— Paul Otchakovsky-Laurens

Notre-Dame-des-Anges

Célia Houdart

Notre-Dame-des-Anges est un roman sur l’amour et la montée des ténèbres, entre 1938 et 1944. Il est composé à partir de deux mille lettres conservées dans un grand carton. Henri et Marcelle, les grands-parents de la narratrice, s’écrivent plusieurs fois par jour des mots brûlants. Marcelle est pianiste. Henri est directeur artistique d’une firme américaine de pianos mécaniques. Henri est marié à Rachel, une chanteuse. Mais Rachel est malade. Il vit avec elle dans une clinique : Notre-Dame-des-Anges. Henri aime Rachel. Il aime aussi Marcelle. Deux évidences pour lui qui, certains jours, l’aveuglent au point qu’il n’y voit plus rien....

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La presse

La ronde amoureuse de Célia Houdart


À partir de la correspondance de ses grands-parents, l’autrice fait dialoguer passé et présent en s’emparant pour la première fois d’un matériau autobiographique.


Si le roman familial sur la Seconde Guerre mondiale est presque devenu un genre en soi, Célia Houdart s ’en approche pour la première fois en évitant les pièges qu ’il recèle. À la faveur d’un déménagement, la mère de la narratrice lui confie une boîte contenant plus de 2000 lettres échangées par ses grands-parents entre 1935 et 1944. Pianiste, professeure et concertiste, Marcelle a 39 ans quand elle rencontre Henri, 63 ans, employé d’une entreprise de pianos mécaniques qui va bientôt péricliter. Mais cet homme de l’ancien monde est déjà marié avec Rachel, une chanteuse atteinte de sclérose en plaques, et vit avec elle à Notre-Dame-des-Anges, une clinique de Liège, en Belgique. À la mort de Rachel, les amants vont se retrouver à Paris, s’épouser et concevoir une petite Jeanne presque concomitamment à l’exode qui les jette sur les routes.


Déconcertée et séduite par la vitalité de ces échanges profondément charnels, Célia Houdart s’en empare en utilisant les archives comme un carburant pour la fiction, sans chercher à reconstituer l’exactitude des faits. Comme les rouleaux du piano mécanique, la mémoire est trouée, de même que la correspondance qui recèle quelques secrets, dont l’existence de Mary, l’amante de Marcelle avant son mariage avec Henri. Une présence qui transforme le trio amoureux en quatuor, rééquilibrant et modernisant au passage un schéma convenu.


Écrite au présent, l’histoire d’Henri et Marcelle alterne avec des extraits en italique du journal d’écriture de l’autrice. Des pages où s’égrènent des souvenirs de sa propre jeunesse, les premières lettres d’amour, les soirées dans les boîtes gay au début des années 1990, la joie mêlée à la prise de conscience du stigmate, en écho à une phrase écrite par Henri : « Ces femmes qui roulent des mécaniques. » En réponse, avec une ironie oblique, Célia Houdart parsème son texte de références aux compétences techniques des femmes, de la collection d’automates de Mary à la dextérité de Sœur électrique, l’une des religieuses de Notre - Dame - des - Anges. Poursuivant son enquête, l’autrice narratrice se rend dans cette institution, aujourd’hui un centre hospitalier spécialisé en psychiatrie, et découvre qu’elle fut pendant la Seconde Guerre mondiale un haut lieu de la Résistance, un refuge pour les juifs et les aviateurs alliés, ce qui valut à son fondateur, l’abbé Ferdinand Marcas, d’être déporté.


« Quelque chose de Marcelle, Mary, Rachel, Henri qui ne s’est pas éteint est passé dans leurs lettres et m’est ainsi parvenu. Le battement d’une artère. Une poitrine qui se serre. Un saignement. Un mystère. Un substrat. Des lueurs. Un son qui n’était au fond pas si loin dans le temps », écrit Célia Houdart. On peut appréhender ce livre où la musique joue un rôle essentiel comme une bascule, un dévoilement. On peut le lire dans la continuité de Gil (2015), qui suivait l’itinéraire d’un chanteur lyrique, de Carrare (2011), roman adossé à une inclination ancienne pour la sculpture, à la fièvre amoureuse et artistique de Tout un monde lointain (2017). Tout cela palpite dans Notre-Dame-des-Anges, assorti d’une confiance absolue dans la fiction.


Sophie Joubert, L’Humanité, 1er Octobre 2026



Notre-Dame-des-Anges - Célia Houdart


Un fond de musique a toujours secoué doucement les romans de Célia Houdart. Gil suivait la carrière d’un musicien introverti, tandis que le piano de Chopin apparaissait comme une trouvaille de brocante dans Le Scribe. Cette écrivaine dont la discrétion révèle avant tout un sens des nuances, une confiance en l’avancement tranquille des choses, signe aujourd’hui une partition inachevée pour piano mécanique pleine de déchirures et de brèches. « Les trous de mémoire de ma mère, les trous des rouleaux, j’ai soufflé dedans », écrit-elle à la fin de ce livre d’une humble pudeur, lancé sur les traces de ses grands-parents Marcelle et Henri.


Elle était pianiste. Lui commercialisait des Pianola, actionnés par une bande de papier perforé. Un duo complémentaire et contradictoire que vingt-quatre ans séparaient, et qui s’aima d’abord dans la clandestinité d’une liaison adultère, Henri étant marié à Rachel, malade incurable hospitalisée à Notre-Dame-des-Anges. La sourde beauté du livre vient des scrupules de Célia Houdart à entrer dans l’intimité de ces êtres, dont elle a récupéré la correspondance. L’autrice se tient sur la pointe des pieds, au bord du gouffre qu’ouvrent en elle ces milliers de lettres. Sensible à ce qui entrave, elle consacre la première moitié de son récit à l’empêchement du couple de se voir, tout en couchant ses propres restrictions, ses embarras souterrains, dans l’italique de passages à la première personne. Elle décrit en finesse l’asphyxie des vies parallèles, pourtant denses et nourrissantes, qui offrent à chacun des occasions de grandir, d’aiguiser sa conscience.


La culpabilité donne ses coups d’aiguille, la liberté d’être soi se déploie par saccades, et toujours les mots l’emportent sur les non-dits, grâce à la frénésie épistolaire. « Pas de lettre, c’est pire que le manque de pain, car l’estomac peut patienter », écrit Marcelle, quand la Seconde Guerre mondiale s’apprête à ajouter du chaos à leur vie. De ce contexte historique, évoqué de loin en loin, Célia Houdart laisse le lecteur mesurer en son for intérieur la portée sur les vies individuelles. Ainsi Rachel est soignée dans une clinique où un rabbin jardinier épaule des sœurs catholiques. La simple évocation de cette cohabitation est un exemple de la retenue criante dont Célia Houdart fait preuve, de livre en livre, toujours à l’affût de la profondeur sans tapage.


Marine Landrot, Télérama, Septembre 2026



Les cœurs des anges


Marcelle, pianiste renommée, aime Henri passionnément depuis ses tournées à travers le monde, d’îles grecques en splendeurs marocaines. Henri lui rend ses tendresses à distance, dans des lettres enflammées, alors qu’il veille sur sa femme au crépuscule de sa vie. La distance et le mariage de cet entrepreneur, baigné dans l’industrie musicale à la veille du second conflit mondial, ajoutent à la passion entre deux êtres réunis de manière épisodique. Cette histoire d’amour se dévoile aux yeux de la narratrice et petite-fille du couple à travers un paquet de 2 000 lettres, échangées entre 1935 et 1944. La musique, troisième personnage de l’histoire, apporte une dimension nostalgique et sensible à l’univers dressé par Célia Houdart dans Notre-Dame-des-Anges. À la manière d’un film de Claude Sautet, l’autrice parvient à installer une tension dans une économie de mots et d’analyses. Des phrases efficaces, des descriptions bien senties et une simple histoire d’amour sur fond de tragédie historique mènent le lecteur tout droit jusqu’au bout de cette superbe romance, qui s’affranchit de tout excès sans bouder son romantisme.


Aude Giger, Lire Magazine, Septembre 2026



« Précis de littérature », un article de Valentin Hiegel à retrouver sur la page de En Attendant Nadeau.



Archives d’un amour fou


La lecture de lettres écrites entre 1938 et 1944 offre à Célia Houdart l’histoire vraie de deux amants passionnément épris l’un de l’autre : ses grands-parents.


Des sensations éparses, les perceptions fragmentaires d’un personnage encore inconnu, Henri : on reconnaît d’emblée la manière délicate de Célia Houdart, ses courts récits tissés d’instants fragiles que capte une écriture attentive. Mais son dernier livre possède une intensité nouvelle, née d’une matière incandescente : les lettres d’amour d’Henri et Marcelle, retrouvées par leur petite-fille Célia, « surprise, perturbée, bouleversée » par leur lecture.


On en lit des extraits poignants, mais c’est à leur réécriture que s’emploie Célia Houdart, en un roman vrai qui retrace et réinvente les vies quotidiennes des amants, que l’on suit tour à tour. Henri, jadis à la tête d’une firme de pianos mécaniques, veille sur sa femme Rachel, ex-chanteuse lyrique gravement malade, dans la clinique Notre-Dame-des-Anges, à Liège. Marcelle, jeune pianiste célibataire, vole de cours en concerts et tournées. Le récit nous fait vivre la passion secrète nourrie par les lettres attendues, lues, écrites - « Marcelle écrit chacune de ses lettres avec son corps, son sexe. Elle ne sait pas où elle va chercher tout ça en elle » évoquées avec une pudeur explicite - « une longue fête intense des corps ».


Le récit nous fait vivre la passion secrète nourrie par les lettres attendues, lues, écrites.


Leur histoire est aussi traversée par l’histoire et ses ténèbres : la marche à la guerre, l’exode et l’Occupation donnent plus qu’un décor aux vies racontées. Et pas seulement celles des amants, car le récit s’enrichit d’autres figures : la très émouvante Rachel, plus qu’une épouse trompée, Lily, la violoncelliste, sœur de Marcelle, obligée un soir de jouer pour les nazis, dans une scène déchirante, sans oublier les si vivantes religieuses de la clinique. Une autre femme complique l’intrigue et dédouble le triangle amoureux : Mary, mystérieuse pianiste amatrice, et, surtout, maîtresse de Marcelle.


Troublée par cette découverte, Célia Houdart donne au texte un tour plus personnel, croisant ses propres souvenirs amoureux avec ceux de son aïeule, qu’elle n’ose citer trop explicitement, tant les phrases sont « torrides ». L’écriture est ainsi l’écho d’une lecture, l’enregistrement des affects que déclenche ce « maelström d’émotions » à la puissance intacte. Mais aussi le moyen d’ouvrir à d’autres lectures et les irradier des mots d’amour de jadis - « Parfois, malgré mon amour pour toi, je me demande si je t’aime aussi fort que tu le mérites. Mais je me rassure quand je vais au fond de mon cœur. Donne-moi ton front, tes yeux, ta bouche. »


Renaud Pasquier, La Croix, 27 Aout 2026



Le temps d’aimer


Récit d’un amour empêché et dévorant pendant la Seconde Guerre mondiale, Notre-Dame-des-Anges offre à la grâce coutumière de Célia Houdart un cadre puissamment romanesque.


Voilà près de vingt ans et Les merveilles du monde (P.O.L, 2007) que Célia Houdart apparaît comme une incarnation possible de la grâce en littérature... C ’est cet art infini de ne pas y toucher, ou seulement par frôlements, suggestions, croquis et estompes, que retrouveront, enchantés (puisque c’est bien d’un enchantement dont il est ici question), ses lecteurs dans ce Notre-Dame-des-Anges qui offre en outre une amplitude romanesque inédite dans son œuvre.


Tout commence par deux mille lettres. Une correspondance que confie un jour la mère de Célia Houdart à sa fille. À charge pour elle d’en faire sa pelote... De quoi s’agit-il ? Des lettres que se sont envoyées durant près de dix ans, de 1935 à 1944, deux amants, Henri et Marcelle. Ils sont tous deux musiciens. Henri vend des pianos mécaniques, alors que Marcelle, elle, est pianiste et concertiste. Henri est marié. II a dû abandonner peu à peu ses activités professionnelles pour rester auprès de sa femme qui, atteinte d’une maladie dégénérative qui ne lui laisse que peu d’espoir, s’éteint doucement dans une abbaye en Belgique près de Liège.


Rien de scabreux dans cette situation, juste une vie partagée entre le chagrin, la douceur amère des jours qui passent, l’absence et le flamboiement du désir. Et autour d’Henri et Marcelle qui éperdument se cherchent, se trouvent et se perdent, la montée des périls. Henri et Marcelle sont les grands-parents de Célia Houdart. La romancière se déclare comme « surprise, perturbée, bouleversée » par la découverte de leur correspondance. « J’ai lu leurs lettres criblées de trous. Ensuite, j’ai gravé mes propres rouleaux, laissant agir l’étrange mécanique du souvenir et, plus encore, celle du rêve. »


II faut dire qu’en matière d ’onirisme cotonneux, d ’indécision du réel, l’autrice de Tout un monde lointain (P.O.L, 2017) s’y entend mieux que personne. Cette fois-ci, dans ce Notre Dame-des-Anges, elle mêle l’Histoire au destin de ses personnages. Et c’est un sublime accomplissement. Comme si les récits introspectifs à la Chantal Thomas croisaient impromptu les grands mélos à la Douglas Sirk... II est permis d’espérer qu’une réussite littéraire et romanesque aussi parfaite soit saluée l’automne prochain à la hauteur de ses mérites.


Olivier Mony, Livres Hebdo, Juillet – aout 2026

Agenda

Mardi 13 octobre à 19h
Célia Houdart à la librairie Le Square (Grenoble)

Entrée dans la limite des places disponibles

2, place du Docteur Léon Martin

38000 Grenoble

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Le Vendredi 16 Octobre à 14h30
Célia Houdart au Festival L'invitation aux voyages à Biarritz

Médiathèque 

2 Rue Ambroise Paré

64200 Biarritz

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Le Samedi 17 Octobre à 19 heures
Célia Houdart à la Maison de la Poésie, Paris

Reservation sur site :

Maison de la Poésie

157 Rue Saint-Martin

Passage Molière

75003 Paris

 

 

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Jeudi 29 octobre à 19h
Célia Houdart à la librairie La Fontaine (Vevey, Suisse)

47, rue du Lac

1800 Vevey

Suisse

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Le Mardi 10 Novembre à 18h30
Célia Houdart à la librairie Pax (Liège, Belgique)

Librairie Pax, 

4 place Cockerill,

4000 Liège, 

Belgique 

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Le Mercredi 18 Novembre à 19h30
Célia Houdart à la librairie Vous dire encore (Paris)

Librairie Vous dire encore, 

20 boulevard Voltaire,

75011 Paris

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Le Jeudi 26 Novembre à 19 heures
Célia Houdart à la librairie l'Astragale, Lyon

Librairie L'Astragale

108 rue de Sèze

69006 Lyon

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le Mercredi 16 Décembre à 18 heures
Célia Houdart au FRAC Franche-Comté (Besançon)

Frac Franche-Comté,

Cité des arts

2 passage des arts 

25000 Besançon

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le Mercredi 17 février à 20 heures
Danse "A l'ombre d'un vaste détail, hors tempête" à partir du texte de Célia Houdart au ZEF (Marseille)

ZEF - Scène nationale de Marseille

Billeterie : Plein tarif : 18 euros / Tarif réduit : 12 euros

Plateau du Merlan 

Avenue Raimu 

13311 Marseille

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Du Mercredi 24 Mars au Vendredi 26 Mars à 21 heures
Danse "à l'ombre d'un vaste détail, hors tempête" à partir du texte de Célia Houdart au Cenquatre (Paris 19e)

Cenquatre - Paris 

Tarif plein : 30 euros / tarif réduit : 24 euros 

5 rue Curial 

75019 Paris 

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Les Jeudi 20 et Vendredi 21 Mai
Danse "à l'ombre d'un vaste détail, hors tempête" à partir du texte de Célia Houdart au Maillon (Strasbourg)

Maillon

Théâtre de Strasbourg

Scène européenne

1 Boulevard de Dresde

67000 Strasbourg

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Et aussi

Célia Houdart, Prix Françoise Sagan

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Célia Houdart Prix de la Ville de Deauville Livres & Musiques 2015

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Vidéolecture


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