lui.

Anthony Dufraisse, Le Matricule des Anges n°269, Janvier 2026.

Vidéolecture


Patrice Robin, Quitter l’Ouest, Patrice Robin Quitter l'Ouest