Zapp & zipp est un journal tenu de 2019 à 2024. Il fait suite à Point d’appui (2012-2018) publié en 2019. Tenir un « journal » quotidien, c’est zapper d’un sujet à l’autre sans s’interdire de zipper les sujets entre eux. On trouve des anecdotes (parfois polémiques) sur la vie des lettres, l’évocation de rencontres déterminantes (Jean-Marie Straub, Jean-Pierre Léaud, François Tanguy...), quelques aperçus sur le quotidien. Moins un journal intime qu’une suite de réflexions, commentaires, sur des faits sociopolitiques, des livres, des oeuvres d’art. La manie propre à l’auteur le contraint...
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Zapp & zipp est un journal tenu de 2019 à 2024. Il fait suite à Point d’appui (2012-2018) publié en 2019. Tenir un « journal » quotidien, c’est zapper d’un sujet à l’autre sans s’interdire de zipper les sujets entre eux. On trouve des anecdotes (parfois polémiques) sur la vie des lettres, l’évocation de rencontres déterminantes (Jean-Marie Straub, Jean-Pierre Léaud, François Tanguy...), quelques aperçus sur le quotidien. Moins un journal intime qu’une suite de réflexions, commentaires, sur des faits sociopolitiques, des livres, des oeuvres d’art. La manie propre à l’auteur le contraint à quasiment tout relier à un souci central : la poésie. Le journal en traite parfois de manière frontale : d’où vient la poésie ? Quelle nécessité soutient l’étrangeté de ses langues ? De quoi nous parle-t-elle ? Dans quel but ? Dans quel rapport à la socialité, à la vie civique, aux enjeux politiques ? Que faisaient de ces questions Virgile, Hölderlin, Mallarmé ou Pound ? Qu’en font aujourd’hui des Charles Pennequin ou des Bruno Fern ? Comment déchiffrer un poème de Rimbaud, de Jarry, d’Apollinaire, de Ponge ? Comment comprendre les querelles qui agitent le monde des poètes d’aujourd’hui ? Le souci du « poétique » s’étend à la peinture, au cinéma, au sport, au moeurs, et à des textes a priori non directement « poétiques » (Faulkner, Proust, Saint-Simon, Racine, Jünger, Beckett...) Quelques poèmes jalonnent les pages de Zapp & Zipp. Leur présence rappelle qu’un tel « journal » n’a d’autre raison d’être que de tenter de mieux comprendre pourquoi on peut persister à écrire de la poésie, envers et contre toute rationalité pragmatique et hors de toute sollicitation d’époque.
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Vies croisées
Point d’appui, le précédent journal de Christian Prigent daté 2012-2018, couvrait 460 pages ; Zapp & zipp, lui, 2019-2024, d’une année moindre, en ajoute presque 300. Endurance, discipline ou ascèse, pugnacité qu’il aura fallu pour retourner, chaque jour, au journal (non daté mais annualisé), y noter tout ce qui traverse un sujet : le poète, l’écrivain, l’essayiste, le père et le citoyen, de « La vie civique » à « La vie des bêtes », parmi huit autres entrées d’un index relevant de « La vie sexuelle », de « La vie en vadrouille » à « l’onirique », etc., dont quelques disparates « saluts », des anciens aux modernes, artistes, écrivains, cinéastes. Somme d’une tranche d’époque, de savoirs et de questions, d’anecdotes aussi, d’affirmations et de coups de poing nécessaires (souvent), d’explicitations davantage que de justifications. Et à qui voudra y chercher quelque mauvaise foi, on rétorquera aussi que ces pages, dont le doute n’est pas absent, cherchent toutes les fois à vérifier comment une vérité vient nous saisir, une conviction se nouer. D’où et de quels endroits tout cela s’élabore-t-il ? À partir de quelles expériences et lectures (énorme chez Prigent le recours), de quel socle écrivent les poètes ? Questions qui taraudent Zapp (délier) & zipp (re-lier), son souci central revenant à interroger les logiques d’agencements du langage poétique.
Pour commencer, et être clair avec une époque où une part de la poésie affirme aisément ses tours de mains habiles (de sa lisibilité à son ultratransparence !), Prigent répond à l’affirmation d’une « poétesse chiffonnée » par ses réserves sur son travail ceci : « “la mauvaise poésie n’a jamais fait de mal à la bonne”. /Que si ! /Elle ne la blesse pas en tant que telle. Mais elle gêne sa circulation (édition, diffusion) et sa réception (médiatisation, lecture) : c’est toujours l’épigonal fade et ressassé qui occupe le terrain, sature les réseaux et assigne l’idée de ce que la poésie est et peut à l’image médiocre qu’il en donne ». Et d’un !
Que tout travail poétique, sans esprit de sérieux, dut sérieusement commencer par discerner-déplacer, parmi langues et formes, son médium, c’est, entre autres riches biais et bifurcations de ce livre, une leçon formatrice pour chacun. Laquelle n’est pas la seule, puisque c’est autant la puissance d’un Saint-Simon (« qui écrit vraiment rencontre la résistance du “réel” ») que la vulgarité d’un présentateur coupant, en 1985 à Beaubourg, la poétesse Jacqueline Risset (p. 265), relevant sa soi-disant mauvaise diction, et d’introduire (facile !) Alain Cuny, qui, sans détour mais sans mépris, ici se dit et se disent.
Emmanuel Laugier, Le matricule des anges, mars 2026.
« Un portrait avec pleins et déliés », un article de Tristan Hordé, à retrouver sur la page de Sitaudis.fr.