Journal intime ? Pas tout à fait, puisque d’emblée promis à la publication, à la publication presque immédiate, même, sous forme de chronique hebdomadaire dans un magazine : c’était le Journal achrien, « gay » certes, mais « culturel » aussi bien, curieux de peinture, de musique, de littérature, d’art en général et de vie quotidienne, ne s’interdisant aucun sujet ; il ne fut guère accueilli que deux ou trois mois parmi les pages de Gai Pied.
Candidat d’autre part à ce qui fut jadis le Prix de Rome, l’auteur s’était engagé, devant le jury de l’Académie de...
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Journal intime ? Pas tout à fait, puisque d’emblée promis à la publication, à la publication presque immédiate, même, sous forme de chronique hebdomadaire dans un magazine : c’était le Journal achrien, « gay » certes, mais « culturel » aussi bien, curieux de peinture, de musique, de littérature, d’art en général et de vie quotidienne, ne s’interdisant aucun sujet ; il ne fut guère accueilli que deux ou trois mois parmi les pages de Gai Pied.
Candidat d’autre part à ce qui fut jadis le Prix de Rome, l’auteur s’était engagé, devant le jury de l’Académie de France, à tenir en Italie la chronique de ce qu’il y verrait. Pensionnaire à la villa Médicis, il s’acquitte de cette dette, au-delà peut-être de ce qu’on attendait de lui.
Si la loi du genre c’est la diversité, le mélange, le caprice, cette double origine, tout accidentelle, suffirait à placer ce journal-ci au cœur de la pleine tradition, c’est-à-dire la moins pure, et la plus libre, de ce type d’écrit, qu’illustrait déjà le Journal d’un voyage en France. Mais bien d’autres éléments viennent secouer le cours du temps et donc le livre : la passion de voir, l’humeur plus ou moins bonne, le désir, la mélancolie, l’érudition, plus maniaque que sourcilleuse, Rome, ses palais, ses musées, ses églises, ses jardins, les baroques engouements de l’esprit, les classiques déceptions de la chair (ou l’inverse). L’intime par ces fenêtres, a tôt fait de se réintroduire jusqu’à pouvoir paraître indécent. Mais la décence ni l’obscène ne sont une affaire de gestes. Le véritable objet de la pudeur, ce n’est pas la chose, c’est la personne.
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L’écriture de ce journal est fondée, classiquement, sur une composition harmonieuse : le mouvement est donné, relancé par la vivacité de l’humeur – l’exaspération de la « chasse au bonheur » frustrée – auquel répond, sur un autre mode – le mode sériel, mais moins diagrammatique que dans Tricks – la chasse amoureuse. Cependant que la musique, l’opéra, les musées fournissent leurs prodigalités intactes à un homme qui tranche souverainement selon son goût, et son désir, qui en appelle à notre complicité et à notre contradiction.
La Quinzaine littéraire, mars 1988