— Paul Otchakovsky-Laurens

Binz ou sauce tomate et sans couvercle

02 octobre 2025, 13h42 par Louise Rose

Ceci n’est pas une prophétie, juste quelques éclats foutus en orbite, des débris d’idées en apesanteur, pendant deux secondes, ça va durer des heures pourvu que ces petits poids rebondissent dans l’ascenseur, ceci n’est pas une comédie mais une piste d'atterrissage, la surface d’une feuille volante où les mots n’ont pas pied, puisque ce sont des mots et qu’ils n’ont pas de pieds, ce sont les lettres qui ont des pieds, ceci n’est pas une homélie, ni un épilogue ni un épuisement ni un prologue mais bel et bien un nid pour Bébé, my first baby girl, not an angel just a bird, chaque phrase est une brindille, ceci n’est pas une histoire d’ eau qui pétille même si Bébé est née bulleuse, elle faisait bloup par ci bloup par là épipaf, buttée mille fois puissance mille, bornée par l’objectif, pas de tombeau, pas d'épitaphe, pas de fleurs en plastique, juste une boîte sous terre, une idée fixe, aller tout droit point barre, d'un point A à un point B, ou d'un point B à un point A, ça marche dans les deux sens, il y a beaucoup de points, parmi lesquels il y a des points sans i sous lesquels l'eau coule pendant que les mots dorment, ceci n’est pas une odyssée, mais il arrive que les mots endormis se noient, un peu, beaucoup, pas du tout, touchent le fond, grattent le sol mou, soulèvent la vase, les amphores, le sable, les chimères et les ordures, et derrière tout ça il y a un mur qui en fait ne tient pas debout, qui est un sol fait d’eau et d’îles, encore de l’eau non mais c’est une blague, ceci n’est pas une fausse méprise, alors les mots se laissent couler encore, deviennent des micro-masses sourdes qui perturbent les dauphins et la dentelle des abysses, puis chacun vaque à ses épaves personnelles en faisant comme si c'était pas les siennes, puisque sous couvert de l’oubli tout le monde peut se titaniquer, se titaniquer oui, pour le meilleur et pour le fun et avec profondeur, mais si tous les mots font ça on est pas sortis de cette gerbe, ceci n’est pas une chose précise ni de la sorcellerie mais il faut sortir, heureusement qu’il y a un point au bout de cette ligne. Un point de départ à la dérive. Presque un nombril, un possible, un trou béant, une bouche béé, le point initial de Bébé, une espèce de béabéa c'est un peu bête, ce n'est pas que ça ne rime pas ce n'est pas que ça rime à rien, c'est juste que c'est difficile de savoir si les histoires s'embrassent, en baab ou en abba, je ne connais plus la formule des rimes, comment on dit, comment ça fait, je sais plus comment on dit, je sais que plus plus égal plus et que moins moins égal plus, plus moins égal moins et moins plus égal moins. Probablement que les rimes c'est des maths, mais les maths j’aime pas ça même si c'est pratique et que L’effet Pythagore ça ferait un super titre de livre, il existe d’autres manières de rebondir. Née bulleuse, Bébé a fait des bloup, des bloup de tête enfoncée sous l’eau, des bloup en quête d’en gauffrer des churros, des bloup de sept empotés de sumos, des bloup bêtes à en manger des bout d’os, des bloup qui pètent sous les mots, des bloup de beans sauce tomate dans une marmite sans couvercle, des gouttes dégueulasse en plein sur la vitro et rien de tout cela n’avait de sens. Nébuleuse Bébé brume pleine d’arcs-en-ciel, de bam, de boum, de clic, de ploc, comme dans un comic strip tragique, oubeybibeybitsseuouaïldoueurld, preuve qu’on peut oser sans s’appeler Joséphine. Bébé c’est fou comme c’est tout, c’est la meuf d’une meuf, la meuf d’un mec, le mec d’un mec, le mec d’une meuf, abébéa, béaabé, béabéa, abéabé. Bébé c’est les chiennes, les chattes, les chiens, les chats et les hamsters qui pleuvent dans nos vies, ces bêtes à chagrin qui nous le prennent sans le rendre et qui ne demandent rien. Bébé c’est les enfants, les tout-petits qu’on a tous été jusqu’au jour où l’on cesse de bébêtre ainsi. Avec un peu de chance ont devient le bobeau, la bébelle, ou le cloche de dans y' a un truc qui cloche. Ou un truc qui flotche, après les bloup des beans sauce tomate et sans couvercle. Flotch, la portion de légumineuses dans l’assiette de Bébé, flotch flotch dans celle de Boris parce qu’il a très faim. Boris c’est le bébé de Bébé, enfin c’est son mec pas son fils. Boris est un con, posté dans l’histoire; complètement canapé le type. Bébé vit une vie sans bruit pleine de bip, elle travaille au supermarché. C’est une vie en ruines où rien neussconstruit car tout s'effondre. Une vie fantôme qui ne lui revient pas. C’est l’histoire d’une vitre un peu trop propre, une vitre sans histoire qui ternit l’au-dehors jusqu’à ce qu’un jour un piaf s’y paffe, et pas d'inquiétude il est choqué mais pas K.O, j’aime trop les oiseaux pour les faire mourir en plein vol entre les mots. De toute manière, ce piaf peu importe qu’il soit mort ou OK puisque il n’existe pas vraiment hors de sa métaforme, ce piaf c’est comme Bébé c’est tout ce qu’on peut y mettre, une mouche dans le nez, une branche qui tombe, quelque chose qui se trouve au milieu du chemin d’un autre quelque chose, une punaise qu’on écrase pied nu, soit ça fait mal, soit ça pue, il y a des punaises qui piquent, il y en a d’autres qui puent et il y en a d’autres qui sortent de la bouche de Bébé. L’addition d’un piaf mort vivant à une vitre est égale à des gouttes dégueulasses de beans sauce tomate et sans couvercle en plein sur la vitro-céramique des plaques, ça part à l’eau, c'est pas grave, c’est super oui mais si la vitre était un long fleuve tranquille ça se saurait. Toutes les casseroles et les tupperwares auraient des couvercles. Toutes les chaussettes vivraient ensemble pour toute la vie. On serait tous des Forest Gump, on aurait pris le bon choc dans la boîte à chaos. On se ferait très vite chier. C’est beau la bonne boîte, la bonne case, celle qui ne manque pas et la lumière à tous les étages, mais ici c’est pas Versailles ni Marseille. Bébé vit partout, quand plus rien ne s’oppose à l'ennui, on est nulle part. Il faut sortir. S’échapper du train-train, trouver la fnêtre, chopper le petit marteau rouge qui ressemble à tout sauf à un marteau, ne pas suivre le schéma autocollant qui explique le processus de création d’issue, juste trouer la fnêtre en faisant très vitre, faire comme Bébé. Bébé n’a pas de marteau, mais elle a une boîte à aller déterrer qui la rend marteau alors elle marche et parfois il arrive qu’elle boite mais elle va y arriver. Il arrive que Bébé salade tomate oignon chef, il arrive que Bébé pense que ce qui n’existe pas existe parce qu’elle y pense, il arrive que Bébé soit drôle, il arrive de drôles de choses à Bébé, il arrive que la mémoire retourne son anorak, il arrive que Bébé vole, il arrive que Bébé colle à ses propres baskets ne pouvant compter que sur ses pieds pour avancer tandis que l’automne, il arrive que Bébé croit mourir mais je prends soin d’elle, il arrive que Bébé se coupe du monde pour en gagner un autre, il arrive que ce texte finisse comme il a commencé en hurlant sans bruit dans une bulle, au creux d’un trouble, dans un trou de mémoire, au sommet d’une tour en kapla qui déjà s'effondre. Badaboum. Ceci n’est pas une poésie même si la voix de tête lit tout haut ce qui vibre en silence.

BINZ OU SAUCE TOMATE ET SANS COUVERCLE, 2025, Louise ROSE

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