— Paul Otchakovsky-Laurens

Seul un jour

Traduit de l’italien par Louise Boudonnat

Marco Lodoli

C’est le bref roman d’une journée à Rome. Le jeune Scipione se rend à la soutenance de son doctorat de philosophie, ses parents, lourdement endettés pour le soutenir, l’attendront pour fêter l’événement en famille. C’est un jour important mais dans lequel vont s’engouffrer les rêves, jusqu’à troubler les limites temporelles et celles du monde familier. Scipione, « le rêveur, le prince des châteaux en Espagne », a-t-il bel et bien rencontré ce matin-là, en sortant, Cecilia, sa douce et merveilleuse voisine dont il est secrètement amoureux ? Il l’a pourtant invitée à monter sur son vieux scooter pour...

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La presse

Glissement progressif du réel


À Rome, un étudiant et une jeune fille s’embarquent dans un étrange périple d’une journée... Dans Seul un jour, le nouveau roman de Marco Lodoli, le réel est une hypothèse parmi d’autres.


Pour Scipione, c’est un grand jour. Celui où il doit se rendre à la soutenance de son diplôme de doctorat de philoso phie dans son université romaine. Ses parents, qui se sont saignés aux quatre veines pour le soutenir durant ses études, l’attendent pour une fête familiale qui sera empreinte de fierté. Seulement voilà, sortant de chez lui habillé comme un prince mendiant, chevauchant son antique scooter, Scipione va faire une rencontre qu’il n’osait plus espérer. C’est sa jeune voisine, Cecilia, dont il est secrètement amoureux. Les voici partis tous deux pour un périple onirique, tragique, enchanté, qui les amènera bien loin de leur destination première, l’université... Le temps de cette journée romaine qui se dilate pour le seul bénéfice de ces doux oiseaux de jeunesse, ils croiseront en route un boucher et usurier, un prêtre, un parc d ’attractions désaffecté, la mer... La vie est un rêve, l’amour un songe. Cet univers où l’onirisme le plus débridé côtoie le réel et se mélange avec les signes les plus tangibles du quotidien, c’est celui du romancier romain Marco Lodoli, depuis son chef - d ’oeuvre inaugural, Chronique d’un siècle qui s’enfuit (P.O.L, 1987). Le lecteur aura plaisir à se laisser prendre par la main tout au long de cette fable quelque part entre Rohmer et Pasolini. On lit, on rêve, les yeux ouverts. Et que reste -t - il au réveil lorsque les songes se dissipent ? La poésie, pardi.


Olivier Mony, Livre Hebdo, Septembre 2026