Gagarine
Jean Rolin
« Durant cette recherche des lieux nommés d’après Youri Gagarine, j’aurai rencontré beaucoup de boulangères. Ne serait-ce que pour me nourrir. » Jean Rolin
Dans ce nouveau récit, Jean Rolin entreprend de parcourir différents lieux en France portant le nom de Youri Gagarine, premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace, le 12 avril 1961, dans le cadre du programme spatial soviétique. L’enquête sur ces traces toponymiques se déploie de façon digressive, avec humour et distanciation ironique, tout en faisant resurgir la figure héroïque de Gagarine, son culte, et l’histoire politique, sociale et symbolique de la France. De la salle...
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« Durant cette recherche des lieux nommés d’après Youri Gagarine, j’aurai rencontré beaucoup de boulangères. Ne serait-ce que pour me nourrir. » Jean Rolin
Dans ce nouveau récit, Jean Rolin entreprend de parcourir différents lieux en France portant le nom de Youri Gagarine, premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace, le 12 avril 1961, dans le cadre du programme spatial soviétique. L’enquête sur ces traces toponymiques se déploie de façon digressive, avec humour et distanciation ironique, tout en faisant resurgir la figure héroïque de Gagarine, son culte, et l’histoire politique, sociale et symbolique de la France. De la salle Gagarine à Port-de-Bouc, aux rues et places Gagarine des cités de la banlieue parisienne, en passant par Bron, Le Havre et Calais, chaque lieu convoque des souvenirs personnels, des archives, des micro-événements du quotidien, ainsi que les marques d’une désaffection progressive de la mémoire politique du communisme. Les noms de rues, de salles ou de cités, constituent les vestiges d’un imaginaire politique aujourd’hui largement désactivé.
Le livre devient progressivement une cartographie mélancolique des marges urbaines françaises (quartiers populaires, zones portuaires, espaces en démolition et en mutation). La célébration et la disparition de Gagarine hantent le texte. L’épopée spatiale soviétique se dissout dans l’espace parcouru aujourd’hui, avec un art consommé de la description et du récit : « la place Youri Gagarine n’est guère plus qu’un carrefour situé devant la gare, au point de rencontre de trois rues peu fréquentées, avec en son centre un bassin rond, asséché, tel un cendrier de proportions inusitées. »
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La presse
Gagarine de Jean Rolin
L’écrivain part à travers la France à la recherche de lieux célébrant la gloire du cosmonaute soviétique.
Quelles marques laisse une utopie sur un territoire ? C’est ce qu’est allé observer Jean Rolin, arpentant une série de villes ouvrières en banlieue parisienne, dans le Nord ou la région PACA. L’auteur de La Traversée de Bondoufle (2022) recense les ruesYouri-Gagarine nommées ainsi en hommage au cosmonaute soviétique, premier être humain à avoir effectué, en 1961, un vol dans l’espace. Comme à son habitude, Jean Rolin note tout. II souligne incidemment qu’ici, la rueYouri-Gagarine croise l’avenue Karl-Marx. Qu’ailleurs, l’avenue Youri-Gagarine se transforme en avenue Jacques-Chirac quand elle franchit la limite de la commune. II observe : le nom du kebab, la station-service abandonnée, le parking, un petit chemin arboré. II rappelle l’état d’esprit des villes ouvrières communistes, décrivant un film d’archives qui montre l’accueil triomphal réservé par la population d’Ivry à une visite de Youri Gagarine et Maurice Thorez, “la double haie de spectateurs enthousiastes, [...] les habitants aux fenêtres”. II décrypte tel un archéologue différentes strates visibles dans le paysage, note la gentrification à tel endroit, le trafic de drogue à tel autre, rappelle des événements qui ont marqué l’histoire des lieux. Et se souvient en passant de ses engagements de jeunesse. Car le sujet de Rolin, c’est le temps qui passe et fait son œuvre- ainsi remarque-t-il avec un humour plein d’autodérision sa propre avancée dans l’âge. On le suit de saison en saison dans ses pérégrinations, alors qu’il consigne scrupuleusement d’un séjour à l’autre les menus changements qu’il repère - une boulangerie définitivement fermée. L’auteur cherche ce qui subsiste, interroge les passant-es : savent-ils et elles qui était Youri Gagarine ? Et remarque, dans ces lieux qui au premier abord semblent surtout désolés et étrangement déserts, de nouvelles formes d’engagement politique et d’organisation collective.
Sylvie Tanette, Les Inrockuptibles, Octobre 2026