Seul un jour
Traduit de l’italien par Louise Boudonnat
Marco Lodoli
C’est le bref roman d’une journée à Rome. Le jeune Scipione se rend à la soutenance de son doctorat de philosophie, ses parents, lourdement endettés pour le soutenir, l’attendront pour fêter l’événement en famille. C’est un jour important mais dans lequel vont s’engouffrer les rêves, jusqu’à troubler les limites temporelles et celles du monde familier. Scipione, « le rêveur, le prince des châteaux en Espagne », a-t-il bel et bien rencontré ce matin-là, en sortant, Cecilia, sa douce et merveilleuse voisine dont il est secrètement amoureux ? Il l’a pourtant invitée à monter sur son vieux scooter pour...
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C’est le bref roman d’une journée à Rome. Le jeune Scipione se rend à la soutenance de son doctorat de philosophie, ses parents, lourdement endettés pour le soutenir, l’attendront pour fêter l’événement en famille. C’est un jour important mais dans lequel vont s’engouffrer les rêves, jusqu’à troubler les limites temporelles et celles du monde familier. Scipione, « le rêveur, le prince des châteaux en Espagne », a-t-il bel et bien rencontré ce matin-là, en sortant, Cecilia, sa douce et merveilleuse voisine dont il est secrètement amoureux ? Il l’a pourtant invitée à monter sur son vieux scooter pour l’accompagner à la remise de diplôme. Mais les choses prennent une tournure inattendue. Le jeune homme semble n’avoir jamais été inscrit à l’université. Ils vont alors dériver amoureusement dans une Rome éblouissante, comme dans un songe lumineux et cruel. Scipione lui fait découvrir son « royaume », typiquement lodolien, monde imaginaire et mélancolique, terrain vague avec un parc d’attractions désaffecté. Mais aussi la boucherie d’Oncle Porc, usurier sordide qui réclame son dû à la famille de Scipione, où Cecilia commet un acte irréparable. Ils fuient en bord de mer, soudoient le prêtre d’une église pour qu’il accepte de les marier, et se perdent dans une légère brume fantastique, une distorsion onirique du temps, où l’amour s’invente en nous pour le meilleur – le temps d’un jour. « Rêvez jusqu’au bout et puis oubliez tout », leur conseille une Tsigane. C’est le mantra de ce livre, qui s’achève sur un retournement à la fois spectaculaire et profondément troublant.
Seul un jour est un chef-d’oeuvre de délicatesse et de rêverie, dans lequel « une maigre vie innocente » oppose quelque chose de merveilleux au désespoir. L’existence n’est pas une succession de devoirs mais un voyage imprévisible, un jour qui passe, et nous transporte où nous sommes tous attendus : dans un monde invisible et heureux.
« Une unique journée peut contenir tant d’années ».
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La presse
Glissement progressif du réel
À Rome, un étudiant et une jeune fille s’embarquent dans un étrange périple d’une journée... Dans Seul un jour, le nouveau roman de Marco Lodoli, le réel est une hypothèse parmi d’autres.
Pour Scipione, c’est un grand jour. Celui où il doit se rendre à la soutenance de son diplôme de doctorat de philoso phie dans son université romaine. Ses parents, qui se sont saignés aux quatre veines pour le soutenir durant ses études, l’attendent pour une fête familiale qui sera empreinte de fierté. Seulement voilà, sortant de chez lui habillé comme un prince mendiant, chevauchant son antique scooter, Scipione va faire une rencontre qu’il n’osait plus espérer. C’est sa jeune voisine, Cecilia, dont il est secrètement amoureux. Les voici partis tous deux pour un périple onirique, tragique, enchanté, qui les amènera bien loin de leur destination première, l’université... Le temps de cette journée romaine qui se dilate pour le seul bénéfice de ces doux oiseaux de jeunesse, ils croiseront en route un boucher et usurier, un prêtre, un parc d ’attractions désaffecté, la mer... La vie est un rêve, l’amour un songe. Cet univers où l’onirisme le plus débridé côtoie le réel et se mélange avec les signes les plus tangibles du quotidien, c’est celui du romancier romain Marco Lodoli, depuis son chef - d ’oeuvre inaugural, Chronique d’un siècle qui s’enfuit (P.O.L, 1987). Le lecteur aura plaisir à se laisser prendre par la main tout au long de cette fable quelque part entre Rohmer et Pasolini. On lit, on rêve, les yeux ouverts. Et que reste -t - il au réveil lorsque les songes se dissipent ? La poésie, pardi.
Olivier Mony, Livre Hebdo, Septembre 2026