« Il y a quelques années, une petite maison de production m’a proposé de réaliser l’un des épisodes d’une série documentaire intitulée Cas de conscience. Je devais y parler de l’aveu. C’était la commande. Je n’avais jamais écrit de scénario, jamais tenu de caméra, ni jamais réfléchi à ce sujet, l’aveu, mais j’ai dit oui. Cette commande venait à point nommé. Elle me tirait d’une période très noire. Ça n’allait pas fort. La maison de production me demandait d’abord d’écrire une "Note d’intention". Je devais y mettre en ordre mes idées,...
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« Il y a quelques années, une petite maison de production m’a proposé de réaliser l’un des épisodes d’une série documentaire intitulée Cas de conscience. Je devais y parler de l’aveu. C’était la commande. Je n’avais jamais écrit de scénario, jamais tenu de caméra, ni jamais réfléchi à ce sujet, l’aveu, mais j’ai dit oui. Cette commande venait à point nommé. Elle me tirait d’une période très noire. Ça n’allait pas fort. La maison de production me demandait d’abord d’écrire une "Note d’intention". Je devais y mettre en ordre mes idées, décrire des images, détailler quelques scènes. Mais comment procéder ? Et d’ailleurs qu’est-ce que c’est qu’un aveu ? Je n’y connaissais rien, il fallait mener l’enquête. Je décidai de prendre le sujet dans sa sphère la plus ténue, pour tout dire la plus banale, et peut-être même la plus bête : l’aveu de l’amour. » Nathalie Léger
De mot en mot, au coeur de la note d’intention, un souvenir mal cicatrisé s’est imposé : le souvenir d’un premier amour, le souvenir d’une première trahison. Rien n’est plus difficile que d’avouer l’amour. Surtout lorsque cet aveu est celui fait au nom d’une autre que l’on s’apprête à trahir. Pourquoi dire ses sentiments ? Pourquoi prendre ce risque, endurer cette peine ? Pourquoi s’exposer et, des années plus tard, pourquoi s’accuser ? Mieux vaut s’en tenir à ce que le frère de la narratrice appelle : le principe de Wellington. Principe simple, impitoyable, tiré de la blague préférée de Freud : il vaut mieux ne rien dire, ne pas prononcer les mots, ne rien révéler. Les mots trompent toujours. Tout est bien là, mais les mots manquent. Il n’y a peut-être alors que dans le roman...
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