— Paul Otchakovsky-Laurens

Ma très grande mélancolie arabe

Prix James Tait Black Prize 2025
Prix littéraire France-Liban 2017

Lamia Ziadé

Dans ce livre, il y a des ruines et des martyrs, des vestiges, des temples, des sanctuaires, des portiques, il y a des tombes, des cercueils, des mausolées, des cimetières, des épitaphes. Il y a des sépultures mythiques et des fosses communes. Il y a des résistants tués, des révoltés abattus, des leaders assassinés, des enfants massacrés, des partisans torturés, des nationalistes pendus. Il y a des rebelles héroïques. il y a des saints, des prophètes, des dieux, des vierges, des archanges, il y a des victimes et des assassins. Il y a aussi des châteaux forts, des citadelles, des basiliques, des mosquées, des dômes, des minarets, des phares, des miradors, des...

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Traductions

Royaume-Uni : Pluto Press

La presse

Les mille et un mondes arabes


A travers un récit illustré, la Franco-Libanaise LAMIA ZIADÉ raconte, depuis l’intérieur, l’histoire du monde arabe. Un très beau livre désenchanté.



Le livre qui voyage: Un siècle de feu


On s’était extasié il y a deux ans devant la beauté de O nuit, O mes yeux, revisitation en mots, gouaches et aquarelles du Caire des années 1920 et du Beyrouth des années 1950, alors cités d’épanouissement intellectuel et artistique. C’est avec émotion que l’on découvre la nouvelle œuvre graphique de Lamia Ziadé, illustratrice née à Beyrouth en 1968 et installée en France. Face sombre du précédent, ce livre singulier retrace un siècle de fureur au Proche-Orient à travers un reportage dans l’espace et dans le temps. « Ton voyage dans le deuil et la destruction ne fait que commencer. Il va être funèbre et merveilleux... » écrit-elle dès ses premiers pas à Tyr, dans le Sud-Liban. Et en fournit la preuve immédiate avec de tragiques portraits de femmes kamikazes. Des martyrs, il en sera beaucoup question dans cette évocation historique d’une terre en feu, du Liban à Jérusalem, en passant par la Palestine, l’Irak, la Syrie et l’Egypte. Lieux saints de l’islam, musées et vestiges, funérailles grandioses, figures légendaires (Nasser, el-Sadate, Arafat, Georges Habache, Abou Hassoun, Abou Jihad...), l’album de Lamia Ziadé déroule la grande Histoire en lui donnant de la chair et des formes.


Marianne Payot, L’Express, novembre 2017



Les Statues meurent aussi



Depuis le Liban-Sud, Lamia Ziadé dessine un roman graphique qui raconte l’histoire intime d’un siècle de violence au Moyen-Orient. Ma très grande mélancolie arabe est bouleversant.



Une danse macabre. C’est elle qui le dit, vers la fin du livre, puis une seconde fois, en quatrième de couverture, quand il faut, tant bien que mal, tenter de résumer ce qui se refuse à la raison : Ma très grande mélancolie arabe est un livre intime sur l’histoire semi-récente du Liban, mais aussi de l’Egypte, de l’Irak, de la Palestine ou de la Libye. C’est un livre sur la folie et sa petite sœur, la passion. C’est un livre qui ne peut être dans le vrai qu’en flirtant avec la violence pure, avec la mort en face, avec le soleil qui efface tout et permet de tout recommencer à zéro, même les erreurs. Surtout les erreurs. C’est un livre qui bégaye le désastre. II commence avec une fille, très jolie fille. Chaque année, son visage refleurit sur les murs de Beyrouth, de Saïda, de Jezzine ou de Tripoli. On la voit, toute bouclée, en treillis militaire et béret rouge. On la voit aussi en couverture du livre, cheveux mi-longs détachés, rouge à lèvres et regard rêveur. Elle a 16 ans. Elle est chiite. Elle s’appelle Sana’a Mehaidli. Au plus fort de la guerre du Liban et de l’occupation du Liban-Sud par Tsahal, elle a inventé, au volant de sa Peugeot 504 chargée de 200 kilos de TNT, l’attentat-suicide. Elle fut la première à se conduire elle-même à la mort, contre un convoi de l’armée israélienne. C’était le 9 avril 1985. C’est avec elle que débute cette histoire intime de la mélancolie arabe, de la tristesse infinie, de la rage recommencée, de la mort qui nous tue. Et elle se termine sur l’imam Moussa Sader, leader chiite Amal, disparu lors d’un voyage en Libye le 31 août 1978, alors qu’il tentait de convoquer un sommet d’urgence pour arrêter la violence qui prenait feu au Liban-Sud. On n’a jamais retrouvé le corps de l’imam chiite et le sud du Liban a basculé- aujourd’hui encore, il est un territoire où on ne s’aventure pas. On ne fait pas là de tourisme. Ce nouveau livre, Lamia Ziadé l’a entrepris après un voyage dans le Sud. Elle accompagnait un Egyptien qui cherchait son père devenu fou d’une Palestinienne, puis devenu fou tout court dans Sabra et Chatila, le camp palestinien de Beyrouth où eurent lieu, il y a trente-cinq ans, trois jours de massacres abominables, une honte, une horreur. Lamia revenait d’un précédent livre, lui aussi croisement hybride entre roman graphique et texte littéraire à la première personne. C’est, pour elle, la seule forme possible pour retrouver un sens à ces images qui poussent partout dans les rues de ce Moyen-Orient qui perd la tête à chaque guerre, à chaque mort. Ce précédent livre, Ô nuit, ô mes yeux, racontait une région qui avait les chanteuses les plus magnétiques du monde (Asmahan, Fairuz, Oum Kalthoum) et ne savait plus comment les regarder - trop de cheveux, trop de musique, trop de sensualité. Celui-là est d’une intensité autre, même s’il est son prolongement... Il est un abîme. « Mélancolie »... le mot est faible mais sans doute il n’existe pas, celui qui dirait la contradiction d’une région, multiculturelle, multireligieuse, qui n’aime rien mieux que partager ses morts et qui, pour vivre au jour le jour, imagine qu’elle a aussi le génie de pouvoir tout oublier.


Philippe Azoury, Grazia, novembre 2017



L’auteure libanaise explore à nouveau son Orient natal, mais, cette fois-ci du côté de la douleur.


La mélancolie qui étreint Lamia Ziadé, confiée d’emblée dans le titre de son présent ouvrage, connaît des nuances, des climats. Dans les pages d’O nuit, ô mes yeux (2015), ou l’auteur et illustratrice libanaise composait le tableau tout ensemble réel et rêvé d’un Proche Orient saisi au cours de la première moitié du XXe siècle, au moment de son histoire où se conjuguaient lutte pour l’indépendance, effervescence créative et liberté de mœurs, c’était une sorte de vague à l’âme, une nostalgie élégante et envoûtante, presque surannée. Tout autre s’affiche-t-elle, infiniment plus tragique et engagée, empreinte de colère et d’imprescriptible chagrin, dans Ma très grande mélancolie arabe, un « voyage dans le deuil et la destruction » au cours duquel Lamia Ziadé feuillette à nouveau l’histoire de cet Orient natal, mais pour cette fois en dire les traumatismes, les déchirements, les stigmates et les douleurs.


C’est au Liban que se déroule le « pèlerinage » entrepris par Lamia Ziadé. Une déambulation qui est d’abord physique et géographique en voiture, vers Tyr et le Sud Liban, l’ancien camp de Khiam, puis retour à Beyrouth, la place Riad el-Solh, Chatila... Mais le voyage est aussi historique, et hautement politique, Lamia Ziadé plongeant dans les siècles anciens, mais surtout les temps très récents – disons, les six dernières décennies, incendiées par le conflit israélo-palestinien et le rôle joué par l’Occident dans ce sanglant antagonisme –, pour égrener et étoffer sa longue liste, subjective, engagée, souvent dérangeante, des « martyrs », hommes et femmes, résistants ou terroristes selon le point de vue d’où on les regarde, dont l’histoire contemporaine du Proche-Orient est jonchée. D’une égale et émouvante simplicité, texte et images s’allient pour rendre compte de cet itinéraire aimanté par les cimetières et les nécropoles, hanté par mille fantômes, criblé de violences et de tragédies, mais aussi palpitant de vie et de voix. Emboîtant le pas à Lamia Ziadé, on est simultanément bouleversé, passionné, heurté, troublé – mais on la suit –.


Nathalie Crom, Télérama, novembre 2017



Guerres et paix


Lamia Ziadé, illustratrice et artiste née au Liban, retrace un siècle au Proche-Orient : étourdissant !


« L’Opel Astra file en direction du sud. Le Sud Liban, terre de martyrs, de ruines et de passion ». Depuis trois livres, Lamia Ziadé ne cesse de retourner au Liban, son pays natal. Comme on caresse une cicatrice, comme on se souvient des morts, comme on pense à une maison où l’on a été heureux, mais qui n’existe plus. « Bye Bye Babylone », son premier voyage, composait le patchwork nostalgique de son enfance pendant la guerre, bombes et bonbons croques du même style naïf. « O nuit, ô mes yeux » explosait en une évocation sensuelle des divas de la chanson orientale, Oum Kalthoum, Fairouz, Asmahan cet âge d’or et de glamour aujourd’hui enfoui sous les ruines et le voile.


Avec « Ma très grande mélancolie arabe », elle entreprend un pèlerinage sur les sentiers de la guerre une leçon d’histoire et de mémoire collective. Derrière chaque paysage, ruelles du vieux Tyr, forteresse de Beaufort, prison de Khiam place des Martyrs, Lamia Ziadé rappelle les siècles de culture les souvenirs superposes, les héros et les grandes douleurs. Partout pourtant, elle pose de la couleur, celle des slogans calligraphies sur la grisaille des murs des fleurs dans les cimetières, de la bière qu’elle boit en fin de journée. A Chatila, « le seul endroit du Liban ou chrétiens et musulmans sont enterres ensemble », elle note sobrement : « On ne vit pas très vieux, par ici ». Mais plus haut sur la page, le vent souffle dans le vert des arbres. Tout le geste de Lamia Ziadé est là, dans ce dialogue entre texte et dessin, récit et silence, cet espace qui s’ouvre et permet au lecteur d’approcher. Sa « très grande mélancolie arabe » accueille tous les martyrs, terroristes pour les uns, résistants pour les autres, en soulignant le rôle des femmes, combattantes, mères, filles ou victimes qui passaient par là. Tous ces morts que l’histoire et l’actualité réduisent à des chiffres, reprennent ici couleur en un hommage intime, voyage dans la mémoire et monument d’amour. Beau à réveiller les morts.


Marguerite Baux, Elle livres, novembre 2017



Souvenirs et légendes du Proche-Orient. Lamia Ziadé en pèlerinage


Voilà un livre qui résonne tragiquement avec une actualité dominée par la peur d’un nouvel embrasement au Proche-Orient. Tout est dit dans son titre, Ma Très Grande Mélancolie arabe , qui résume près d’un siècle de guerres, de disparitions, de trahisons, de révolutions, d’attentats et de massacres dans la région. Les hommes n’apprennent donc rien de l’histoire, songe-t-on en tournant la dernière page, atterré par la répétition des mêmes tragédies et des mêmes erreurs. Car il est beaucoup question d’hommes dans cet ouvrage-là, à l’inverse du précédent, Ô nuit Ô mes yeux, que Lamia Ziadé avait consacré aux grandes chanteuses égyptiennes et libanaises du milieu du XXe siècle, les Oum Kalthoum et Fayrouz dont les mélopées résonnent encore dans les foyers, les boutiques ou les taxis du Caire et de Beyrouth.


Canons


Dans Ma Très Grande Mélancolie arabe, les femmes sont soit des mères ou des épouses pleurant la perte d’un fils ou d’un mari, soit des « martyres » (ou terroristes) à l’image de Sanaa el-Mehaidly qui, un jour de 1985, a lancé sa Peugeot 504 chargée de TNT contre un convoi de l’armée israélienne dans le sud du Liban et qui sera fêtée jusqu’en Palestine.


Artiste franco-libanaise surdouée, Lamia Ziadé a choisi de traiter ce nouvel ouvrage sous la forme d’un pèlerinage volontairement engagé qui lui fait (re)visiter, à tous les sens du terme, les lieux et les hommes clés de la région, de l’Egyptien Nasser au Palestinien Arafat en passant par le Jordanien Hussein et les Libanais Rafic Hariri ou Samir Kassir. Sans oublier ces personnages de légende que sont l’imam Moussa al-Sadr, volatilisé un jour de 1978 alors qu’il se rendait en Libye pour y rencontrer Kadhafi, ou le cheikh Hassan Khaled, assassiné alors qu’il œuvrait pour le rapprochement des communautés au Liban.


Emotions


Grandie dans l’appartement familial peuplé de livres pendant que tonnaient les canons de la guerre du Liban, Lamia Ziadé a appris à s’évader en dessinant et en lisant. C’est ainsi qu’elle raconte ses histoires, en illustrant ses textes de dessins piochés dans la légende et la mythologie arabe. Des dessins ou plutôt des gouaches vibrantes de couleurs. Un coup d’œil et l’on est transporté dans le monde arabe de ces années-là entre drapeaux nationaux et étendards flottant au vent, minarets et bouquets de dattes, explosions de voitures ou de bâtiments centenaires, statues trouées d’impacts de balles, lanceurs de pierres palestiniens au visage camouflé par un keffieh, photos de martyrs encadrées, et jusqu’à cette ambulance dont la croix rouge peinte sur le flanc dégouline de sang ou cet « homme qui ressemble à Omar Sharif, accoudé au bar avec un verre et une cigarette ».


Comme l’écrit Lamia Ziadé en préambule de ce superbe album dont on met un temps infini à tourner les pages tant les illustrations sont chargées de souvenirs et d’émotion, « ton voyage dans le deuil et la destruction ne fait que commencer. Il va être funèbre et merveilleux... Tu entres dans l’histoire du Proche-Orient ». Et qui y entre n’en sort pour ainsi dire jamais.


Alexandra Schwartzbrod, Libération, décembre 2017



Lamia Ziadé et la beauté tragique d’une danse macabre


Retrouvez cet article sur le site de Le devoir.


Ralph Elawani, Le devoir, décembre 2017



Entretien avec Lamia Ziadé par Eva Bester dans l’émission Remède à la mélancolie, à retrouver sur la page de France Inter.

Agenda

Jeudi 11 juin à 19h
Lamia Ziadé à la librairie L'Hydre aux mille têtes (Marseille)

96, rue Saint Savournin

13001 Marseille

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Samedi 13 juin
Lamia Ziadé à la Fabulerie (Marseille)

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Vidéolecture


Lamia Ziadé, Ma très grande mélancolie arabe, Lamia Ziadé novembre 2017 Beyrouth

Son

Lamia Ziadé, Ma très grande mélancolie arabe , Ma très grande mélancolie arabe, par Elisabeth Philippe sur France Musique