— Paul Otchakovsky-Laurens

Selon toi

Marielle Hubert

Un jour d’automne 1995 alors qu’elle a douze ans, Marielle Hubert rencontre Pascale Lemée. Une révélation qui va changer sa vie. Autrice d’une dizaine de livres (théâtre, récits, poésie), metteuse en scène, Pascale Lemée conduit alors un atelier de formation de jeunes comédiens au théâtre Gérard Philipe de Sartrouville. Marielle Hubert raconte l’irruption du théâtre et de la littérature dans son quotidien de collégienne de banlieue, la transformation qu’elle a engendrée. La fin de l’enfance vécue par et pour le théâtre. Vingt-cinq ans plus tard, le 7 mars 2022, Marielle Hubert rompt un long silence pour...

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La presse

Lettre à l’absente

Une déclaration d’amour fiévreuse à la femme qui l’a fait renaître.

C’est avec un an de retard que Marielle Hubert apprend sa mort. Juste en tapant « Pascale Lemée » sur Google. Elle ne l’avait pas revue depuis des années mais son empreinte n’en était pas moins indélébile. Lemée était son professeur de théâtre à l’Espace Gérard-Philipe de Sartrouville : « Je ne sais même pas si tu m’as aimée. Je sais que moi, je t’avais aimée déraisonnablement, tout d’un bloc dès le premier jour de notre rencontre parce que j’avais douze ans et que mon cœur était déjà si vieux de douze années d’attente pour se lancer dans l’amour éperdu. Cette année-là, tu avais trente et un ans. » Le ton est donné : Selon toi est une adresse brûlante et il est tout à fait impossible de ne pas fondre à la lecture de ce chant de reconnaissance. La dette de Marielle Hubert à l’égard de la disparue est littéralement incommensurable : la jeune fille s’est hasardée sur les planches sans grande conviction « et en échange [elle a] eu la Création du monde ».

Nous sommes en 1995. Sous le regard de ce mentor (le seul qui vaille désormais pour elle), l’adolescente découvre que le monde va infiniment plus loin que tout ce qu’elle pouvait imaginer. Exit l’insignifiante vie ordinaire, elle ne vit plus que pour l’intensité de la parole théâtrale, et pour Claudel, Genet, Koltès, Duras. « Jamais la vie n’a menti au sujet de sa petitesse, rien ne dépassera jamais la vie sous tes yeux, celle doublée de mots. » Dieu sait pourtant que Pascale Lemée sait être rude. « Tu as le visage des migraineux, tu as les yeux de ceux qui ne sont jamais tranquilles avec la pensée, tu as le corps de ceux que l’amour ne laisse jamais en repos. » Qu’importe, l’apprentie comédienne n’a qu’une obsession : « T’attendre et être digne de toi. » Elle ne saura jamais rien de la vie privée de Lemée. Seule compte l’émancipation dont celle-ci lui montre la voie et cette intransigeance qu’elle lui inculque : le théâtre est « une question de vie ou de mort ».

On ne dira pas ici pourquoi Marielle Hubert a fini par fuir sa déesse, ni ce qu’elles se sont dit quand elles se sont revues une ultime fois (l’autrice avait alors 20 ans). Juste préciser ceci : Marielle Hubert a aimé cette femme sans savoir qui elle était vraiment ou, plutôt, qui étaient son frère et sa compagne...Car, oui, deux personnalités à la notoriété écrasante ne pouvaient qu’éclipser le destin de Pascale Lemée. C’est pour « faire justice » à sa mémoire évincée que l’autrice dresse ce tombeau. Certains lecteurs (connaisseurs) devineront d’emblée, d’autres se laisseront cueillir. Une chose est sûre : on voudrait tous avoir aimé comme Marielle Hubert.

Arnaud Cathrine, La Tribune dimanche, 29 mars 2026.



Récit

Marielle Hubert

A lire Jean Marc Turine, proche de Marguerite Duras, ami de son fils Jean Mascolo, Pascale Lemée, sœur de Yann Andréa (1952-2014), était quelqu’un d’épouvantable (5, rue Saint-Benoît, 3ème étage gauche, Métropolis). Un tout autre portrait ressort du récent Yann dans la nuit (Flammarion) de Julie Brafman, journaliste à Libération. Décédée le 1er juillet 2021 à l’hôpital Bichat, à 56 ans, Pascale Lemée, très liée à son frère aîné, écrivaine, avait légué à une amie les archives de Yann Andréa qu’elle avait pu rassembler, et un ordinateur : y était conservés les entretiens avec Michèle Manceaux qu’elle avait fait numériser (publiés sous le titre Je voudrais parler de Duras, Pauvert), devenus un film de Claire Simon. Le récit de Marielle Hubert ajoute un éclairage personnel. II est adressé à Pascale Lemée, qui a transformé son existence en décembre 1995. « Tu es jeune, tu es blonde, un vrai blond doré, tu as les yeux bleus, tu es habillée comme un homme avec un blazer noir et une chemise bleue. » Pascale Lemée, 31ans, anime l’Atelier théâtre de l’Espace Gérard-Philippe à Sartrouville. La mère de la jeune Marielle, 12ans, inscrit sa fille. « Pour la première fois de ma vie, le monde ressemble à ce que je cherche, il est conforme à mon désir.[...] C’était toi qui me tirerais de l’enfance et de la vie ordinaire, comment dire merci ? Comment te le faire savoir ? » Le livre est la lettre d’amour d’une « disciple ».

Claire Devarrieux, Libération, avril 2026.

Agenda

Mercredi 6 mai
Marielle Hubert à la librairie Rive Gauche (Lyon)

19, rue de Marseille

69007 Lyon

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Mardi 12 mai
Marielle Hubert à la librairie Vocabulaire (Paris 13e)

39, boulevard de Port-Royal

75013 Paris

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Mardi 19 mai
Marielle Hubert à la librairie Passages (Lyon)

11, rue de Brest

69002 Lyon

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Vidéolecture


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