— Paul Otchakovsky-Laurens

Polyphonie Penthésilée

Liliane Giraudon

Polyphonie Penthésilée, par son titre, poursuit une démarche d’écriture originale où les femmes sont au centre des textes et de leur production comme de leur détournement. Les textes de Polyphonie Penthésilée font état de cette « forme de guerre » dans le travail d’écriture poétique. Les moments de paix sont vécus comme si la guerre était fatiguée et se reposait pour mieux rebondir dans la langue. Ce long poème, entre divagation ou scénario, est le fruit d’un braconnage dans la vie de tout le monde. On y rencontre des morts plus vivants que les vivants, un homme y mord un chien, une femme aboie, partout la peur avec une...

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Traductions

Brésil : Sette Letras

La presse

Liliane Giraudon : « Comme si je n’avais rien à raconter, seulement à montrer »


A l’occasion de la parution, aux éditions P.O.L, de Polyphonie Penthésilée, entretien avec Liliane Giraudon où il est question de poésie, de genre, de politique, de ce que les femmes font à la poésie, de vie et de mort, de discussions téléphoniques entre Marseille et Rome…
Polyphonie Penthésilée reprend par son titre la légende de Penthésilée déjà présente lors de précédents livre, notamment dans Madame Himself. Cette référence au mythe des Amazones et à la légende de Penthésilée s’introduit dans un texte poétique qui s’apparente aussi à une réflexion critique sur « le genre en littérature », et poétique en particulier, ainsi que sur le travail des poètes femmes, la deuxième section s’intitulant « ce que les femmes font à la poésie ». De nombreuses propositions critiques jalonnent l’ensemble (ainsi : « un pessimisme révolutionnaire / n’a rien à voir / avec de la résignation fataliste » ; ou encore : « ce que les femmes font à la poésie / pourrait alors se renverser / en ce qu’il est advenu d’elles / contrôle des corps / comme des manuscrits »). A quoi précisément se rattache cette figure de Penthésilée qui est réintroduite dans plusieurs livres ?


Lisez l’intégralité de l’article de Emmanuèle Jawad, sur Diacritik (12 janvier 2022)



Liliane Giraudon et la polyphonie des Amazones


POÉSIE De la mythologie de la guerre des sexes au deuil amoureux, un livre pour questionner ce que les femmes font à la poésie et ce que la poésie fait d’elles.


Penthésilée, reine des Amazones, fut, selon Homère, tuée par Achille. Kleist inverse l’issue du combat. Le poète allemand fait du héros grec la proie partagée de Penthésilée et de ses chiens : «Elle, la gorge; eux, la nuque. » Liliane Giraudon, en évoquant cette réversion du mythe, n’en fait pas une revanche «On n’en finit plus de ces combats. »
Pour autant, il ne s’agit pas de déposer les armes, mais de constater la vanité de « la restauration inutile des scènes historiques ». « Le héros est une chose traînée derrière un char. » « Achille appartient à l’art et à la pourriture. » Et, surtout, « le conte de fées est un déchet ». Si cette parole est assez forte pour servir de titre à une des sections de Polyphonie Penthésilée, elle n’empêche pas de questionner frontalement « ce que les femmes font à la poésie ». «Ce que les femmes font à la poésie / pourrait se renverser / en ce qu’il est advenu d’elles. »
Liliane Giraudon remet en cause la « logique patriarcale du supérieur » dans tous les domaines, imposant la présence puissante et crue du corps et le « tumulte » de la langue. « Ils disaient qu’ils disaient quand ils disaient / hommes pleins d’hommes / une poésie patriarcale bien verticale / manifestes comiquement phalliques / à nous le fatras / la prose horizontale. »
De cette guerre cependant, de ce «pourrissoir», on ne saurait se satisfaire : « Vous seul êtes un vous / autant de je que de toi. » «Nimoisansvous », poursuit-elle en écho à l’ancienne déclaration d’Iseut à Tristan. Dédiée à Jean-Jacques Viton et Henri Deluy, morts il y a juste un an à quelques semaines d’intervalle, Polyphonie Penthésilée a été écrite de leur vivant. C’est un livre de deuil, où le quotidien des derniers moments afflue et affleure, dans ces corps dont un détail suffît à montrer la détresse. On ignore parfois si une ligne se connecte à un paragraphe ou à un autre, plus sûrement aux deux. C’est peut-être là que joue la polyphonie que le titre annonce. Qui parle et à qui? Le livre est un bruissement de voix, d’« amazones dans leurs petites armures » que Liliane Giraudon invite à parler sous son nom, sans en faire taire la pluralité, sans les assigner au «poétique », au «genre en littérature/pâle relique maintenue sous perfusion / par les besoins de l’industrie ». Polyphonie Penthésilée échappe aux catégories, laissant cependant l’autrice dans ce poignant face-à-face avec la langue : «Je me réjouis / Ce soir d’être si seule vérifiant / Navrée / Que tendrement peut s’écrire / Et pas déchirablement. »

Alain Nicolas, L’Humanité, 24 mars 2022


Agenda

Mercredi 21 septembre
Liliane Giraudon au festival Actoral (Marseille)

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