Pierric Bailly livre un roman noir d’aventures, entre le Vercors et le Jura, mais aussi le Mexique et l’Afrique. Tout commence à la fin des années 1980, par l’amitié entre deux couples de frères et sœurs, dès l’école primaire. Un coup de feu retentit une nuit d’avril 1998. Pascal, le père de Paloma et Leo, est retrouvé mort avec une balle dans la tête. Les enfants, eux, se sont volatilisés. Leurs amis, Cédric et Delphine, sont bouleversés. Surtout Delphine qui entretenait avec Paloma une relation intense. Et la mort brutale de Pascal vient rappeler la disparition énigmatique en montagne, quelques années plus tôt, de leur professeur...
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Pierric Bailly livre un roman noir d’aventures, entre le Vercors et le Jura, mais aussi le Mexique et l’Afrique. Tout commence à la fin des années 1980, par l’amitié entre deux couples de frères et sœurs, dès l’école primaire. Un coup de feu retentit une nuit d’avril 1998. Pascal, le père de Paloma et Leo, est retrouvé mort avec une balle dans la tête. Les enfants, eux, se sont volatilisés. Leurs amis, Cédric et Delphine, sont bouleversés. Surtout Delphine qui entretenait avec Paloma une relation intense. Et la mort brutale de Pascal vient rappeler la disparition énigmatique en montagne, quelques années plus tôt, de leur professeur de gym, surnommé le Druide. Quel lien avec la disparition du professeur charismatique ? Comment expliquer la fuite de Paloma, encore mineure à cette époque, et de Leo ? Les réponses viendront, 25 ans plus tard, alors que Delphine et son frère Cédric décident d’une escapade dans le Jura, au lac des Rouges-Truites, et lors de laquelle réapparaît Paloma. Au cœur de ce livre palpitant, il y a la figure du mal, le désir de voyager et de changer de vie, les liens brisés. Il y a l’énigme d’un père, aimant mais taciturne, secret et violent, et la passion amoureuse entre deux filles dont l’une a disparu pour réapparaître avec une histoire traumatisante à raconter.
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Le Bloc-notes de Jérôme Garcin, Rouge-Truites de Pierric Bailly
Avec “Rouges-Truites”, le Jurassien Pierric Bailly démontre que, non, le roman n’est pas mort.
BAILLY EN FORÊT
II avait déjà publié trois romans, dont « Polichinelle » et « Michael Jackson », mais c’est avec « l’Homme des bois » que j’ai découvert, en 2017, Pierric Bailly, alors âgé de 34 ans. J’ai aussitôt aimé sa manière méthodique d’arpenter, dans une langue résineuse et pierreuse, son Jura natal pour tenter de comprendre le drame qui le hante et ombre tous ses livres. Son père, rebelle idéaliste pratiquant le yoga et la libre-pensée, ancien tourneur sur bois devenu infirmier, tomba du haut d’une falaise, dans une forêt proche de Lons-le-Saunier où il était allé cueillir des morilles.
Pierric Bailly sillonna ensuite la région, interrogea les gendarmes, fouilla les papiers de son père, qui vivait seul depuis trente ans, sans savoir si sa chute fatale était accidentelle ou volontaire. II suffit parfois d’un livre pour s’attacher à un auteur. Je ne l’ai jamais rencontré, mais la lecture de ses romans suivants, « les Enfants des autres », « le Roman de Jim » (si bien porté à l’écran par les frères Larrieu) et « la Foudre » me donne le troublant sentiment de le connaître, de l’avoir même accompagné dans ce Haut-Jura, âpre et sauvage, dont il parle si bien, et d’avoir été présenté à ses personnages candides et infortunés, que le bonheur effleure sans jamais s’attarder.
Un mari, trompé par son meilleur ami, s’imagine être le père des trois enfants de son rival ; un homme se voit brutalement retirer le garçonnet qu’il a aimé, élevé, mais dont il n’est pas le père biologique ; un berger misanthrope vend ses brebis et s’éprend, en ville, de la femme d’un assassin, qui fut son camarade de lycée. Plus Pierric Bailly écrit, plus il flirte avec le mélodrame, auquel le climat montagnard, le clair-obscur des massifs forestiers, le murmure glacial des eaux souterraines ajoutent une opacité supplémentaire. Et plus il noircit le trait.
BAILLY EN FOLIE
La preuve, avec « Rouges-Truites », un roman dont le narrateur, Cédric, nargue l’auteur dès les premières pages en confiant : « Le jura, je ne connaissais pas du tout. » Cédric, prof d’espagnol à La Ciotat, et sa sœur, Delphine, ingénieure en aéronautique, ont réservé pour les vacances un gîte dans un village au nom qui fait rêver : Lac des Rouges-Truites, situé près de Champagnole, dont Pierric Bailly est originaire. Lors d’une excursion, qui ne doit rien au hasard, ils découvrent, dans une maison en terre coiffée d’un toit de chaume, une sorte d’Indienne hallucinée et bégayante, que Delphine reconnaît aussitôt. C’est Paloma, qu’elle a follement aimée lorsqu’elles vivaient à Lans-en-Vercors et qui avait disparu avec son frère Leo sans laisser de traces, au lendemain du suicide de leur père, un moniteur d’escalade mutique.
Mais ces retrouvailles, vingt-cinq ans plus tard, dans les sombres sapinières du Jura, vont vite tourner au cauchemar lorsque surgit, tel un mort-vivant et une arme à la main, le « monstrueux » Leo. On croyait lire un roman familial du Lédonien Bernard Clavel, on entre dans le monde horrifique de l’Américain Stephen King. Le sang coule, les crânes explosent, les coups pleuvent, les trappes dissimulent des cachots, les bibliothèques regorgent de polars, tout le monde ment et l’on reste toujours sans nouvelles d’un prof d’éducation physique, surnommé « le Druide », qui pratiquait le parapente et la randonnée.
Jamais le Jura, sous la plume de Pierric Bailly et un ciel d’apocalypse, n’avait été si angoissant et augural. On y devine des ressuis, où les bêtes fauves se sèchent après l’orage, et des refuges de montagne, où les fratries lèchent leurs blessures profondes. Même si l’auteur de « l’Homme des bois » tente des échappées en Amérique latine comme en Afrique, à Bordeaux comme à Marseille, il revient toujours à sa région natale et à la mort inexpliquée de son propre père. A une époque où la fiction est en disgrâce et l’autofiction a la cote, « Rouges-Truites » est une tonitruante déclaration d’amour au roman, qui est le genre de tous les possibles. Ames sensibles, s’abstenir.
Jérôme Garcin, Le Nouvel Obs, Août 2026