— Paul Otchakovsky-Laurens

Ce que c’est qu’une existence

Christine Montalbetti

« Parce que, oui, c’est bien ce qui va se passer ici, on va suivre sur une même journée ce que vivent au même moment plusieurs personnages. »

Roman choral, Ce que c’est qu’une existence raconte cette mystérieuse évidence d’être au monde ensemble au même instant et de vivre des vies différentes. Un père, déjà âgé, observe son quartier depuis sa fenêtre. Son fils, Tom, est sur un bateau en Méditerranée. Dorris fuit son histoire amoureuse avec Tom. Ahmad, qui vient de Syrie, a séjourné en Turquie, et s’installe chaque matin sur un carton au carrefour de ce même quartier. Stan erre dans la...

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La presse


Pour entrer en matière, Christine Montalbetti prend le temps de regarder ses personnages et d’appréhender quelques détails de leur silhouette. Les chaussons du père, le col en polaire de Tom, la nuisette mal boutonnée de Magda, sans oublier les parfums de jasmin ou de bergamote de Rita et Dorris. Plus tard, il y aura Ahmad, le migrant qui fuit la guerre. Mais voilà qu’au moment précis où la romancière entreprend de mettre en scène ce carrefour d’existences, d’autres tempêtes secouent la société autour d’elle. Le confinement l’oblige à réviser en partie son projet, car « la forme du monde » n’est plus la même. Les masques sont apparus sur les visages et le silence de la rue est devenu constant. Qu’à cela ne tienne, Christine Montalbetti nous ouvre sa boîte à outils et nous explique comment elle va nourrir son projet polyphonique, ajoutant de l’inconnu et de l’incertitude à son plan de départ. Ce déséquilibre n’empêche pas l’autrice-narratrice de tresser des vies avec les thèmes qui l’obsèdent : la liberté de vivre et d’aimer, la paternité, l’exil, mais aussi ce « monde d’avant » qui trouble nos océans de mémoire. « La vie, une hécatombe », dit l’oncle de Tom, tandis que le père regarde les photos des étés disparus… Ce que c’est qu’une existence est un titre exclamatif et interrogatif : on y sent l’étonnement autant que l’inquiétude, et toujours ce désir de la narratrice de pointer le réel infime. Déjà, La vie est faite de ces toutes petites choses, merveilleux livre de 2016, avait pour objectif d’appréhender le monde par le détail insolite. Ce que c’est qu’une existence reprend cet examen de la fragilité du quotidien, pétri de mélancolie, avec un soupçon d’humour pour transformer un roman choral en une épopée de vingt-quatre heures dans laquelle le lecteur a son mot à dire. « Je ne peux pas vous présenter tout le monde », écrit Christine Montalbetti, faussement désolée de devoir inscrire le point final. La terre va donc continuer de tourner, la romancière d’écrire, et les vies qu’elle a choisi de nous présenter vont ressembler à ces peluches blanches qui voltigent dans les boules à neige — comme celle que le père tient ce soir dans sa main, et secoue avec un ravissement d’enfant.

Christine Ferniot, Télérama, 25 août 2021



Christine Montalbetti, doigts rivés au clavier

Il n’est pas aisé pour un roman choral de sonner juste, surtout s’il se lance le défi de réunir, dans l’espace narratif d’une unique journée, les trajectoires d’individus divers, possiblement représentatifs du monde contemporain. Christine Montalbetti se risque pourtant à l’exercice, dans un livre au trompe-l’œil, Ce que c’est qu’une existence, qui dissimule sous son enseigne un peu stricte une profusion merveilleuse… C’est, disons-le, un pur enchantement, conforme au vœu formulé par la narratrice : «  Ecrire un roman, je me dis parfois, c’est, comme quand on était petits, vous emmener dans un recoin et vous chuchoter toi, tu serais ça ; vous faire entrer dans un monde qu’on construit ensemble, comme enfants, quand on conjuguait nos énergies pour imaginer des univers où on devenait quelqu’un d’autre. »

Peut-être la réussite d’un tel récit pluriel tient-elle à ce que, en fait de chorale, on y entend d’abord la voix singulière, sûre et souple, d’une romancière dont l’œuvre s’enrichit de livre en livre d’une liberté et d’une inventivité toujours plus remarquables. Ce que c’est qu’une existence raconte ainsi, à la Diderot, l’écriture d’un romain en train de se faire, où la narratrice, partie pour imaginer le destin de sa troupe de personnages, se voit confrontée à des questions qu’on pourrait dire simplement « techniques » et cependant liées à notre sort commun, dans un monde marqué par une pandémie qui n’en finit pas : que faire – narrativement – de ce fameux masque qui s’est invité dans nos vies, et des gestes barrières qui conditionnent de façon in édite toute la chorégraphie sociale, amoureuse, humaine ? L’écrivaine répond à cela sans pesanteur et sans prose, avec l’arme de l’humour et une sorte d’attente bienveillante, formidablement littéraire, à tout ce qui l’entoure, l’étonne, l’émeut.

Ce que c’est qu’une existence est en ce sens un laboratoire des possibles de la fiction confrontée aux trivialités parfois tragiques du réel : comment écrire les aventures d’un père, septuagénaire et veuf, de son fils parti sur un bateau en Méditerranée, d’un exilé syrien passant par la Turquie, d’une femme alitée à l’hôpital, d’un couple de voisins qui se disputent, d’autres personnages encore, en fuite ou heureux, en les intégrant pour ainsi dire au présent de la lecture ? Christine Montalbetti s’y emploie avec une légèreté et une dextérité cajoleuses, s’adressant à nous et se parlant à elle-même, tordant la langue avec tendresse, multipliant digressions et rebondissements malicieux pour interroger l’arbitraire charmeur ou violent de tout roman. Ainsi du beau personnage de Dorris, qui s’est fâchée avec son fiancé et décide, à la sortie d’un aéroport, de se faire passer pour la « Mrs. Rivière » attendue par un chauffeur de taxi muni d’une pancarte à son nom… Usurpation d’identité, trame de roman d’aventures, fantaisie à la Echenoz, érudition farceuse qui fait passer de Johnny Guitar au Cœur grenadine, de Nicholas Ray (1954) à Laurent Voulzy (1979) : tout est permis, pour cette nièce de Rameau, qui s’autorise les audaces les plus allègres.

La moindre n’est pas de créer une émotion crue, dans les plis a priori artificiels de ces vies qui se croisent ou se télescopent, quand une séquence développe comme en musique les variations d’un père découvrant soudain que son fils est devenu adulte, ou que surgit un mot, « clarines », employé presque par surprise et conservé pour le plaisir de la page, qui rappelle un souvenir d’enfance à la campagne, le tintement des clochettes pendues au cou des vaches, autrefois : « Alors clarines, oui, je nourris cette histoire avec ça, je vous le donne, et puisque j’en suis au moment de l’écriture où le roman a envie d’absorber tout, d’ingurgiter ce qui m’arrive aux oreilles, ce que je vois, ce que je sens, gourmand comme il est, joyeux et dynamique, à réclamer beaucoup, ogre à sa façon, boulimique. »

C’est la prose qui ainsi déploie son faste savoureux, pour ce qui pourrait n’être au fond qu’un exercice de style, ou la réponse flatteuse à la contrainte chorale que s’était fixée la romancière, mais se révèle en définitive une sorte d’expérience vécue de la littérature en acte, quand elle a la générosité de dire, avec autant de grâce, le multiple d’une existence partagée.

Fabrice Gabriel, Le Monde, 26 août 2021



Les égarés

Avec Ce que c’est qu’une existence, Christine Montalbetti signe une fresque romanesque chorale sur l’amour, la vieillesse, l’incertude d’être.

Christine Montalbetti est une artiste de l’équilibre. Je connais peu de phrases contemporaines aussi sobrement ajustées que les siennes. Ainsi, dans Ce que c’est qu’une existence : "Ce n’est pas rare que ça prenne, le père, les monologues sur comment le monde a changé, et il n’y a pas que la nostalgie, non, plutôt un genre de surprise égarée.".

Cet égarement s’avère le sujet premier de ce nouveau livre de Christine Montalbetti. L’égarement de l’amour. L’égarement de la migration. L’égarement soudain d’un homme dans sa propre existence. Il s’appelle "le père", et il ouvre et ferme le long travelling de Ce que c’est qu’une existence, ce vieil homme seul qui cherche dans ses souvenirs et la rigueur d’un quotidien solidaire, à saisir sa vie. Il cèdera la place à Dorris, Magda, Ahmad, Tom, autant de personnages qui chutent et renaissent, par la maladie, l’amour, la guerre, la clandestinité. Dans une narration qui se défait et se renoue, l’écrivain nous fait partager d’une traite leurs destins multiples. Et dans ces récits individuels, l’écrivain donne forme à un sentiment collectif : écrit avant et pendant la crise du covid, ce roman s’avère celui de notre sentiment d’égarementt. Sans surprise donc, nous découvrons un personnage qui s’inscrit entre eux, le "je" de l’écrivain. Dans un jeu postmoderne, Christine Montalbetti intervient pour nous raconter la rupture qu’a marqué le covid et le confinement dans son travail, l’incertitude aussi. Sans doute, la structure chorale et suspendue du roman tient beaucoup de ce sentiment de perte et d’invraisemblance qui a pu tous nous marquer depuis le début de cette crise. Cette idéée d’un "monde d’avant", sans "monde d’après".

Mais cette manière de se raconter dans la fiction n’est pas une nouveauté dans le travail de l’écrivain, et va bien au-delà d’une réaction aux circonstances dramatiques que nous traversons. Déjà, dans le très beau texte théâtral adapté à la Comédie française il y a deux ans, La conférence des objets, Christine Montalbetti se plaçait parmi les "choses" de sa vie, ni plus, ni moins qu’elles.

Individu réduit, singularité exacerbée, le double mouvement de Montalbetti lui confère une approche très originale de chaque personnage. Et nous voilà tentés, comme souvent lorsqu’elle publie un roman, d’intituler cet article "les choses de la vie", tant il y a dans ce roman, une pensée de l’existence à hauteur de détails, d’objets, de mots perdus.

Mais il y a l’amour. La grande affaire de ce roman. Sa naissance, ses conflits, sa mémoire.

Ainsi de Tom perpétuellement en colère, jusqu’à ce qu’il rencontre une jeune femme, sur un bateau, qui l’invite à autre chose. Ainsi du père qui se souvient de celle qu’il a aimée. Ainsi de Dorris qui fuit l’échec d’une histoire. Sans cesse, l’amour anime les existences, notamment pour une raison que l’écrivain avoue au détour d’une phrase, "à cause du roman qu’il y a dans toute relation sentimentale au bord de débuter, ou qui pourrait bien débuter...", et c’est bien aussi cela qui occupe l’écrivain dans ce livre, les infinies possibilités romanesques de chaque existence : dans leur accomplissement, ou dans le remords de ce qui n’a pas pu avoir lieu.

Enfin, le romanesque de l’existence s’exprime aussi dans la vie d’Ahmad, la destinée épique du migrant qui fuit ce que Montalbetti nomme avec force "la grande douleur affolante de la guerre". Ahmad, l’égaré de l’histoire, répond au père, égaré de l’âge, car tout prend sens et place dans ce roman apparemment éclaté mais véritable variation sur l’espoir du vivant.

Oriane Jeancourt Galignani, Transfuge, septembre 2021



COUP DE COEUR


LES MINUSCULES CHOSES DE LA VIE


D’OU VIENT CETTE CAPACITÊ ADHËSIVE DES GOUTTES DE PLUIE, sur les plans verticaux des fenêtres ? Qu’est ce qui se joue « d’inouï, de secret, d’essentiel » dans l’exhalaison d’une fumée de cigarette ? On retrouve toujours, dans l’ceuvre de Christine Montalbetti, ce goût de la digression et de l’infime, ce sens du détail qui n’en est pas un, tant il nous raconte et dit « Ce que c’est qu’une existence ».

Ainsi au beau titre de ce onzième roman de l’auteure pourrait répondre celui d’un précédent texte, publié en 2016 : « La vie est faite de ces toutes petites choses». Pourtant la forme romanesque ne manque pas d’ampleur dans ce récit choral où s’entremêlent les vies de Tom, qui sillonne la mer à la recherche de migrants en détresse, de Dorris, son ex-compagne, et de son père, qui observe la course du monde depuis sa fenêtre, mais aussi de Stan et de son amie Magda, qui souffre dans sa chambre d’hôpital, de Djibril et de son frère Ahmad, qui ont fui la guerre pour échouer sur un coin de trottoir parisien.

Autant de vies blessées où se mêlent souvenirs et émotions de l’auteure, des personnages et du lecteur, car faire surgir des mondes est une aventure collective chez la romancière, qui nous fait entrer dans son laboratoire d’écriture pour en explorer les rouages, et par là même nous raconter ce que c’est que la littérature. Ce qu’elle permet : de possibles consolations à l’image de la rêverie qu’un personnage s’autorise, un instant, sous un porche pour s’abriter de la pluie. La vie entre parenthèses, « mais la vie quand même », voilà aussi ce que c’est qu’une existence.


Avril Ventura, Elle, 22 octobre 2021



Les poupées russes


« Le roman n’est désormais plus l’écriture d’une aventure mais l’aventure d’une écriture. » La célèbre maxime de Jean Ricardou s’applique à merveille au dernier livre de Christine Montalbetti. Avec Ce que c’est qu’une existence, elle se livre à un exercice de style réjouissant, une plongée dans la fabrique de l’écrivain, s’emparant du genre à la mode, le roman choral. Les existences chahutées se croisent et s’entrechoquent dans une étonnante mosaïque : Dorris qui tente de se remettre de sa mpture avec Tom, le père de ce même Tom qui pense à son fils parti en Méditerranée, un couple de voisins qui se disputent, un jeune réfugié syrien qui fait la manche en bas de l’immeuble, Stan, qui passe par là après avoir déposé sa femme à l’hôpital.

Le lecteur est ballotté de l’un à l’autre à la manière d’un jeu de rôle immersif et par un procédé jubilatoire, la romancière nous inclut dans le processus de fabrication de son histoire, comme si nous en étions des personnages à part entière. « Mais ne vous inquiétez pas, écrit-elle, ce sera tout doux, tout progressif, on ne va pas du tout se perdre, non, et je suis là pour aider. » Il y a du Diderot dans la manière dont elle nous parle et se rit de nous. Il y a une littérature joueuse, vertigineuse. Il y a le récit d’un grand livre en train de naître sous nos yeux.


Léonard Desbrières, Lire, octobre 2021.



La vie en vrac


Un roman choral sur le sentiment de la fragilité des choses, le rôle de la mémoire


C’est, sans doute, ce qu’un écrivain voudrait traduire le plus, que ce sentiment de l’existence individuelle et collective, son tissu vivant, touffu. La vie profuse! Ses myriades de facettes et sa profondeur infinie. Christine Montalbetti plonge dans ce fourmillement, et nous met immédiatement dans le coup, en s’adressant à nous à la volée, en nous faisant partager directement son expérience. Elle va centrer la nébuleuse sur quelques personnages conducteurs. Un père qui a perdu son épouse et passe son temps à observer un carrefour où circulent les destins : milliers de romans renouvelés. Un fils, Tom, tenaillé par une colère rentrée que ne s’explique pas le père et dont on va découvrir les raisons beaucoup plus loin. Une jeune femme, Dorris, l’amante du fils, auquel elle reproche ses absences, ses voyages dont on n’apprendra le sens qu’à la fin.


Mais aussi l’agonie de Magda, hospitalisée, hantée par les étés splendides et révolus. Et la présence d’un SDF assis devant les passants après bien des errances.


C’est, à vrai dire, un petit lot de personnages entourés de figures annexes et fortes. « On slalome fastoche entre les personnages », écrit l’auteur comme en s’amusant. Des existences en simultané, le long d’une seule journée. Des tranches de vie non pas exhaustives, façon naturaliste, mais pointillistes, aiguës, primesautières. La romancière se glisse dans les destins comme si on y était, voltige de l’un à l’autre, les perce tout en leur laissant leur part de mystère. Christine Montalbetti tisse, entre les uns et les autres, des liens longtemps insoupçonnés. La vie en vrac est secrètement composée. L’intrigue assez quotidienne comporte des coups de théâtre ou des coups de tête merveilleux. Ainsi, Dorris, en descendant d’un avion, décide de prendre l’identité de Mrs. Rivière, dont le nom est affiché sur une pancarte comme on en voit des dizaines à l’arrivée des voyageurs. Ce quiproquo file d’un bout à l’autre du roman, en développant des arabesques fantasmatiques inopinées.


Curiosité délicate


Ce récit virevoltant est précieux aussi pour ses dérives, détours au débotté sur tous les sujets : les montres, les photographies, les capuches des ados, la puissance de la mer, la vitalité frénétique des mouettes. Toutes choses qu’on reconnaît dans un sentiment d’intime complicité. Voire les intermèdes pipi qui ponctuent notre temps. Exister! C’est tout à la fois le ciel, la rue, les amours, les ruptures, les deuils, les avions et les navires qui nous transportent pour le meilleur et pour le pire. La narratrice est évidemment omnisciente sans complexe. Fini le temps où Sartre de tout son haut (relatif) se moquait des narrateurs de Mauriac qui entraient dans des personnages aux portes ouvertes. II fallait être plus comportementaliste, pratiquer le «behaviorisme», ne décrire que ce dont on avait la perception. Autrement, l’auteur se prenait pour Dieu, ce qui était inacceptable. Depuis belle lurette, on a balayé ces diktats théoriques des années 1960, et Christine Montalbetti fourre partout sa curiosité délicate. Le père du roman, perché
au-dessus du carrefour qu’il observe, est un dieu orphelin en quête de présences humaines. Chaque passant est métaphysique. Espiègle, fine, profonde, Christine Montalbetti nous donne ce sentimentde vie sensible et multiple.


Patrick Grainville, Le Figaro Littéraire, novembre 2021.



Six personnageset une journée de lecteur


Comment naissent les histoires, comment se construisent les êtres de papier qui peuplent les pages des livres ? Christine Montalbetti nous ouvre son atelier.


« Le mieux, je crois, c’est de commencer par le père », nous dit Christine Montalbetti dès l’ouverture du roman. Comme si la figure paternelle s’imposait pour ouvrir le cortège des six personnages qui vont entrer, sortir, se croiser et se répondre pour dessiner, à petits traits, ce qu’est leur existence. « Le père », dont le nom n’est pas donné, Tom, son fils, Dorris, la compagne de Tom, et aussi Magda, Stan, Ahmad vont être les protagonistes de cette intrigue dont Christine Montalbetti montre la trame en train de s’ourdir. Plus que dans ses autres livres, elle expose ses intentions, ses hésitations, ses décisions. On pourrait croire à une coquetterie d’autrice, à un procédé de « mise en abîme » venu des années 1970. Mais elle n’a pas le choix. II lui faut intégrer dans le texte ce qui en est l’enjeu vital, la relation patiemment tissée entre elle et son lecteur.


Aussi le livre se présente-t-il comme une promenade entre des histoires possibles, esquissées ou abandonnées, bifurquant brusquement. À l’image de l’autrice, Dorris, impulsive, décide de se faire passer pour une Mrs Rivière attendue par un chauffeur de taxi à l’aéroport de Lisbonne et de laisser la vie choisir pour elle, tout en imaginant les péripéties les plus diverses, burlesques, horrifiques, ou tout simplement « un petit roman fleur bleue » qui la consolerait de l’impasse dans laquelle s’embourbe sa relation avec Tom. Ahmad, à l’inverse, a perdu son histoire entre la Syrie, la Turquie et la Grèce. Jibril, le grand frère qui lui inventait des contes à dorrnir debout pour qu’il se tienne sage, a disparu en mer.


Impalpables détails


Chacun des personnages a son potentiel de récits, de Magda qui, à l’hôpital, hallucine la guerre sous l’effet de la morphine, au père qui parcourt les « Atlantides » de sa jeunesse perdue. Comme à l’accoutumée, Christine
Montalbetti explore avec finesse les impalpables détails de l’univers de sensations, de rêves, d’espoirs, de colères, de questions qui animent ses personnages. Les objets, les petits êtres, du lapin à la bactérie, ont droit aux mêmes attentions que les grands espaces et les grands sentiments. Un grand roman est fait, comme la vie, de toutes petites choses.


Alain Nicolas, L’Humanité, 21 octobre 2021.

Agenda

Dimanche 5 mars
Christine Montalbetti, Lucie Rico et Robert Bobert à la Fête du livre de Bron

Hippodrome de Parilly

4-6, avenue Pierre Mendès-France

69500 Bron

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Et aussi

Christine Montalbetti Prix Franz Hessel

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Christine Montalbetti Prix Henri Quéffelec Livre & Mer 2015

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Vidéolecture


Christine Montalbetti, Ce que c’est qu’une existence, Ce que c'est qu'une existence - 2021

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