Faire avec semble être le mantra de Bertrand, quadragénaire ordinaire, père séparé, agent immobilier. Franck Mignot met en scène, avec une cruauté psychologique et un réalisme désabusé, le désarroi d’un homme banal, coincé entre ce qu’il voudrait être (un père solide, un fils aimant, un homme de principes) et ce qu’il est : un être désaccordé, jaloux, aux repères fragiles. Chaque scène – visite de maison, repas chez sa mère, appels téléphoniques, conversation avec son ex, ou son fils, terrifié par l’idée de la mort – est une impasse, décrite jusqu’au malaise....
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Faire avec semble être le mantra de Bertrand, quadragénaire ordinaire, père séparé, agent immobilier. Franck Mignot met en scène, avec une cruauté psychologique et un réalisme désabusé, le désarroi d’un homme banal, coincé entre ce qu’il voudrait être (un père solide, un fils aimant, un homme de principes) et ce qu’il est : un être désaccordé, jaloux, aux repères fragiles. Chaque scène – visite de maison, repas chez sa mère, appels téléphoniques, conversation avec son ex, ou son fils, terrifié par l’idée de la mort – est une impasse, décrite jusqu’au malaise. Même le sens de la famille, dont semble faire preuve Bertrand, n’entraîne que des quiproquos. Il déjeune chez sa mère tous les mardis alors que personne ne semble l’y attendre, pas plus la mère qu’Alexandre, son frère jumeau, le fils « préféré ». Il aimerait découvrir un jour l’identité de son père qu’il n’a jamais connu, mais il est le seul à s’en soucier. Il cherche mollement à reconquérir Claire, la mère de son fils, mais reconnaît qu’il faisait tout pour la décevoir quand il vivait encore avec elle. Il bricole ainsi une petite philosophie personnelle dérisoire : « Mieux vaut être mal accompagné que seul ».
Ces relations, ambiguës et fusionnelles, atteignent un point de rupture lorsque Bertrand découvre qu’Alexandre a massé Claire. Geste insignifiant en apparence, mais vécu comme une trahison intime, presque incestueuse. La révélation déclenche une colère jalouse jusqu’à une scène d’affrontement où la confusion entre les corps, les liens et les rancunes atteint un point de non-retour. Le roman excelle à dépeindre ainsi la fatigue morale du personnage, sa profonde solitude, avec un humour désabusé. La banalité de cette existence est saisie par une prose contemporaine, lucide, cynique, livrant un roman social dans lequel le monde des classes moyennes est rendu avec un réalisme cruel, sans effet. Mais l’art du romancier parvient à nous toucher, à créer chez le lecteur une forme d’empathie, voire de fraternité, avec ce monde-là, et les efforts maladroits, les accommodements souvent précaires, avec lesquels nous restons vivants les uns parmi les autres.
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